À Gand, le centre commercial Shopping Zuid ferme définitivement ses portes aujourd’hui, après 30 ans d’existence. Ouvert en 1995, le complexe a connu une brève période de succès à la fin des années 2000, mais le concept n’a jamais vraiment séduit le grand public. Ces dernières années, les locaux commerciaux se sont vidés progressivement. Une rénovation complète est prévue : des commerces et établissements horeca seront installés en façade, tandis que l’intérieur accueillera des bureaux, des logements et un hôtel.
Le centre commercial Gent Zuid ferme ses portes après 30 ans et connaîtra une nouvelle affectation
En 1995, le centre commercial Shopping Zuid, alors ultramoderne, ouvrait ses portes sur la place Woodrow Wilson à Gand. Conçu dans un style résolument américain, il s’articulait autour d’une grande cour intérieure couverte et de plusieurs étages. Ce nouveau complexe devait insuffler une nouvelle vie au quartier Zuid, en pleine déliquescence.
Jusqu’au début des années 1980, ce quartier était pourtant l’un des hauts lieux de la vie nocturne gantoise. On y trouvait de nombreux bars dansants, hôtels, restaurants et cinémas. La Kuiperskaai était une référence. Ce dynamisme s’expliquait en partie par l’histoire du quartier car la gare terminus de la ville était la gare de Gand-Sud.
Mais tout change en 1913 avec l’exposition universelle : la gare de Gand-Saint-Pierre est inaugurée, et celle de Gand-Sud est détruite. Le quartier entre alors en déclin. La dégradation progressive des lieux devient un sujet de préoccupation, tant pour les habitants que pour les responsables politiques, désireux d’enrayer cette lente déchéance.
En 1991, la ville de Gand a donné son feu vert à des promoteurs immobiliers pour démolir une partie du quartier situé autour de l’ancienne gare du Sud. Parmi les bâtiments sacrifiés figuraient plusieurs édifices art déco, dont le célèbre cinéma Coliseum. Le complexe Urbis, qui comprenait également le centre commercial Shopping Zuid, a obtenu un permis de bâtir et a été construit à la place. À noter : les structures métalliques de l’ancien cinéma ont été réutilisées dans le nouveau bâtiment.
Un départ difficile, une brève période faste, puis un lent déclin
Dès son ouverture, le complexe a suscité des critiques. Certains Gantois l’ont ironiquement surnommé "le palais de Ceaușescu", en référence au dictateur roumain et à son goût pour les constructions monumentales. Le collège communal lui-même n’était pas convaincu par le projet, mais se réjouissait malgré tout de voir la zone renaître.
Les débuts ont été laborieux : le concept ne séduisait pas, de nombreux commerces restaient inoccupés et le public peinait à s’y rendre. La situation commence à s’améliorer à la fin des années 1990, lorsque plusieurs grandes enseignes y ouvrent des magasins. Des bureaux s’y installent également, générant davantage de passage.
Le centre commercial connaît alors un pic de popularité vers la fin des années 2000, attirant jusqu’à 3,5 millions de visiteurs par an. Mais cette période faste ne dure pas : très vite, la fréquentation décline à nouveau.
Mais peu à peu, les enseignes ont commencé à quitter Shopping Zuid. Les chaînes ont préféré réduire le nombre de points de vente en ville et s’implanter à des endroits plus visibles, comme la Veldstraat par exemple.
Le succès du commerce en ligne, combinée à la crise du Covid, a ensuite accéléré le déclin déjà amorcé. Ces dernières années, les locaux commerciaux se sont vidés progressivement.
"Cet endroit va beaucoup nous manquer"
Si de nombreux visiteurs lui reprochaient un certain manque d’âme, jugeant l’endroit froid, le Shopping Zuid comptait aussi des adeptes fidèles. "C’est un mastodonte gantois qui disparaît", confie Dominique De Bont, assureur installé un peu plus loin.
"Je venais ici presque tous les jours, c’était le chemin le plus court vers le parking souterrain. Que demander de plus ? Un centre commercial au cœur de la ville, avec des places de stationnement. J’y croisais souvent d’anciennes connaissances. Je trouve ça dommage. Il va vraiment me manquer."
Vers une reconversion technologique, mais des voix s’élèvent pour une affectation plus solidaire
Cela faisait plusieurs années que la ville de Gand plaidait pour une réaffectation du centre commercial Shopping Zuid. Mais le complexe, propriété privée, ne pouvait être transformé sans concertation. Après des mois de discussions en coulisses, le propriétaire a décidé de fermer définitivement le site et d’entamer une rénovation complète, en accord avec la Ville.
"C’est un emplacement idéal pour des bureaux, grâce à sa bonne accessibilité et à la proximité du centre-ville" déclare l’échevine Sofie Bracke (Voor Gent). Elle y voit aussi une extension naturelle du Wintercircus, le nouveau hub technologique qui accueille déjà de nombreuses start-ups locales et internationales.
"Le complexe peut leur offrir de l’espace supplémentaire et ainsi jouer un rôle important pour renforcer l’image de Gand comme ville technologique", ajoute-t-elle.
En plus des bureaux, la Ville mise sur des commerces, de l’horeca et des services, principalement en façade. Les étages supérieurs devraient accueillir des logements et un hôtel.
Objectif : ouvrir davantage le bâtiment sur son environnement et le connecter à son quartier. Des images générées par IA ont été partagées pendant la campagne électorale de Bracke, mais les plans concrets restent à préciser.
Une pétition réclame une affectation solidaire
Cette transformation ne fait toutefois pas l’unanimité. Une pétition, déjà signée par plus de 600 personnes, réclame un espace qui laisse place aux initiatives citoyennes, projets partagés, organisations sociales et artisans durables. "Cela pourrait devenir un lieu vivant où personnes, biens et idées se rencontrent", défend l’association De Transformisten dans une lettre ouverte.
Les associations d’aide aux sans-abri s’inquiètent également : la galerie intérieure couverte du centre commercial sert actuellement de refuge à de nombreuses personnes sans logement, que ce soit pour s’abriter de la pluie ou se rafraîchir pendant les fortes chaleurs. Cette halle publique pourrait disparaître dans le projet de rénovation, même si rien n’est encore décidé de façon définitive.






