Dans l’exposition "Réalisme magique" au WIELS , centre d’art contemporain à Forest, des artistes parviennent là où les dirigeants mondiaux échouent : ils affrontent la crise climatique de manière frontale, créative et sensible. La réalité est dure, mais l’espoir n’est jamais loin. C’est ce que souligne Chantal Pattyn, net manager de la chaîne Klara (VRT), qui nous donne trois bonnes raisons de ne pas manquer cette exposition.
"Réalisme magique" : quand les artistes agissent pour le climat – trois bonnes raisons de visiter l’expo au WIELS
1. L’art comme signal d’alarme : notre planète est en feu
L’exposition vous confronte directement à la dure réalité. L’artiste Annie Ratti a rassemblé dans un livre toutes les espèces animales disparues au cours du siècle dernier à cause de la déforestation, de la pollution et de la chasse – avec, pour chacune, le lieu du crime et l’année de disparition.
Otobong Nkanga, artiste plasticienne basée à Anvers, ouvre l’exposition avec un poème gravé dans l’argile : "While we stand. While we wait. While we watch. We can't yet mourn. Until Then." (Tant que nous restons debout. Tant que nous attendons. Tant que nous observons. Nous ne pouvons pas encore faire le deuil. Pas encore.)
Ses mots pointent notre manque de responsabilité envers la biosphère. Mais elle laisse aussi une place à l’espoir : à travers cinq terrariums enfermés dans des sphères de verre soufflé à la main, elle montre comment la nature peut se régénérer, même dans une terre brûlée, avec seulement de l’eau et de l’oxygène.
2. Les artistes cherchent des solutions
Les artistes plaident pour une approche entièrement nouvelle : collaborer avec la nature plutôt que lutter contre elle. L’agro-écologue Suzanne Husky montre, à travers de magnifiques tapisseries brodées, comment créer des espaces accueillants pour les insectes, les oiseaux et les plantes.
Apicultrice, herboriste et apprentie biochimiste, Anne-Marie Maes, quant à elle, suit les traces des abeilles, des algues et des champignons, et a installé au WIELS une évocation de son jardin suspendu bruxellois, situé au dixième étage.
Impressionnant également : le magnifique film de Saodat Ismailova consacré à Arslanbob, une forêt de noyers ancestrale située au Kirghizistan, réputée pour être une des plus ancienne au monde. Les arbres y sont si nombreux qu’ils émettent plus de dioxyde de carbone qu’ils ne produisent d’oxygène, provoquant des effets quasi hallucinogènes… au point que même les animaux fuient les lieux.
Ismailova associe des images de la forêt à des miniatures tirées d’un livre d’un savant perse du XIIIe siècle. Le message est clair : apprenons à partager notre pouvoir avec les autres espèces, au lieu de vouloir tout contrôler.
3. Des pionnières montrent la voie
Ce qui frappe, c’est le grand nombre de femmes artistes qui dominent l’exposition — à juste titre, car elles ont souvent été des pionnières dans un monde de l’art dirigé par les hommes. La Chilienne Cecilia Vicuña, 77 ans et lauréate du Lion d’or à Venise, écrit un poème dans l’espace à l’aide de filets de pêche dans lesquels 161 objets sont noués.
Joan Jonas exprime sa fascination pour la vie sous-marine, tandis que feue Marisa Merz expérimentait depuis sa cuisine à Turin avec de l’aluminium pour en faire de magnifiques constructions. Leurs œuvres prouvent que les femmes sont à l’avant-garde, depuis des décennies, dans le lien entre art et écologie.
Chantal Pattyn est repartie chez elle le cœur un peu lourd, mais aussi emplie d’espoir. Enivrée par tant de récits puissants et poétiques, elle garde la conviction que l’imaginaire — souvent nourri par des savoirs ancestraux et une certaine forme de mystique — peut nous guider vers un avenir meilleur.
L’exposition se tient jusqu'au 28 septembre 2025 en deux lieux : au WIELS (Avenue Van Volxem, 354 - 1190 Bruxelles) et à Argos (Rue du Chantier, 13 - 1030 Schaerbeek).
