Des experts en santé sexuelle s’inquiètent du stockage de millions de contraceptifs de l’USAID dans un entrepôt à Geel (en Campine anversoise). Préservatifs, injections contraceptives et pilules risquent d’être périmés et détruits. "C’est hallucinant, une insulte aux droits de millions de femmes vulnérables qui ont besoin de ces produits", déplorent les experts.
Des millions de préservatifs de l’USAID menacés de péremption stockés à Geel : "un gaspillage hallucinant", selon des experts
À la suite de la décision du président américain Donald Trump de démanteler l'USAID, l’Agence des États-Unis pour le développement international, des contraceptifs d'une valeur de 12 millions de dollars (environ 10,36 millions d'euros) sont encore stockés. Les marchandises sont réparties entre des entrepôts situés en Campine anversoise, à Geel, et aux Émirats arabes unis.
Au total, il s'agit de 26 millions de préservatifs, de millions de paquets de contraceptifs oraux et de centaines de milliers de contraceptifs implantables. Près de 2 millions de doses de contraceptifs injectables et 50.000 flacons de médicaments de prévention du VIH sont également stockés dans l'entrepôt. De nombreux produits sont déjà proches de leur date de péremption.
L'administration Trump voudrait détruire les stocks. Selon le Washington Post, qui révèle l’information, plusieurs groupes et organisations humanitaires internationaux ont entamé des pourparlers avec le gouvernement. Ils ont tenté de le convaincre de continuer à distribuer les produits ou de les racheter eux-mêmes.
"Un gaspillage, en phase avec l’idéologie de Trump"
Chez Sensoa, le Centre flamand d’expertise pour la santé sexuelle, on se dit indigné, mais pas surpris. Sensoa est une organisation spécialisée dans la promotion des droits sexuels et reproductifs, tant en Flandre qu’au niveau international. "C’est du gaspillage", déclare Heleen Heysse de Sensoa. "Sans contraceptifs, de nombreuses femmes dans les pays du Sud risquent de vivre une grossesse précoce ou non désirée, parfois même dangereuse pour leur santé." Heleen Heysse voit à l’origine de ce qui se passe à Geel, une motivation idéologique et politique.
"Les Républicains aux États-Unis, et le président Trump en particulier, défendent le modèle du noyau familial traditionnel. Ils s’opposent au planning familial, au droit à l’avortement sécurisé et aux droits des LGBTQ +. On l’observe aux États-Unis, mais aussi à l’échelle mondiale, où l’administration Trump bloque l’accès à des contraceptifs comme ceux-ci."
"Nous constatons déjà les effets des coupes budgétaires de Trump au Kenya"
Marleen Temmerman, gynécologue et défenseuse de longue date des droits reproductifs des femmes, travaille depuis de nombreuses années comme professeure au Kenya. Elle réagit avec stupeur à l’annonce concernant l’entrepôt de Geel : "Je trouve cela hallucinant, c’est une insulte aux droits de millions de femmes vulnérables qui ont besoin de ces moyens de contraception. C’est kafkaïen et absurde."
Le fait que ces millions de contraceptifs ne parviennent pas aux pays du Sud est absurde et kafkaïen.
Marleen Temmerman, gynécologue belge au Kenya
Marleen Temmerman constate depuis plusieurs mois déjà les conséquences de l’arrêt du financement de l’USAID. L’organisation était l’un des principaux bailleurs de fonds de nombreux programmes humanitaires. Aujourd’hui, ce soutien a brutalement cessé. "Il n’y a plus d’argent, du personnel est licencié, les ressources n’arrivent plus à destination."
Elle poursuit : "On observe, surtout dans les régions les plus pauvres, des femmes qui n’ont plus accès aux contraceptifs, qui ne peuvent plus se rendre dans des structures de soins. Et cela a déjà des conséquences : on voit une hausse de la mortalité maternelle et de nouveaux cas de VIH."
La Belgique, leader dans la promotion des droits des femmes
Ces dernières années, la Belgique s’est fortement engagée en faveur des droits des femmes. Alexander De Croo (Open VLD), d’abord en tant que ministre de la Coopération au développement, puis comme Premier ministre, a joué un rôle de pionnier en la matière. En 2017, la Belgique a notamment co-lancé la campagne de sensibilisation She Decides.
Chaque année, le gouvernement belge consacre près de 40 millions d’euros au financement d’organisations onusiennes et de programmes dans des pays partenaires, axés sur le planning familial, la santé reproductive et la lutte contre le VIH. Une attention particulière est également accordée aux victimes de violences sexuelles, notamment dans des zones de conflit comme l’Est du Congo.
Mais la nouvelle coalition dirigée par Bart De Wever a annoncé de fortes coupes dans la coopération internationale, avec une réduction prévue d’environ un quart du budget actuel. Marleen Temmerman craint que la Belgique ne suive l’exemple d’anciens leaders comme les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, qui ont déjà réduit massivement leurs financements pour privilégier les dépenses intérieures et la défense.
L'ancienne sénatrice de Vooruit (alors SP.A), Marleen Temmerman met en garde : "J’espère que le gouvernement De Wever ne touchera pas à la coopération internationale, car ce serait un boomerang. Il faut investir en Afrique, stabiliser la région et former les populations afin que moins de personnes se sentent contraintes de fuir et de venir chez nous."
