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"Un rêve devenu cauchemar" : le témoignage choc de Kenza Ameloot, Miss Belgique 2024

Ce qui devait être un rêve pour lequel elle avait durement travaillé s’est transformé en cauchemar. C’est ainsi que Kenza Ameloot, Miss Belgique 2024, décrit son expérience du concours de Miss et de son organisation. Selon elle, les candidates sont mises sous pression pour investir de grosses sommes d’argent. En partageant son histoire, elle espère avertir les jeunes participantes : "Je me sentirais complice si je gardais le silence." De son côté, l’organisation du concours affirme que les candidates ne sont jamais obligées d’investir financièrement pour participer.

Eric Steffens Tobias Santens
Publié:

Il y a un peu plus d’un an, fin février 2024, des larmes de joie coulaient sur la scène de Plopsaland De Panne. Kenza Ameloot (21 ans), originaire de Sint-Amandsberg près de Gand, était couronnée Miss Belgique, le concours de beauté le plus célèbre du pays.

Un an plus tard, sa vision de cette expérience a radicalement changé. "On remporte quelque chose pour lequel on a travaillé pendant un an", explique-t-elle aujourd’hui. "Mais au final, tout s’est transformé en une sorte de cauchemar." Car derrière les coulisses, elle découvre une toute autre réalité : "On s’attend à vivre des choses extraordinaires, mais tout tourne finalement autour de l’argent. L’environnement de travail était pour moi inhumain."

1.200 euros pour un travail à temps plein

Comme chaque lauréate, Kenza Ameloot a travaillé durant l’année suivant son élection pour l’organisation de Miss Belgique. Officiellement, elle a signé un contrat à temps partiel. "En réalité, on travaille plus qu’à temps plein, surtout pendant les premiers mois", confie-t-elle.

Avant même la finale, toutes les finalistes signent un contrat de travail, qui n’entre en vigueur que si elles remportent le titre. "On avait à peine quelques minutes pour lire ce contrat, avec des membres de l’organisation juste en face de nous", raconte Kenza. Elle le signe donc sans vraiment le lire. "C’était stupide, et je n’ai à m’en prendre qu’à moi-même", admet-elle aujourd’hui.

Son salaire : 1.200 euros nets par mois, avec une indemnité de 100 euros pour frais. "En plus, on recevait 10 % des revenus liés à la participation à des shootings photo ou des événements", précise-t-elle.

Mais pour elle, le salaire n’était pas le problème principal : "Ce qui m’a surtout marquée, c’est l’intrusion dans ma vie privée. Pourquoi devais-je, par exemple, fournir les mots de passe de mes comptes personnels sur les réseaux sociaux ? Est-ce seulement légal ?"  

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L'interview de Kenza Ameloot (en néerlandais)

Une experte dénonce un contrat illégal

L’avocate spécialisée en droit du travail Yousra Belakhdar confirme que plusieurs clauses du contrat de Miss Belgique enfreignent la législation en vigueur.

"Certaines conditions s’immiscent dans la vie privée de la lauréate de manière totalement excessive", explique-t-elle. "Le contrat précise même quel maquillage ou quelles tenues elle peut porter, non seulement dans le cadre de ses fonctions, mais aussi lorsqu’elle se rend à la boulangerie ou au supermarché. C’est totalement disproportionné et contraire à la loi."

Autre point problématique : "On attend d’elle qu’elle soit disponible 7 jours sur 7, alors qu’elle est censée être employée à temps partiel. Cela va à l’encontre de la législation sur le temps de travail", conclut l’avocate.  

La réaction de l’organisation : "Ces accusations sont totalement inattendues"

L’organisation Miss Belgique a réagi par écrit aux déclarations de Kenza Ameloot. "Ces accusations tombent de nulle part et nous blessent profondément. C’est extrêmement confrontant, insultant même. Cela me touche tellement que je ne peux ni ne veux réagir face caméra", déclare Darline Devos, organisatrice du concours.

Selon elle, la gagnante a suffisamment de temps pour lire le contrat avant de le signer, et elle est donc pleinement consciente de ce qu’il implique. Elle ajoute également que "les participantes peuvent suivre la vie de Miss Belgique en fonction pendant la compétition, ce qui leur donne un aperçu réaliste".

L’organisation indique par ailleurs qu’elle soumettra désormais le contrat à un avocat pour examen.

Elle insiste aussi sur les avantages accordés à la lauréate en plus de son salaire :  "une voiture de fonction, une carte carburant, des vêtements, des bijoux, des chaussures, des sacs à main de luxe, du maquillage et des produits capillaires". "Aucune Miss n’a jamais porté plainte à ce sujet par le passé", conclut Devos.

En février 2025, Kenza Ameloot a transmis la couronne de Miss Belgique à Karen Jansen.

Miss Belgique 2024 dénonce les pressions financières du concours

Le contrat de Miss Belgique interdit à la gagnante de "tenir des propos négatifs à l’égard du comité d’organisation", et ce, même après son année de règne. En cas de non-respect, une pénalité de 12.500 euros peut être exigée.

Malgré cette clause, Kenza Ameloot souhaite briser le silence. Elle veut alerter les jeunes femmes qui envisagent de participer à ce concours. Cette année encore, entre 150 et 200 candidates sont en lice pour décrocher la couronne. "Elles me contactent avec des questions, sur comment mieux se préparer ou marquer des points ", explique-t-elle. "Et je me sens responsable, car mon visage figure sur les affiches. Je donne une image qui leur donne envie de suivre le même chemin. Alors c’est aussi à moi de parler ouvertement."

"Mille euros de plus, et tu gagnes deux places"

Selon Ameloot, certaines candidates sont poussées à investir davantage pour grimper dans le classement. "On te dit par exemple : tu es 13e au classement provisoire, alors tu ne seras pas sélectionnée. Investis encore 1.000 euros, et tu passeras à la 11e place."

L’organisation compte parmi ses sponsors des marques de vêtements et de bijoux… qui siègent aussi au jury. "Cela donne l’impression qu’il faut absolument dépenser dans ces boutiques pour prouver qu’on veut vraiment devenir Miss Belgique", dénonce-t-elle.

Les candidates doivent aussi constamment chercher des financements. Les votes du public sont payants, notamment via SMS. "Elles sollicitent alors des entreprises, des sponsors personnels, leurs parents ou puisent dans leurs économies", précise Ameloot.

"Parfois, ce sont des filles de 17 ans, issues de familles modestes, qui vident toutes leurs économies", déplore-t-elle. "Et si on les cible encore pour leur soutirer plus d’argent, je trouve cela révoltant. Me taire, ce serait être complice."

D’autres candidates confirment les propos de Kenza Ameloot

Plusieurs participantes confirment avoir ressenti une pression financière.  "Quelqu’un de l’organisation m’a prise à part à plusieurs reprises pour me dire clairement que je devais investir davantage, notamment dans les votes", confie une finaliste de 2024. "On est toutes des jeunes filles avec un rêve, et on te fait croire que tu peux vraiment gagner."

Une autre finaliste, ayant participé en 2022, témoigne également : "Il faut sans arrêt trouver des sponsors : pour les flyers, les affiches, un magazine… Et il y a toujours quelque chose de nouveau. À l’approche de la finale, ils te téléphonent personnellement pour t’encourager à investir plus, pour grimper dans le classement."

Un incident grave avec une photo d’elle seins nus : "Là, c’en était trop"

La rupture définitive entre Kenza Ameloot et l’organisation de Miss Belgique s’est produite à la suite d’un incident particulièrement douloureux. "Ce n’est pas facile d’en parler, mais c’est une partie essentielle de ce que j’ai vécu", confie-t-elle, visiblement émue.

Lors d’un défilé organisé dans le cadre du concours, elle doit se changer en coulisses. "On prenait des photos pour les réseaux sociaux, pour montrer les coulisses du show, un soi-disant ‘behind the scenes’."

S’étant sentie mal à l’aise, Ameloot demande alors aux photographes de quitter la backstage "pour éviter les incidents". Mais le lendemain, son téléphone explose de notifications : une photo d’elle, seins nus, a été publiée sur les réseaux sociaux. "J’étais à moitié nue sur Internet. Le sol s’est dérobé sous mes pieds. J’ai eu une attaque de panique et j’ai fondu en larmes."

Elle espère alors que l’organisation prendra les choses en main. Mais leur réponse aura été  : "Toute publicité est bonne à prendre". Un avocat serait contacté, non pas pour retirer la photo, mais pour réclamer une amende.

"Ce n’était pas du tout ce que je voulais. Ce n’est pas une question d’argent, c’est de mon corps qu’il s’agissait."

Forcée d’assurer une mission malgré tout

Encore sous le choc, Kenza souhaite rentrer chez elle. Mais le comité s’y oppose : "On m’a fait comprendre que je ne pouvais pas. Je devais encore remettre un prix, ce soir-là, dans le Limbourg. Je n’étais pas en état mental de conduire, mais dans le contrat, il est écrit que refuser une mission entraîne une amende."

Elle s’exécute. "J’ai pris la route. Mais je ne me souviens plus du trajet. Je ne me rappelle plus de la remise du prix. Je ne sais même pas comment je suis rentrée."

Par la suite, la seule réponse qu’elle reçoit de l’organisation, dit-elle, c’est qu’elle doit "apprendre à porter un masque". Ce n’est que plusieurs jours plus tard qu’elle apprend que la photo n’a plus été diffusée sur les réseaux sociaux. Mais aucune excuse n’est formulée par le comité. "Là, c’en était trop."

Une fois mais pas deux : "Je ne m'infligerais plus jamais ça"

Mais alors, le concours n’a-t-il vraiment apporté que du négatif ? N’a-t-il pas ouvert des portes ? "Bien sûr que si. En remportant l’élection, j’ai pu établir des contacts avec des associations que je souhaite soutenir. C’est grâce à eux, et je leur en suis reconnaissante", reconnaît Kenza Ameloot.

"Mais ce n’est qu’une petite partie de cette année-là. J’ai essayé de m’accrocher à ça tout au long de l’année, mais au final, on s’effondre", poursuit-elle. "Je ne le referais jamais. Je ne me ferais plus jamais subir ça."

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