La ministre palestinienne des Affaires étrangères, Varsen Aghabekian, a appelé mardi la Belgique à jouer un rôle actif durant la conférence de New York que co-présideront la France et l'Arabie saoudite à la fin du mois. Mardi après-midi, un petit millier de personnes se sont rassemblées dans le quartier européen de Bruxelles, en marge du Conseil des Affaires étrangères de l'Union européenne, pour exiger des mesures concrètes face à l'impunité d'Israël, notamment la suspension de l'accord d'association UE-Israël.
La Palestine appelle la Belgique à jouer un rôle actif à la conférence de New York
Cette conférence initialement prévue au mois de juin et reportée à la suite de l'opération israélienne menée en Iran a pour objectif de promouvoir la paix entre Israël et la Palestine et pousser la solution à deux Etats. Elle devait déboucher sur un processus de reconnaissance de la Palestine et/ou d'Israël qui semble aujourd'hui de plus en plus incertain.
"Il est temps, et il est temps maintenant. Je vous exhorte à pousser la Belgique à reconnaître (la Palestine) et à participer activement à la Conférence de New York, car c'est la seule façon d'apporter la paix à la région", a affirmé Mme Aghabekian en conclusion d'un échange de vues avec les députés de la commission des Relations extérieures de la Chambre.
La reconnaissance est l'un des moyens qui permet aux Palestiniens de garantir le territoire qui leur reste, selon la cheffe de la diplomatie. "Le moment est venu que le monde entier reconnaisse les 22% de pays qui nous restent", a-t-elle lancé.
Le fédéral divisé sur la question de la reconnaissance de la Palestine et des sanctions envers Israël
Que ce soit sous la législature passée ou sous cette législature, la coalition au pouvoir est divisée sur la question. La N-VA et le MR ne sont pas favorables à une reconnaissance pour l'instant, estimant qu'il faut se concentrer sur le volet humanitaire de la guerre qui fait rage à Gaza alors que les Engagés, le CD&V et Vooruit poussent la Belgique sur la voie d'une reconnaissance de la Palestine et de sanctions envers Israël.
Depuis le début de la sanglante répression menée par Israël après l'attaque terroriste du 7 octobre 2023, de nombreuses manifestations en soutien au peuple palestinien ont déjà eu lieu en Belgique. La dernière en date a rassemblé plus de 100.000 personnes dans les rues de Bruxelles.
La déléguée palestinienne auprès de la Belgique et de l'UE, Amal Jadou Shakaa, a appelé le monde politique belge à traduire en actes cette revendication exprimée dans la rue. "Nous ne sommes pas là pour vous demander l'aumône mais pour que vous respectiez vos obligations internationales conformément au droit international", a-t-elle souligné.
"La Belgique doit oser prendre des mesures bilatérales contre Israël"
Selon elle, au vu de la complexité du processus de décision européen, les Etats membres, dont la Belgique, doivent oser prendre des mesures bilatérales contre Israël. "La plupart des pays nous apportent leur soutien mais cela doit se traduire par des mesures sur le terrain", a expliqué la ministre palestinienne.
Les chefs de la diplomatie des pays de l'UE examinaient mardi un ensemble de mesures à prendre éventuellement contre Israël pour sanctionner la violation des droits humains à Gaza. Un rapport de la Commission européenne, présenté fin juin estime qu'Israël a violé l'article 2 de l'accord d'association qui l'unit à l'UE, en matière de respect des droits de l'homme.
En conséquence, la Haute représentante de l'UE pour la politique extérieure, Kaja Kallas a préparé une liste d'options possibles: suspension de l'accord tout entier, interdiction des exportations en provenance des territoires palestiniens occupés, révision de la politique de visas ou encore suspension de la partie commerciale de l'accord d'association. Mais les chances de passer aux actes sont minces.
"Je vous le dis ouvertement et franchement: j'espère que les discussions aboutiront à quelque chose de concret. La crédibilité de l'UE est en péril. Si vous dites qu'il y a des violations mais que vous ne faites rien contre elles, qu'est-ce que cela signifiera pour votre crédibilité?" a averti Mme Aghabekian.
La N-VA, parti du Premier ministre Bart De Wever, n'a pas balayé d'un revers de la main l'hypothèse d'une suspension partielle de l'accord. "Lorsque l'aide humanitaire ne peut être fournie, nous pouvons examiner si la suspension de certaines parties de la convention a l'impact nécessaire sur le terrain", a expliqué la députée Kathleen Depoorter. Dans la majorité, seul le MR n'était pas représenté.
Manifestation à Bruxelles pour la fin de l'accord Union européenne-Israël
"EU, EU, shame on you", "Free, free Palestine", "Stop genocide": ces slogans ont résonné mardi midi au cœur du quartier européen, où un petit millier de personnes se sont rassemblées à l'appel d'une large coalition d'organisations pro-palestiniennes. En marge du Conseil des Affaires étrangères de l'Union européenne, les manifestantes et manifestants ont exigé des mesures concrètes face à l'impunité d'Israël, notamment la suspension de l'accord d'association UE-Israël.
La principale revendication portait sur la clause relative aux droits humains, prévue dans cet accord. "Nous sommes là pour exiger de la cohérence de l'Union européenne", a déclaré Grégory Mauzé, de l'Association belgo-palestinienne. "Il y a quelques semaines, la Commission européenne a reconnu qu'Israël violait ses obligations en matière de droits humains. Les 27 ne peuvent pas maintenir en place cet accord."
Pour François Grass, coordinateur des campagnes et du plaidoyer chez Amnesty International, "il est évident qu'Israël viole massivement les droits humains à Gaza. L'accord doit donc être suspendu, c'est indispensable". Les organisateurs ont également dénoncé la passivité de l'Union européenne et critiqué l'accord annoncé récemment entre la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas et Israël, jugé insuffisant et sans effet réel sur le terrain.
"Pour un arrêt de toute coopération militaire avec Israël"
Outre la suspension de l'accord, les manifestants appellent à l'arrêt de toute coopération militaire avec Israël, à l'interdiction du commerce avec les colonies israéliennes et à la mise en œuvre des résolutions internationales appelant à la fin de l'occupation.
Des revendications reprises également par plusieurs responsables politiques belges présents dans la foule. Sofie Merckx, députée fédérale PTB-PVDA, a dénoncé "un génocide qui dure depuis 21 mois". "Si Israël peut continuer son génocide, c'est aussi grâce à la coopération économique entre Israël et l'Europe. Aujourd'hui, les droits humains sont violés de manière très, très grave à Gaza et en Palestine. Il faut mettre un terme à cet accord et mettre la pression sur Israël pour arrêter ce génocide."
Saskia Bricmont (Ecolo), députée européenne, a établi un parallèle avec la guerre en Ukraine. "On voit que, dans le cadre de l'agression de la Russie, des paquets de sanctions ont été adoptés pour couper les vannes économiques et financières de cette guerre. On veut la même chose à l'égard d'Israël et du gouvernement Netanyahu: des sanctions, des sanctions ciblées, un embargo sur les armes, la rupture des flux financiers et des canaux qui alimentent la guerre de Netanyahu. La suspension de cet accord en fait partie."
Parmi les organisations mobilisées figuraient notamment le CNCD-11.11.11, la FGTB, la CNE, Intal, le PAC, UPJB, BDS Bruxelles, Vrede et la FIDH.
