Des toxicologues mettent en garde contre les risques de surchauffe corporelle ou d’hyperthermie, liés à la consommation de drogues, souvent combinée à la chaleur. Récemment, une jeune femme originaire de Flandre-Orientale est décédée après avoir consommé des drogues lors d’un festival. À quelle vitesse l’usage de drogues de synthèse peut-il provoquer une hyperthermie et à quel point cela peut-il être dangereux ? La réponse ci-dessous.
Une jeune femme décède d’hyperthermie liée à la consommation de drogues lors d’un festival : les toxicologues mettent en garde
La jeune femme est décédée d’une hyperthermie (coup de chaleur), provoquée par la combinaison de la prise de drogues et de la chaleur sur le site du festival. "Cela survient souvent de manière inattendue", indique le parquet.
Ce qui rend la situation particulièrement sournoise, c’est que les symptômes — tels que maux de tête, nausées, confusion, agitation ou perte de connaissance — apparaissent souvent tardivement, tant pour la victime que pour les personnes présentes. "Au moment où les secours sont appelés, le corps est souvent déjà gravement déréglé, ce qui peut entraîner une défaillance des organes, voire la mort."
Certaines drogues peuvent provoquer de la fièvre
"On classe traditionnellement les drogues en deux catégories", explique Philippe Jorens, toxicologue à l’Université d’Anvers. "Celles qui inhibent certaines fonctions corporelles, et celles qui les stimulent. La fièvre est l’un des effets classiques des drogues stimulantes, comme les amphétamines, le LSD ou la cocaïne."
"Mais si le corps reste trop longtemps exposé à une température élevée, cela peut affecter gravement les organes. Le corps humain n’est pas conçu pour supporter une température interne de 42 °C", ajoute-t-il.;
Il y a 30 ans, à une époque où la consommation de drogues en festival était plus libre, on recommandait systématiquement de boire suffisamment d’eau afin de maintenir une bonne hydratation. "Si ce n’est pas le cas — ou si l’on boit de l’alcool, qui déshydrate encore plus — cela peut entraîner une défaillance organique."
Des substances méconnues et de plus en plus présentes sur les festivals
Un défi supplémentaire pour les secours lors des festivals est qu’il est souvent difficile de savoir quelles substances ont été consommées. Depuis peu, de nouvelles drogues synthétiques circulent : les designer drugs.
"Le mot le dit lui-même : ce sont des drogues ou des médicaments fabriqués, conçus – parfois à l’origine par des entreprises pharmaceutiques, parfois dans des arrière-salles obscures par des chimistes amateurs ou expérimentés", explique un toxicologue.
Le contenu de ces sachets ressemble souvent à celui de drogues classiques et imite les effets de l’ecstasy ou de la cocaïne. Mais comme la molécule de base est différente, il s’agit en réalité d’une drogue distincte. "Les effets secondaires de ces substances restent largement inconnus, c’est pourquoi elles sont strictement interdites en Belgique depuis 2017."
Des drogues plus puissantes et plus dangereuses
Malgré l’interdiction, ces drogues sont facilement accessibles via Internet. Elles sont souvent plus puissantes et donc aussi plus dangereuses, ce qui complique encore davantage le travail des équipes médicales, qui peinent à reconnaître les symptômes.
Un phénomène préoccupant s’ajoute : les consommateurs ne se contentent plus d’un seul type de drogue à la fois. "Nous retrouvons désormais fréquemment deux, voire trois substances différentes dans les analyses sanguines", explique le toxicologue.
Une tendance dangereuse, car les effets peuvent se renforcer mutuellement ou, au contraire, se contrecarrer. Cela rend plus difficile pour l’usager de reconnaître les signes de malaise.
Tester ses drogues, est-ce vraiment utile ?
Certaines organisations proposent des tests à l’entrée des festivals pour identifier les substances. Une bonne solution ? Pas forcément, nuance l’expert.
"Même si vous savez que vous prenez de la “pure” XTC – une drogue que nous connaissons depuis longtemps – les effets peuvent toujours être imprévisibles selon votre état de santé, votre hydratation ou la chaleur ambiante. Cela peut donner un faux sentiment de sécurité."
Et d’ajouter : "Même de l'XTC dite “propre” peut provoquer une hyperthermie. C’est un stimulant qui provoque de la fièvre, ne l’oublions pas. Combinée à la chaleur d’un festival, le risque est réel."
On ne sait jamais vraiment ce qu’on consomme
Quel est le nombre de décès liés à une hyperthermie causée par la drogue en Belgique? C'est impossible à dire. "Nous n’avons pas de chiffres précis sur ce point. Les décès liés aux drogues sont davantage recensés dans le cadre d’accidents de la route ou d'overdoses."
Le toxicologue regrette un manque de conscience du danger. "Beaucoup de gens semblent aller bien après avoir consommé. Mais les drogues évoluent sans cesse. Vous n’êtes jamais sûr à 100 % de ce que vous prenez. Une dose peut bien se passer une semaine, et être dramatique la suivante." Le message est donc clair : mieux vaut s’abstenir.
