L’installation de dix mètres de haut, créée par l'artiste limbourgeois Tom Herck, a pris ses quartiers cette semaine dans l'ancienne piscine en plein air de Spiere-Helkijn (ou Espierres-Helchin en français), au bord de l’Escaut en Flandre occidentale. "The Fisherman" (Le pêcheur) représente un squelette humain assis en train de pêcher, avec des ossements de dinosaure suspendus au bout de sa canne à pêche. "Cette œuvre unit le passé, le présent et l'avenir", explique l'artiste originaire de Saint-Trond, qui a acquis une renommée internationale. "La sculpture ne quittera plus les lieux, même après la biennale d’art de Saint-Denis-City", confirme le bourgmestre Mathias Goos.
"The Fisherman" de Tom Herck a quitté Venise pour le Bassin de Spiere-Helkijn, en vue de la biennale d'art de Sint-Denijs-City
The Fisherman n’en est pas à son premier événement artistique puisque l’an dernier il était installé le long du Grand Canal pour la Biennale de Venise, où il a attiré bien des regards ! L'œuvre monumentale a été amenée à Spiere-Helkijn par Jan Leysen, le curateur de la Biennale d'art de Sint-Denijs-City, qui tenait à l'exposer dans la région lors de la deuxième édition du parcours artistique.
"Après une visite à l'atelier de Tom Herck, j'ai vraiment été impressionné par The Fisherman que je suis allé voir à Venise", raconte Jan Leysen. "Cette création a une énorme capacité à surprendre. Nous sommes très reconnaissants qu'elle puisse rester ici." Le fonds régional de la province de Flandre occidentale et de l'intercommunale Leiedal permettra en effet à l'installation de devenir permanente, au bord du Bassin de Spiere-Helkijn - une commune à facilités de Flandre occidentale -, le long de la Route de l'Escaut.
Pôle d’attraction pour tout un site
"A Sint-Denijs, où a lieu la Biennale, il n’y a pas vraiment d’eau, hormis un ruisseau ou un fossé. Mais The Fisherman a besoin de la proximité de l’eau. Un pêcheur qui est assis en plein champs, c’est un peu grotesque", estime le curateur Jan Leysen. "Nous sommes donc allés à la recherche d’un lieu idéal dans les environs, et nous avons trouvé l’ancienne piscine de plein air de Spiere-Helkijn".
“C’est un endroit idéal", se réjouissait Tom Herck au micro de Radio 2. "Je travaille souvent sur le thème de l’éphémère et de la renaissance, et ce site était en ruine. Il va maintenant littéralement renaître. Et puis il se trouve à proximité de l’Escaut".
Le site a été réhabilité, pour un budget de 1,5 million d’euros, dans l’espoir de rendre la région plus attrayante aux visiteurs. "Nous espérons que ce site deviendra vraiment un lieu de rencontre pour notre région et un point de repère dans le paysage, qu’il permette aux gens de s’émerveiller pour l’art et la nature", confiait Woud Maddens, président de l’intercommunale Leiedal.
Symbole de la vanité humaine
The Fisherman s’inscrit dans le projet "Once We Ruled The World” (traduisez par “Autrefois nous dirigions le monde" en français) de Tom Herck. Il y utilise la relation entre les êtres humains et les dinosaures comme métaphore de l’ego humain et de notre place dans l’évolution. "Mes créations traitent souvent du caractère éphémère et de la vanité des êtres humains. En tant qu'espèce, nous ne mesurons pas 10 mètres de haut, mais nos égos le sont parfois", explique l’artiste multidisciplinaire.
"The Fisherman" est installé au-dessus d'un bassin d'eau, ce qui crée un effet de miroir, comme pour Narcisse", ajoute Herck. "Je n'ignore pas non plus ma propre vanité en tant qu'artiste puisque le crâne est une copie agrandie du mien. J’invite ainsi les spectateurs à une réflexion sur les thèmes de la vanité et de notre condition de mortels".
Le squelette fait aussi référence au présent, à l'être humain en tant qu'espèce, le dinosaure représente le passé et la ligne de la canne à pêche - un câble USB - renvoie au futur. "La combinaison entre des éléments anciens et contemporains se veut un commentaire sur l’évolution numérique et le caractère éphémère de notre propre espèce", explique Tom Herck qui place notamment des questions existentielles et des thèmes socio-politiques au centre de sa recherche artistique.
Ces dernières années, l’artiste limbourgeois a exposé de plus en plus d’œuvres à l’étranger. "Euro Vision" (2018), une installation sur un bateau, est ainsi allé à Londres, tandis que son installation monumentale "The Wall" est partie en fumée en 2019 au festival Burning Man, dans le désert de Black Rock, au nord de l’état américain du Nevada.
Une oeuvre controversée à redécouvrir
Une autre œuvre de Tom Herck sera exposée pendant la biennale d’art de Sint-Denijs-City. Il s’agit de l’installation "Holy Cow". Placée en 2017 dans l’église de Kuttekoven (Limbourg) à la place d’un crucifix, cette vache clouée sur une croix géante a suscité la controverse. L’œuvre avait même été endommagée plusieurs fois par des vandales.
A la biennale de Saint-Denis, elle sera présentée sous un autre nom : "Do not cross" (photo). "Nous ne l’installerons pas dans une église, et l’accent ne sera plus mis sur la relation entre l’homme et la religion, mais sur la relation entre l’homme et l’agriculture", explique le curateur Jan Leysen. "Tom Herck a réinventé cette œuvre".
The Fisherman vient d’être installé au bord du Bassin, la piscine historique de plein air qui se trouve à Spiere-Helkijn le long de l’Escaut. Il peut donc être admiré dès à présent. Pour la biennale d’art de Sint-Denijs-City , il faudra encore un peu patienter. Elle est programmée du 14 août au 21 septembre.


