L’utilisation d’algorithmes et de l’intelligence artificielle constitue une "menace pour les droits humains", affirme le centre interfédéral pour l’égalité des chances Unia, dans son rapport annuel. Le rapport révèle également qu’au cours de l’année écoulée, de nombreuses plaintes ont été déposées concernant l’antisémitisme et la discrimination envers les personnes en situation de handicap sur le lieu de travail. En 2024, le Centre interfédéral pour l'égalité des chances a reçu plus de 7.500 signalements.
Unia met en garde contre les discriminations liées à l’IA : "Une menace pour les droits humains"
L'an dernier, Unia a été alertée en moyenne 20 fois par jour sur de potentiels cas de discrimination, de discours ou délits de haine. Au total, 7.577 signalements lui sont ainsi parvenus (contre 6.706 en 2023 et 7.310 en 2022). Ceux-ci ont mené à l'ouverture de 1.831 dossiers (soit cinq par jour). Unia ouvre un dossier lorsque l'auteur du signalement exprime une demande d'aide ou d'information. La majorité concernait des discriminations à l'emploi (651 dossiers), suivie du domaine des biens et services (468) et de la vie en société (221).
L’intelligence artificielle a été omniprésente l’année dernière. Le centre pour l’égalité des chances Unia l’a également constaté. Selon son rapport annuel, l’IA représente une nouvelle menace pour les droits humains.
"On observe que l’intelligence artificielle est de plus en plus utilisée dans des domaines sociaux, souvent à notre insu, et sans que l’on sache clairement quelles données sont utilisées ni comment l’algorithme fonctionne réellement", a expliqué la directrice d’Unia, Els Keytsman, ce mardi matin, dans l’émission De Ochtend sur Radio 1.
"L’algorithme déterminait le temps imparti pour un travail sans tenir compte des aménagements raisonnables"
Et ces algorithmes peuvent bel et bien produire de la discrimination, insiste Keytsman. Elle fait référence à l’affaire des allocations aux Pays-Bas, où des milliers de parents ont été à tort accusés de fraude par le fisc néerlandais, sur la base d’algorithmes discriminatoires. L’administration fiscale a indûment réclamé le remboursement de dizaines de milliers d’euros, plongeant ainsi de nombreuses familles dans de graves difficultés financières.
En Belgique aussi, plusieurs services publics utilisent l’intelligence artificielle, affirme Els Keytsman. "Mais nous n’avons aucune visibilité sur ces systèmes. C’est pourquoi nous demandons que les administrations publiques tiennent un inventaire indiquant dans quels cas elles utilisent l’IA et comment les algorithmes fonctionnent."
Unia a également reçu, au cours de l’année écoulée, plusieurs signalements de personnes victimes de discrimination via un système d’IA.
"L’an dernier, par exemple, une femme en situation de handicap, employée comme préparatrice de commandes dans un entrepôt, a signalé un problème. Elle n’avait plus de supérieur humain, mais était soumise à une “gestion algorithmique. L’algorithme déterminait le temps imparti pour remplir une palette, sans tenir compte des aménagements raisonnables auxquels elle avait pourtant droit."
Davantage de signalements d'antisémitisme depuis la guerre à Gaza
La guerre à Gaza se reflète également dans le nombre de signalements reçus par Unia en 2024. Le centre pour l’égalité des chances a de nouveau enregistré de nombreuses plaintes liées à l’antisémitisme. "Dans les cas les plus graves, des personnes ont été agressées en raison de leur judaïté", explique Els Keytsman. Elle cite notamment l’exemple d’un couple juif agressé près d’une gare, et tenu pour responsable de la guerre à Gaza.
"Nous voyons tous les images de ce qui s’y passe ; certains experts parlent de génocide. Il est donc essentiel que la liberté de protester, d’agir et d’exprimer son opinion reste garantie. Mais il y a une limite très claire : il est inacceptable de s’en prendre aux Juifs en Belgique ou de les tenir responsables de ce qui se passe ailleurs."
Une réduction du financement d’Unia de 25%
Après la sortie d'Unia opéré par la Flandre en 2023 en vue de créer son propre "Vlaams Mensenrechteninstituut" (VMRI), le nouveau gouvernement fédéral (N-VA, MR, Les Engagés, Vooruit et CD&V) a annoncé réduire le financement d'Unia de 25%. Cette décision "interpellante" "semble avoir été prise sans évaluation approfondie ni analyse des besoins", soulignent les deux directeurs du centre interfédéral, Patrick Charlier et Els Keytsman.
"Face aux nombreux défis intrinsèques à l'évolution de la société (polarisation des débats de plus en plus violente, utilisation insuffisamment encadrée de l'intelligence artificielle...), nos démocraties doivent se munir d'institutions solides et indépendantes. Dans ce sens, Unia est plus que jamais nécessaire", conclut le francophone.
"Ces économies auront surtout un impact important sur le personnel, affirme de son côté Els Keytsman. Le centre devra se séparer de 14 équivalents temps plein. "Je comprends qu’il faille faire des économies, mais une coupe de 25 % sans justification ni explication, et qui ne touche qu’un seul service public, c’est quelque chose que je comprends beaucoup moins."
