Consacrer chaque année 5 % du PIB à la défense, cela revient à 6.000 euros par ménage. C’est ce qu’a déclaré le professeur en économie de l’UGent Gert Peersman dans l’émission Terzake (VRT). "Les ménages belges consacrent également 5 % du PIB à l’alimentation. Il s’agit donc d’un sacrifice de notre pouvoir d’achat que nous devrions consentir en tant que ménage, en échange d’un renforcement de la défense", explique-t-il. Il juge cette norme irréaliste.
Consacrer 5 % du PIB à la défense : une norme irréaliste selon l'économiste Gert Peersman
Dépenser 5 % du PIB à la défense, qu’est-ce que cela représente concrètement ? Invité de l’émission Terzake, mardi soir, Gert Peersman, professeur en économie au Department of Economics de l'UGent a détaillé les implications financières : "Cela revient à 6 000 euros par ménage et par an. Et tout cela devra être financé par l’impôt. On peut donc s’attendre à de fortes hausses fiscales dans les dix années à venir."
À titre de comparaison, les ménages belges consacrent également, ensemble, environ 5 % du PIB à l’alimentation chaque année. "Il s’agit d’une somme énorme, et cela signifie que nous allons devoir céder une part de notre pouvoir d’achat au profit de la défense", avertit Gert Peersman.
Une nuance toutefois : sur ces 5 %, seuls 3,5 % doivent être affectés à la défense militaire stricto sensu; les 1,5 % restants peuvent servir, par exemple, à des investissements dans les infrastructures. Même dans ce cadre assoupli, Gert Peersman estime la norme peu réaliste. Il pointe notamment le déficit budgétaire actuel, déjà très élevé, et qui ne fera qu’augmenter d’ici la fin de la législature en raison du coût du vieillissement de la population belge.
De Wever se plie à la norme de l'OTAN
"Le gouvernement De Wever promet une baisse des impôts d’ici la fin de son mandat. Je me demande si cela reste crédible, vu ce qui nous attend ensuite", déclare-t-il.
Le Premier ministre Bart De Wever, pour sa part, assume pleinement cette orientation : "Si un accord est conclu au sommet de l’OTAN pour atteindre les 5 % dans les dix ans, alors le gouvernement devra en débattre, et ces dépenses devront être réalisées. Je ferai tout mon possible pour qu’on n’ajoute pas un euro de plus", a-t-il déclaré à la Chambre.
Pour une défense commune européenne
Il ne fait aucun doute que renforcer notre défense aura un prix élevé. Mais selon l’économiste Gert Peersman, cette norme de 5% mérite d’être examinée de manière critique.
"Aujourd’hui, Israël consacre 5 % de son PIB à la défense – un pays en guerre avec plusieurs voisins. À l’opposé, la Suisse, qui n’est pas membre de l’OTAN, n’y consacre que 0,7 %."
Gert Peersman évoque néanmoins une dimension de solidarité envers les États baltes, où la menace de guerre est bien plus tangible. Il s’interroge toutefois sur l’objectivité des projections financières avancées : "Quand on demande à des experts de l’éducation ou de la santé de chiffrer leurs besoins, ils réclament toujours plus que ce qu’on dépense actuellement. Pourtant, notre pays offre un bon système de santé et un enseignement de qualité avec moins de moyens."
Dès lors, une question s’impose : ne pourrait-on pas atteindre les mêmes objectifs avec moins de ressources, en travaillant de manière plus efficace ? "Aujourd’hui, l’Europe compte plus de 20 ministres de la Défense et autant d’armées différentes. Ne serait-il pas plus cohérent de coordonner nos efforts, avec un seul ministre et une armée commune ?", conclut-il.

