Le parquet fédéral demande que l'ancien diplomate et ancien commissaire européen Étienne Davignon (92 ans) soit renvoyé devant le tribunal, en raison d'une possible implication dans l’assassinat de Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo, en 1961. C’est ce que rapporte la RTBF, une information confirmée par le parquet fédéral. La chambre du conseil se penche ce matin sur ce renvoi, mais l’avocat d’Etienne Davignon devrait demander un report.
Étienne Davignon (92 ans) pourrait être poursuivi pour son rôle présumé dans l’assassinat de Patrice Lumumba
Le règlement de procédure dans le dossier relatif à l'assassinat de Patrice Lumumba est fixé à ce 17 juin devant la chambre du conseil de Bruxelles. Celle-ci devra décider si le dossier doit être ou non renvoyé devant la cour d'assises, après plus de dix années d'enquête.
Le fils aîné de Patrice Lumumba, François, a déposé plainte avec constitution de partie civile en 2011 à l'encontre de dix Belges considérés comme impliqués dans l'assassinat de son père. Patrice Lumumba, qui était devenu Premier ministre du Congo après la proclamation d'indépendance de l'ancienne colonie belge en 1960, a été fusillé le 17 janvier 1961 au Katanga en présence d'officiels belges.
Seul Etienne Davignon est encore en vie sur les 10 personnes visées par la plainte
La plainte pour crimes de guerre, tortures et traitements inhumains vise "diverses administrations de l'État belge" pour avoir "participé à un vaste complot en vue de l'élimination politique et physique de Patrice Lumumba". Aujourd'hui, seules une des dix personnes initialement visées par la plainte est encore en vie. Il s'agit de l'ancien diplomate et homme d'affaires Étienne Davignon, âgé de 92 ans.
À la suite de la plainte, une instruction a été ouverte par le parquet fédéral et menée par une juge d'instruction. Le 18 janvier 2022, celle-ci s'est présentée au Parlement avec un mandat de perquisition, afin de consulter des pièces issues des travaux de la commission d'enquête qui s'est penchée sur l'assassinat de Patrice Lumumba entre 2000 et 2001. Cette commission avait conclu que "certains membres du gouvernement belge et d'autres acteurs belges ont une responsabilité morale dans les circonstances qui ont conduit à la mort de Patrice Lumumba".
La présidente de la Chambre d'alors, Éliane Tillieux, s'est opposée à cette saisie, qui concernait entre autres des pièces confidentielles, relatives à des séances à huis clos de la commission. La chambre des mises en accusation de Bruxelles a finalement tranché la question en octobre 2022, considérant que la saisie de la juge d'instruction était légale, excepté pour deux documents.
Alexander De Croo avait présenté des excuses au nom de la Belgique
En juin 2022, les restes de Patrice Lumumba - une dent qui avait été prélevée avant que le corps ne soit dissous dans de l'acide, selon les dires du commissaire de police belge Gérard Soete - a été remise par les autorités belges à la famille de l'ancien Premier ministre congolais, lors d'une cérémonie officielle au Palais d'Égmont à Bruxelles.
Le Premier ministre belge d'alors, Alexander De Croo (Open VLD), a reconnu que plusieurs ministres du gouvernement belge en fonction au début des années 1960 portent "une responsabilité morale" quant aux circonstances qui ont conduit à l'assassinat de Patrice Lumumba. Il a présenté des "excuses" au nom de la Belgique.
La dépouille a ensuite été rapatriée à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo, pour être inhumée.
