C’est un véritable événement, en gestation depuis près de deux décennies, et que le public est invité à découvrir gratuitement ce week-end. Le Musée Art & Histoire installé dans le parc du Cinquantenaire à Bruxelles ouvrait ce 13 juin deux nouvelles salles, l’une consacrée aux arts décoratifs du 19e siècle et l’autre à l’Art nouveau et l’Art déco belges. D’une superficie totale de 1.200 mètres carrés, elles accueillent une multitude d’œuvres d’art exceptionnelles, dont 80% sont exposées pour la première fois. Tous les grands artistes et architectes de ces courants y sont représentés, mais aussi des créateurs moins connus qui réservent de belles surprises. Au centre de la première salle trône le jardin d’hiver de la maison Cousin, chef-d’œuvre de Victor Horta, qui a été entièrement restauré après avoir été sauvé de la démolition, il y a 60 ans, par l’un des derniers élèves de Horta.
Le Musée Art & Histoire de Bruxelles ouvre 2 salles dédiées aux Arts décoratifs du 19e siècle, à l'Art nouveau et l'Art déco
Avec ses 60.000 mètres carrés d’espace d’exposition, le Musée Art & Histoire de Bruxelles est le plus grand musée de Belgique. On peut y admirer tant des momies égyptiennes que de l’art précolombien, des bustes romains, des trésors d’or celtiques et des estampes japonaises. Les salles d’arts décoratifs ne permettaient par contre jusqu’à présent que d’admirer une fraction de la riche collection du musée. D’où le projet d’aménager deux nouvelles salles : l’une dédiée entièrement aux arts décoratifs du 19e siècle, l’autre à l’Art nouveau et l’Art déco. Le conservateur Werner Adriaenssens en rêvait depuis 30 ans, les plans étaient prêts depuis 17 ans. L’ouverture des salles est donc réellement un événement, que la directrice du Musée, Géraldine David, veut partager gratuitement avec le public ce week-end.
C’est l’Art nouveau qui inaugure la visite. Né en 1893, il représente la première véritable expression stylistique nationale de la Belgique. A travers une série de thématiques, la richesse et la diversité de ce courant artistique sont illustrées, en dialogue avec les grandes expositions nationales et internationales de l’époque, mais aussi avec les contextes sociaux et économiques, ainsi que les réseaux de relations entre commanditaires et artistes. Les visiteurs y découvrent le travail de créateurs marquants tels que Paul Hankar, Henry van de Velde, Victor Horta, Georges Hobé, Paul Hamesse, Léon Sneyers, Gustave Serrurier-Bovy, Isidore et Hélène De Rudder, Charles Van der Stappen et Philippe Wolfers, replacés dans leur cadre historique avec des notices de contextualisation et photos d’archives.
Au milieu du vaste espace de cette première salle trône l’impressionnante reconstitution du jardin d’hiver de Victor Horta, une structure en acier finement dorée, dont le plafond et les battants de la double porte sont ornés de vitraux. Cet écrin de raffinement habillé de boiseries et d’une cheminée en marbre s’élève à 6m de hauteur. Il fut sauvé de la démolition dans les années 1960 grâce à l’architecte Jean Delhaye, l’un des derniers élèves de Horta, qui en fit démonter la structure.
C’est ainsi que le jardin d’hiver a pu être réassemblé par un bureau spécialisé, 60 ans plus tard. Il s’agit aujourd’hui du seul projet de reconstitution d’un bâtiment Horta qui ait été concrétisé, ceux de la Maison du Peuple et de la Maison Aubecq n’ayant finalement pas abouti. Le Musée Art & Histoire souligne l’importance de ce projet puisque quatre des maisons de Horta sont actuellement reprises sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
Les années 1910, avec des œuvres de créateurs comme Alphons Van Beurden, Constant Montald et Oscar Van de Voorde, marquent l’émergence de l’Art déco, qui deviendra le style dominant des années 1920 et ’30. A l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes organisée en 1925 à Paris, et qui donna son nom au nouveau courant, la Belgique se distingue avec des créations de grande qualité, comme celles de Philippe Wolfers. A l’entrée du pavillon belge trônait l’impressionnante sculpture "L’Art décoratif" de Pieter Braecke. Elle est présentée maintenant au public, grâce à sa redécouverte récente dans l’atelier de moulage du Musée.
Cette reconnaissance internationale permit aussi à la Belgique de prendre conscience de l’importance d’avoir un enseignement artistique de qualité pour pouvoir rester à la pointe. En 1926, l’Ecole nationale supérieure des arts visuels de La Cambre était créée, sous la direction de l’architecte et décorateur visionnaire Henry van de Velde.
La section Art déco dans la première salle met aussi en lumière les influences extra-européennes, l’impact du modernisme et le retour aux sources classiques. Parmi les créateurs et maisons emblématiques de cette période figurent notamment Albert Van Huffel, Charles Catteau, le Val-Saint-Lambert, les frères De Coene et Marcel-Louis Baugniet. La première salle se referme sur l’œuvre iconique "Diane chasseresse", une sculpture en bronze laqué de Marcel Wolfers (voir la vidéo ci-dessus).
Arts décoratifs du 19e siècle, miroir des transformations sociétales
La seconde nouvelle salle du Musée, dédiée aux Arts décoratifs du 19e siècle, a pour fil conducteur les grandes transformations de la société. L’urbanisation croissante et l’essor de la bourgeoisie bouleversent les rapports sociaux et donnent naissance à de nouvelles idéologies, rappelle le Musée. Sciences, technologie et mécanisation sont en plein essor. Le style néoclassique s’impose au début du 19e siècle, se déclinant en plusieurs courants successifs. Parmi les chefs-d’œuvre de cette période figure l’orfèvrerie du Parisien Jean-Baptiste Claude Odiot, dont plusieurs pièces sont exposées dans la nouvelle salle. Tout comme le mobilier du salon dit "de Waterloo" réalisé dans l’atelier parisien de Georges Jacob.
Un esprit plus léger s’installe avec le style de la Restauration, sous Guillaume 1er au Royaume-Uni des Pays-Bas, dont faisait partie la future Belgique. La porcelaine de Bruxelles était très recherchée à cette époque. Frédéric Faber peignait des pièces de luxe sur des lithographies de Jean-Baptiste Madou. La cristallerie de Vonêche, ancêtre du Val-Saint-Lambert, produisait des verreries de qualité supérieure.
Plus tard, la Belgique devint une référence à l’échelle européenne pour le style néo-gothique (églises, écoles, gares, bureaux de poste et habitations), puis pour l’éclectisme et le pluralisme stylistique. Mais la salle consacrée au 19e siècle met aussi en lumière des thèmes de société, comme l’art de la table, l’hygiène, les loisirs et le tourisme, l’enfance, la mode, la photographie, les moyens de communication et les arts appliqués.
Le Musée rend un hommage particulier à la famille de collectionneurs Verhaeghe de Naeyer, qui lui a légué en 1943 un ensemble remarquable de peintures et d’objets.
Ce week-end des 14 et 15 juin, l’entrée aux deux nouvelles salles Arts décoratifs du XIXe siècle et Art nouveau et Art déco belges est gratuite pour tous. Le Musée Art & Histoire veut ainsi permettre au public belge de profiter pleinement de son patrimoine d’exception.
Parc du Cinquantenaire 10 à 1000 Bruxelles. Pour plus de détails consultez le site wwwx.artanhistory.museum .

