À Bruges, des artistes funambules ont donné un spectacle entre les arbres et les bâtiments historiques du béguinage. Cet événement marque le véritable coup d’envoi des festivités célébrant les 800 ans du site. La reine Mathilde était présente pour l’occasion. Pendant quatre mois, des conférences, expositions et concerts seront organisés.
La reine Mathilde a lancé les festivités du 800e anniversaire du béguinage de Bruges, lieu de mémoire et d’histoire vivante
La reine Mathilde a effectué une visite remarquée vendredi 6 juin au béguinage de Bruges. Elle y a découvert l’exposition consacrée à l’histoire du site et s’est entretenue avec plusieurs résidentes et sœurs. Depuis 800 ans, seules des femmes vivent dans le béguinage. Aujourd’hui encore, quelques sœurs et une trentaine de femmes célibataires occupent les emblématiques petites maisons blanches.
La reine a été accueillie par le bourgmestre de Bruges Dirk De fauw (CD&V), la gouverneure faisant fonction Anne Martens, ainsi que par sœur Stefanie, qui vit au béguinage depuis 61 ans déjà.
La reine a également visité l’église du béguinage, où elle a été accueillie par l’ensemble Psallentes, un ensemble grégorien fondé en 2000 par Hendrik Vanden Abeele (voir la vidéo ci-dessous). Ensuite, un long échange était prévu avec les résidentes du béguinage. Cela fait déjà 800 ans que seules des femmes y vivent, un fait qui a manifestement suscité l’intérêt de la reine.
"Vous êtes le seul homme ici ", a plaisanté la reine en s’adressant au bourgmestre de Bruges Dirk De fauw. Elle souhaitait aussi savoir comment sont sélectionnées les nouvelles habitantes. Une des résidentes a expliqué qu’il existe une liste d’attente, qui compte actuellement une quarantaine de femmes.
"Ce fut une conversation agréable, car on sentait qu’elle s’intéressait vraiment à nous. Des femmes seules qui vivent ici dans un cadre particulier et s’entraident", raconte la résidente Brigitte. "Ce qui frappe, c’est sa chaleur et son attention", ajoute Lut. "Elle prend des initiatives, salue tout le monde, et montre beaucoup d’intérêt."
Les résidentes ont aussi été impressionnées par sa facilité à marcher sans difficulté sur les pavés avec de hauts talons. "Absolument ! ", s’exclame Brigitte. « Je ne pensais pas qu’elle y arriverait, mais elle n’a jamais demandé de l’aide. Il faut dire qu’elle a sans doute de l’expérience. Nous, on a vite abandonné, ici on porte toujours des baskets. Elle portait par ailleurs un magnifique chapeau."
Funambules et acrobates
Le verger idyllique, habituellement fermé au grand public, a exceptionnellement été ouvert pour lancer les festivités. Vers midi, des funambules et acrobates aériens ont évolué entre les arbres, accompagnés de chants doux. Le collectif Lyapunov a ainsi offert l’un des moments forts du week-end d’ouverture.
"Nous avons réussi notre pari en proposant une véritable attraction visuelle », se réjouit Kasper Verhelst, coordinateur du projet "800 ans du Béguinage"." Des acrobates qui dansent au sommet des arbres du béguinage… c’est une image qui marque les esprits."
Les résidentes ont toutefois dû être convaincues. "Quand on parle d’acrobatie, on pense souvent à des numéros de cirque traditionnels, mais ce spectacle n’a rien de cela. C’est une chorégraphie apaisante, entre et même avec les arbres, qui bougent au rythme du vent. Une performance qui respecte pleinement l’atmosphère du béguinage."
Les festivités se poursuivent jusqu’au 28 septembre, dans et autour du béguinage. Au programme : des conférences, des promenades commentées et des concerts. Le 26 août aura lieu un concert allongé, et lors du week-end de clôture, le chanteur de metal Colin H. Van Eeckhout présentera son projet solo.
Expositions
Pendant toute la période des festivités, les visiteurs peuvent découvrir plusieurs expositions, notamment celles des élèves de l’enseignement artistique à temps partiel de l’Académie municipale. Dans l’église du béguinage, ils ont habillé des bancs d’église avec des textiles, en lien avec le passé. Sur l’ancienne prairie de blanchiment, une installation invite les visiteurs à réfléchir à l’impact du tourisme sur le béguinage.
"Environ 2 200 enfants, jeunes et adultes ont travaillé autour des mots-clés spiritualité, rituels, lenteur, silence, intimité, communauté, femmes fortes et entrepreneuriat", explique le directeur Joost Goethals.
Le béguinage de Bruges est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis plus de 25 ans. Il a d’abord accueilli des béguines : des femmes pieuses, volontairement célibataires. Lorsque leur nombre a fortement diminué, une communauté bénédictine a repris le lieu. Mais avec le déclin du nombre de sœurs, le couvent a commencé à louer les 40 maisons du béguinage à des femmes seules. En 2020, le couvent a transféré la gestion du site protégé – et donc la location des maisons – à la ville de Bruges.

