Les grandes voies navigables de Flandre sont plus propres qu’escompté, mais les petits ruisseaux et canaux plus pollués que prévu. Au total, plus de quatre cours d'eau sur dix (43,3 %) examinés en Flandre sont suffisamment propres pour la baignade, révèle Watermonsters. Il s’agit de la plus grande enquête citoyenne jamais réalisée sur la qualité de l'eau, à laquelle ont participé l'organisation sans but lucratif Waterland, le quotidien De Standaard et l’Université de Louvain (KU Leuven). Plus de 6.000 échantillons ont été prélevés en Flandre et à Bruxelles.
En Flandre, plus de quatre cours d'eau sur dix sont suffisamment propres pour la baignade
Les résultats révèlent toutefois un point sensible: 42,3 % des points de mesure ont obtenu de mauvais résultats, avec une concentration trop élevée de bactéries E. coli (photo). Ces bactéries pénètrent dans l'eau par l'intermédiaire des eaux usées ménagères non traitées, telles que l'eau des toilettes, l'eau de vaisselle et l’eau de douche. Il n’est donc pas question ici de pollution par l’industrie ou l’agriculture mais celle provenant des ménages, dont les eaux usées contiennent aussi des restes de médicaments et de détergents. Les baigneurs qui avalent de l’eau contenant ces bactéries peuvent attraper la diarrhée, voire tomber gravement malades.
Le projet Watermonsters a effectué plus de 6.000 mesures pour cartographier la quantité d'E. coli dans les canaux, les rivières, les ruisseaux et les fossés de Flandre. Les chercheurs ont utilisé les normes de qualité des eaux de baignade comme référence. Une mauvaise qualité rend le cours d’eau impropre à la baignade. Une qualité acceptable permet aux personnes en bonne santé de s’y baigner. Les personnes ayant une moins bonne immunité et les enfants ne devraient se baigner qu’en eaux de bonne qualité.
De nouveaux points de rafraichissement pendant l’été ?
Actuellement, nager dans les points d'eau à l’air libre est limité à quelques endroits en Flandre et cela n'est possible que si une autorité locale désigne une zone de baignade. Or, selon les mesures effectuées dans le cadre du projet Watermonsters, 43% des cours d’eau seraient suffisamment propres que pour y autoriser la baignade. "Sur les principales voies navigables, même 86% des mesures révèlent une eau permettant de s’y baigner", indique Lieven Symons de l’organisation Waterland.
Un résultat meilleur qu’escompté, d’autant plus que les échantillons ont été prélevés entre fin avril et début mai, une période sèche cette année. Lorsqu’il pleut moins, les eaux usées ont un impact plus grand sur la qualité générale de l’eau. Les résultats de l’enquête citoyenne permettent d’envisager l’ouverture de nouveaux points et cours d’eau en Flandre à la baignade, "ou du moins d’ouvrir le débat sur ce qui serait possible dans ce domaine", estime Lieven Symons.
Pas question encore de sauter directement dans l’eau de l’un des points de mesures de bonne qualité, met en garde Ella Hens de la KU Leuven, qui a analysé les données. "Chaque mesure vaut pour le moment où elle a été effectuée. Mais lorsque plusieurs mesures ont été réalisées au même endroit, les résultats se situaient souvent chaque fois dans la même ligne".
Meilleurs résultats dans les villes
L’enquête citoyenne a également révélé que l’eau était plus propre dans les villes que dans des zones de constructions plus éparses. Gand, Anvers et Bruges obtiennent ainsi des résultats remarquablement bons en matière de qualité de l’eau. En cause, un système d’égouts bien développé.
Dans les zones où le niveau d'assainissement est moyen et la densité de population faible, comme les Polders ou le Plateau de Campine, le système d’égouttage est bien équipé et la qualité de l’eau est bonne. Le résultat est plus contrasté dans le paysage fragmenté flamand avec de nombreux points de rejet qui engendrent une mauvaise qualité de l'eau. Beaucoup de villages et de hameaux obtiennent ainsi des résultats nettement moins bons, parce qu’une partie de leurs habitations n’y sont toujours pas reliées à un système d’épuration.
12% des ménages sont à l’origine d’une mauvaise qualité de l’eau dans plus de la moitié des points de mesure
Ella Hens, chercheuse de la KU Leuven, impliquée dans l’étude Watermonsters
Environ 6% des foyers en Flandre ne sont pas encore raccordés au réseau d'égouttage et quelque 6% supplémentaires ont des égouts mais ne sont pas reliés à une station d'épuration. Ce groupe relativement restreint de ménages - environ 12% du total - semble être responsable d'une part disproportionnée de la pollution. "Plus de la moitié des points de mesure n’affichent en effet pas une bonne qualité d’eau : 42% présentent une eau de mauvaise qualité et 15% une qualité acceptable seulement", souligne Ella Hens.
Selon les initiateurs de l'enquête, il est nécessaire d'adopter une approche coordonnée, avec les efforts des citoyens, des municipalités, des gestionnaires d'égouts et des gouvernements, pour améliorer encore la qualité des cours d’eau.
Le droit de nager en eau libre ?
Aux Pays-Bas, la population est autorisée à nager partout en eau libre, sauf indication contraire. Une logique inverse à celle pratiquée actuellement en Flandre, mais le gouvernement de Matthias Diependaele a prévu dans son accord d’y apporter des modifications.
La baignade pourrait donc un jour être en principe autorisée en eau libre, sauf contre-indication explicite des autorités locales. Le gouvernement flamand souhaite ainsi poursuivre son "Sprint sportif" (‘Sportspurt’), à savoir un investissement accru dans les infrastructures sportives.


