Un centenaire exactement après l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels en 1925 à Paris - l’événement qui donna son nom au style Art déco -, Bruxelles met en valeur tout au long de cette année son propre patrimoine Art déco, tant pour les Belges, les Bruxellois que pour les touristes internationaux. Une nouvelle exposition vient ainsi d’ouvrir ses portes au musée BELvue, à côté du palais royal au centre de la capitale : "Art déco. Le style d’une société en pleine mutation" est à découvrir jusqu’au 4 janvier prochain. À cheval entre deux guerres, l'Art Déco a sauté le pas vers le tourbillon de la modernité et condensé un foisonnement de questions sociétales. Mais qu'en reste-t-il aujourd'hui? À travers plus de 150 objets d'exception, c'est cette réflexion que le musée BELvue et la Fondation Roi Baudouin proposent d'explorer dans une exposition gratuite.
L'Art Déco, révélateur d'une société en mutation, à admirer gratuitement au musée BELvue
Luxe, production en série et modernité: voilà les trois aspects déclinés dans l’exposition "Art déco. Le style d'une société en pleine mutation" en trois salles. Chacune est habillée de photos grand format replaçant les sculptures, carreaux de carrelage et autres couvertures de livre dans les bâtiments érigés à cette époque - comme la Villa Empain, la basilique de Koekelberg, le cinéma Eldorado (aujourd'hui UGC De Brouckère), ou le pont Sainctelette à Molenbeek.
Le couloir qui relie ces espaces entre eux interroge sur des enjeux sociétaux à la saveur actuelle. Tout commence avec l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris qui, en 1925, donnera son nom à ce nouveau style. La Belgique tardera à confirmer sa participation mais y présentera finalement son pavillon sous l'impulsion du comte Adrien van der Burch.
Avec des industries comme les cristalleries liégeoises du Val-Saint-Lambert ou la faïencerie Boch à La Louvière, le commissaire général de la section belge y flaire un moteur économique pour toucher, d'abord, des élites en quête de raffinement. Comme en témoigne notamment la "Perle fine" d'Oscar Jespers (photo), visage de marbre délicat qui accueille les visiteurs dans la première salle. Une œuvre empruntée au musée KMSKA d’Anvers.
Mais l’Art déco deviendra ensuite particulièrement populaire. Jamais auparavant un style ne s’était répandu aussi largement dans le monde, grâce notamment à la production en série.
Emancipation et mondialisation
En filigranes des œuvres exposées se pose la question de la place des femmes. "L'entre-deux-guerres constitue une période d'émancipation, puisqu'elles ont pu prouver de quoi elles étaient capables" durant le premier conflit mondial, expliquait l'historienne Cécile Dubois. Les femmes ont accédé au marché du travail et revendiquent ces acquis.
Des nouvelles libertés qui se reflétèrent dans l'art et la mode. Fini les corsets, bonjour les coupes à la garçonne! Plus étonnant, la Belgique lança son premier concours de "miss" en 1919, alors que la figure féminine s'échappe du foyer et s'affirme dans l'art. Un pas de plus vers l'autonomisation?, interroge un panneau dans le couloir.
Miroir de la mondialisation, les expositions universelles questionnent également sur les enjeux de la (dé)localisation de l'industrie. Des innovations techniques permettent en effet de produire massivement des meubles et objets de décoration, qui se retrouvent dans les intérieurs d'une classe moyenne naissante. La deuxième salle s'ouvre ainsi sur un assemblage de carreaux de céramique aux fruits stylisés, aux formes géométriques et aux couleurs expressives, qui parent cuisines et salles de bain. L’Art déco était partout. Ici flottent des sculptures diaphanes aux motifs aquatiques, là des vases Boch ornés d'oiseaux exotiques ou de couleurs chatoyantes.
La dernière salle s'intéresse au progrès et à la mobilité. Dans les années folles, celle-ci s'incarne notamment dans l'automobile. Les arts décoratifs capturent ainsi l'idée de vitesse dans des lignes dynamiques, notamment sur les bouchons de radiateurs en verre opale du constructeur belge Minerva. C’est un peu comme si l’on plaçait aujourd’hui un logo en or sur une voiture.
L'époque est également à l'émergence des disciplines sportives pour soigner son corps comme son esprit. Les bains et solariums marquent un tournant dans la pratique de la natation. Il n'est plus seulement question d'hygiène mais d'activité physique. S'y retrouvent hommes et femmes mélangés, de toutes les couches de la société, comme aux bains Van Schelle à Saint-Gilles, de style moderniste et aujourd'hui disparus.
Pour cette exposition, la Fondation Roi Baudouin a pioché quelque 160 objets parmi les 29.000 pièces qui composent sa collection éparpillée dans toute la Belgique. Comme cette oeuvre exclusive de Marcel Wolfers “Victoire à la Couronne de Lauriers" (1931) que le Fondation a pu acquérir en 2017.
C'est la première fois que ces œuvres Art déco sont rassemblées pour être présentées ensemble. "L'intention est de rendre ces pièces exceptionnelles accessibles au plus grand nombre", grâce aussi à un audioguide et des activités au fil des mois (comme des visites guidées, rencontres avec les commissaires, ou stages pour enfants...), concluait Mathilde Oechsner du musée BELvue.
L’exposition "Art déco. Le style d’une société en pleine mutation" est à voir jusqu’au 4 janvier 2026 au musée BELvue, Place des Palais 7 à 1000 Bruxelles.
Pour plus de détails consultez le site du musée .
