En 2024, les six Centres spécialisés dans les cas de maltraitance d’enfants en Flandre et à Bruxelles ont reçu 7.501 signalements concernant des mineurs. Certains dossiers impliquant plusieurs enfants d’un même foyer, cela représente un total de 10.913 enfants concernés. Il s’agit d’une légère augmentation par rapport à l’année précédente, marquée surtout par une hausse des cas de violence émotionnelle et de négligence.
10.913 cas de maltraitance d’enfants en Flandre et à Bruxelles : la violence émotionnelle en forte hausse
Anna a 29 ans aujourd’hui. Enfant, elle a été confrontée à la violence émotionnelle au sein de sa famille. Tout a commencé lorsqu’elle avait 12 ans, au moment où ses parents se sont séparés. Les années qui ont suivi ont été particulièrement éprouvantes, tant sur le plan financier que psychologique. Anna, son frère et sa sœur sont alors devenus victimes de violence émotionnelle et de négligence.
"Nous avions presque toujours de quoi manger, et matériellement, nous ne manquions de rien. Mais c’était surtout les insultes, les disputes constantes, les conflits, le fait d’entendre sans cesse qu’on n’est pas à la hauteur… Ce genre de choses finit par détruire l’image qu’on a de soi quand on est jeune."
Anna est loin d’être un cas isolé. En 2024, les six Centres spécialisés dans les cas de maltraitance infantile (VK) en Flandre et à Bruxelles ont enregistré pas moins de 7.501 signalements de maltraitance d’enfants. C’est légèrement moins que l’année précédente, où l’on comptait 7.541 signalements.
Ci-dessous : Le nombre d’enfants pour lesquels un signalement a été reçu par le Centre de signalement de la maltraitance infantile
Ce qui frappe, en revanche, c’est que le nombre d’enfants concernés continue d’augmenter : 10.913 enfants au total. Cette différence s’explique par le fait que certains signalements impliquent plusieurs enfants d’un même foyer. La majorité des signalements en 2024 proviennent du milieu scolaire (26 %) et du secteur de la santé (25 %), suivis par les proches de l’enfant (15 %) et les services de l’aide sociale (14 %).
La tranche d’âge la plus représentée est celle des 12 à 14 ans, avec 2.207 enfants concernés. De manière générale, les signalements sont toutefois répartis de façon relativement homogène sur toutes les tranches d’âge de 0 à 17 ans. On constate aussi davantage de signalements concernant les filles (49 %) que les garçons (38,6 %).
Forte hausse de la violence émotionnelle
Le problème le plus souvent signalé en 2024 est la violence émotionnelle et la négligence, avec 4.147 enfants concernés. Cela représente une augmentation de 41 % en huit ans.
"Ces enfants sont victimes de schémas de rejet et d’humiliation. On leur crie beaucoup dessus. On leur répète qu’ils sont stupides, pénibles ou indésirables", explique Tim Stroobants, directeur du Centre flamand d’expertise sur la maltraitance infantile.
"Beaucoup de ces enfants sont également témoins de violences conjugales ou de consommation de substances. Nous recevons énormément de signalements à ce sujet."
Parmi les autres formes de maltraitance fréquemment signalées, on trouve :
les violences physiques et la négligence physique (3.200 cas),
les situations à risque ou difficultés liées au traitement du vécu (1.755 cas),
et les abus sexuels (1.713 cas).
Un bleu, bien sûr, ce n’est pas acceptable, mais il finit par guérir.
Inge Vanderstraete, pédopsychiatre et directrice médicale du Centre de signalement de la maltraitance infantile à Anvers
Au total, 11.298 problématiques distinctes ont été recensées à partir des 7.501 signalements, un signalement pouvant concerner plusieurs formes de maltraitance à la fois.
La forte augmentation des cas de violence émotionnelle peut s’expliquer par une hausse réelle, mais le Centre flamand d’expertise sur la maltraitance infantile (VECK) attribue également cette progression à une prise de conscience accrue tant au sein de la société que chez les professionnels.
Cette vigilance renforcée est notamment le fruit d’initiatives comme la "Kindreflex", qui encourage et sensibilise les professionnels à toujours considérer l’impact sur les enfants, même lorsqu’ils interviennent auprès d’adultes. Ou encore le projet pilote "Handle with Care" à Malines, dans lequel l’école d’un enfant est avertie lorsqu’une intervention policière a lieu pour des faits de violence intrafamiliale.
Enfin, la diminution des obstacles pour signaler une maltraitance, grâce à des lignes d’aide anonymes ou à des chats en ligne, contribue également à détecter plus rapidement les situations problématiques.
Inge Vanderstraete, pédopsychiatre et directrice médicale du Centre de signalement de la maltraitance infantile à Anvers, déclare : "Ce phénomène est enfin mieux repéré et signalé. Et c’est une bonne chose, car il s’agit du cœur du problème : la violence émotionnelle. Je dis toujours aux parents que je rencontre : un bleu, bien sûr, ce n’est pas acceptable, mais il finit par guérir. C’est la blessure invisible, celle que l’on provoque à l’intérieur, dont je veux parler."
