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"Modernisme pour l’homme ordinaire": une exposition à Vilvorde rend hommage à l’architecte Roger De Winter

L’architecte Roger De Winter, qui a conçu de nombreuses habitations avant-gardistes en Brabant flamand à partir des années 1950, est au centre d’une exposition à Vilvorde. On y découvre plus de 150 photographies, plans, maquettes et meubles, ainsi que des témoignages vidéo d'habitants. Un manière de réhabiliter cet architecte, après la démolition récente d’une maison signée Roger De Winter à Zemst.

Kristien Bonneure Eric Steffens
Publié:

"Créatif, audacieux et humain" : c’est ainsi que l’ancien journaliste à la VRT et guide de la ville de Vilvorde Lucas Vanclooster résume le travail de l’architecte Roger De Winter.  "Il était grand temps que cet architecte et son oeuvre soient mis en valeur à travers une exposition."

Démolition à Zemst

Le nom de Roger De Winter avait toutefois récemment été au centre d’une controverse. La Villa Vaeck, une maison qu’il avait conçue à Zemst, a été démolie en 2023, malgré l’opposition des organisations de défense du patrimoine et une pétition réunissant 5 000 signatures. Un sort similaire avait été réservé à une autre maison située également à Zemst, œuvre de son collègue Lucien Engels, avec qui De Winter a longtemps collaboré.

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La démolition de la Villa Vaeck (extrait de l'émission Terzake, du 4 mai 2023)

Formé à l’Institut Saint-Luc et à La Cambre à Bruxelles, Roger De Winter (1923-2001) fut l’un des architectes les plus marquants des années 1950 et 1960 à Vilvorde, à Bruxelles et dans leurs environs. Ses maisons mitoyennes, notamment, se distinguaient par un agencement et une lumière intérieure surprenants, et représentaient une véritable avancée architecturale pour la Flandre de l’époque.

Des habitations modestes aux plans originaux

De Winter a tiré pleinement parti de la loi De Taeye, une mesure visant à rendre la construction de logements modestes financièrement accessible — une nécessité urgente dans le contexte de pénurie de logements après la Seconde Guerre mondiale.

L’architecte respectait les contraintes de surface imposées, mais renversait les conventions. Plutôt que de concevoir de longues maisons étroites, il imaginait des bâtiments larges et peu profonds, dotés de grandes fenêtres à l’avant comme à l’arrière.

La loi De Taeye exigeait également un toit à deux versants. "Mais Roger De Winter, en bon moderniste, dessinait des toits plats ! Il faisait croire aux fonctionnaires que le propriétaire n’avait pas les moyens de construire un toit en pente, mais qu’il le ferait plus tard", explique en souriant Lucas Vanclooster.

Espace ouvert et escaliers suspendus

À l’intérieur, les maisons de Roger De Winter présentent un espace ouvert, sans cloisons porteuses, où les pièces et les étages s’enchaînent harmonieusement. Il dessinait également de magnifiques escaliers suspendus, des cheminées ouvertes, des placards muraux et d’autres éléments de mobilier. La cuisine était généralement placée côté rue. "Cela permettait à la maîtresse de maison de rester en contact avec ce qui se passait dehors. N’oublions pas qu’on est dans les années 50", explique Lucas Vanclooster. "Et à l’arrière, la vue sur le jardin restait dégagée." 

Roger De Winter utilisait des matériaux contemporains et jouait aussi avec les éléments décoratifs et les détails, comme des panneaux colorés, des carreaux de verre ou des auvents. "Certaines façades font penser à une œuvre de Piet Mondrian", note Lucas Vanclooster.

Roger De Winter a donné du cachet aux maisons ordinaires

Lucas Vanclooster, guide de la ville de Vilvorde

Roger De Winter n’était pas un architecte spectaculaire. "Beaucoup de ses maisons passent relativement inaperçues", explique Lucas Vanclooster, qui organise régulièrement des promenades guidées à la découverte de cette architecture moderniste. "Les gens passent souvent devant sans les remarquer."

Son ambition était d’offrir aux personnes ordinaires de la classe moyenne une autre manière d’habiter et de vivre dans des maisons fonctionnelles. Il ne considérait pas une maison comme un simple assemblage de murs percés d’ouvertures, mais comme un espace à explorer, chaque jour à nouveau. En réalité, il donnait du caractère et de l’allure à des maisons simples."

Des admirateurs et spécialistes, comme l’architecte et expert en patrimoine Jos Vandenbreeden, souhaitent préserver son héritage.

Les réalisations de Roger De Winter sont actuellement recensées sur un site internet. Son petit-fils, Jan De Winter, a fait restaurer l’un de ses fauteuils lounge dans l’émission télévisée The Repair Shop (BBC Two ) et relance aujourd’hui la production du mobilier de son grand-père.  

Kleinzoon Jan De Winter laat een originele zetel van zijn grootvader opknappen in de Repair Shop

L'exposition "Modernisme pour l’homme ordinaire" qui se tient au parc Asiat à Vilvorde couvre l'ensemble de la carrière de Roger De Winter, qu'il s'agisse de bâtiments ou d'intérieurs. Son œuvre est également replacée dans le contexte du modernisme belge et international. On y trouve des photos originales, des plans et des meubles.

On peut découvrir aussi— à travers des interviews vidéo — des témoignages d’habitants de ce que c’est que de vivre dans une telle maison. "Souvent, ce sont aujourd’hui des personnes très âgées, très attachées à leur habitation moderniste", explique Lucas Vanclooster.

Combien de chambres avons-nous ? Aucune idée

Une habitante d’une maison de Roger De Winter

"Chez l’un des habitants, il y a une photo de l’architecte posée sur la cheminée. Il m’a confié que De Winter avait rendu sa vie plus précieuse." Une pharmacienne a également dit quelque chose de drôle : "Quand on nous demandait combien de chambres nous avions, on ne savait en fait que répondre." Les pièces étaient en effet séparées par des placards coulissants.

La Villa Zonnewende (Solstice) maison moderniste emblématique située à Laeken, conçue en 1962 par l'architecte Roger De Winter.

Mais si la Villa Vaeck a été démolie. Qu’en est-il des autres réalisations de Roger De Winter ? "Il en reste quand même un nombre étonnamment important. Les propriétaires ont compris qu’ils vivent dans quelque chose de particulier."

Parfois, il y a eu des modifications : de belles façades ont été recouvertes d’un enduit, ou des fines fenêtres en acier remplacées par du PVC. Ce qui préoccupe le plus les habitants ce ces maisons aujourd’hui, ce sont les règles relatives à l’isolation.  

Informations pratiques : L'exposition sur l'architecte Roger De Winter "Modernisme pour l’homme ordinaire" au parc Asiat à Vilvorde se termine déjà ce dimanche 25 mai de 10h à 20h. Des visites guidées dans la ville et des conférences sont également proposées. 

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