Le musée de la Bibliothèque royale de Belgique, qui est installée sur le Mont des Arts à Bruxelles, a rouvert ses portes ce 23 mai au terme de près d’un an et demi de rénovations et propose à cette occasion un week-end festif de (re)découverte. Le KBR Museum, ouvert il y a quelques années, s'articule autour de l'exceptionnelle collection de manuscrits des ducs de Bourgogne. Ces ouvrages rares, souvent ornés de magnifiques enluminures, sont complétés par une sélection régulièrement renouvelée d'imprimés, de gravures, de peintures et de sculptures issus des collections de KBR et proposés par certains prêteurs. Le musée innove à présent en proposant aussi une nouvelle expérience musicale sur les traces des "Maîtres de la polyphonie" des 15e et 16e siècles.
Le KBR Museum rénové propose une nouvelle dimension sonore : la polyphonie franco-flamande à l'honneur
Datant du 16e siècle, la chapelle de Nassau se situe au cœur de la Bibliothèque royale. Ce lieu unique est le point de départ d'un captivant parcours qui entraîne les visiteurs à la découverte de la riche culture bourguignonne et habsbourgeoise. Le musée de la Bibliothèque s'articule en effet autour de l'exceptionnelle collection de manuscrits des ducs de Bourgogne, qui dressent un tableau vivant et complexe de la période de transition entre le Moyen Âge et l'époque moderne. On y découvre la vie artistique, religieuse, politique et littéraire du Siècle d’or.
Cela fait plus de 600 ans que la Bibliothèque royale conserve la célèbre Librairie des ducs de Bourgogne. A la mort de Charles le Téméraire, en 1477, elle renfermait un millier de manuscrits et était ainsi l'une des plus importantes d'Europe, aux côtés de celles des rois de France, des Médicis et du Pape. Aujourd'hui, il ne reste plus que 400 de ces manuscrits environ dans le monde, dont 275 se trouvent au KBR Museum. Véritable reflet de son temps, la bibliothèque couvre tous les domaines de l'érudition de l’époque. Les manuscrits, qui renferment des textes essentiels de la littérature médiévale, ont été enluminés par les plus grands miniaturistes du 15e siècle, dont certains ont connu une renommée comparable à celle du peintre Jan Van Eyck.
Les Maîtres de la polyphonie
À cette époque dans les Pays-Bas méridionaux, les polyphonistes franco-flamands - comme notamment Josquin des Prez, Adriaen Willaert, Johannes Ockeghem, Jacob Obrecht et Pierre de la Rue - jouaient un rôle sur la scène musicale comparable à celui des primitifs flamands dans la peinture et des enlumineurs dans les manuscrits. La prospérité de ce "Manhattan de la mer du Nord", carrefour routier et commercial de l'Europe, constitua un terreau fertile pour la production de biens culturels, dont la noblesse mais aussi le clergé et la bourgeoisie étaient friands, explique le KBR Museum.
"Compositeurs, chanteurs et musiciens y ont bâti des carrières internationales, en travaillant dans les cours de papes et de souverains." Offrir une lecture contemporaine à ces pages d'Histoire, c'est le défi que l'équipe du musée s'est lancé, a souligné lors de l’inauguration la directrice générale de la KBR, Sara Lammens. "Nous rouvrons le musée en y ajoutant une nouvelle dimension : l’ouie", ajoutait-elle. Le visiteur peut ainsi découvrir le Siècle d’or avec tous ses sens.
La visite débute dans la Chapelle de Nassau, joyau de la fin du 15e siècle et seul vestige du palais qui trônait jadis sur le Mont des Arts. Les voix de basses, ténors, alti et sopranes s'y élèvent à l'unisson pour plonger le public dans la musique de Philippe le Bon et Marie de Bourgogne, notamment.
Selon les préférences de chaque visiteur, le parcours se décline ensuite en trois notes grâce à un bracelet numérique. "L'oiseau moqueur" emmène en défi créatif, comme s'essayer à l'art de la reliure. "À vol d'oiseau" fait le tour des manuscrits incontournables en moins d'une heure, tandis que "Le connaisseur" déploie en deux heures la richesse de la vie culturelle, politique et intellectuelle de l'époque. Des manuscrits vieux de centaines d'années (le plus ancien remonte au 8e siècle) se dévoilent ainsi au public dans une belle scénographie. Elle met en lumière des miniatures, ces fines peintures ornant les marges des ouvrages. Ceux-ci sont présentés sous vitrine, ouverts à des pages comprenant des partitions ou des miniatures évoquant la musique.
Fragiles, certaines de ces traces du passé ne seront exposées que durant six mois par souci de préservation. D'autres pièces viendront alors les remplacer. "Cette contrainte constitue aussi une opportunité pour rendre le musée plus vivant", souligne la commissaire du KBR Museum, Ann Kelders. Elle ajoutait en outre que l’époque des polyphonistes franco-flamands "est la seule période de l’histoire de la musique où tous les regards étaient tournés vers notre région. La musique a donc sa place dans un musée consacré à cette période".
Invités à déambuler à leur guise entre les deux étages, les visiteurs voyageront entre l'art de confectionner un manuscrit, le siècle des Bourgogne et la librairie des ducs. "Ces trésors ont survécu à six siècles d'Histoire", a rappelé Sara Lammens. La rénovation du musée entend dès lors amplifier l'expérience sensorielle autour de ces chefs-d'œuvre pour "rendre les Belges un peu plus fiers de leur patrimoine", espère la directrice.
Quelques chefs-d’œuvre rares
Parmi les chefs-d’œuvre rares que renferme la KBR et qui sont exposés actuellement figurent notamment le Chansonnier de Marguerite d’Autriche. Réalisé dans l’atelier du célèbre Petrus Alamire, à Malines au début du 16e siècle, il comprend notamment de belles compositions des polyphonistes Mathias Pipelaere et Pierre de la Rue. Mais aussi un motet anonyme "Proch Dolor" (Hélas tristesse) écrit pour 7 voix en notes noires à la mort de Maximilien d’Autriche (1519), empereur du Saint-Empire romain germanique et père de Marguerite.
Autre rareté à admirer, l’Antiphonaire de Philippe le Beau et Jeanne de Castille (photo principale), réalisé entre 1504 et 1506 et considéré comme l’un des manuscrits musicaux bourguignons les plus précieux du début du 16e siècle. Il comprend des messes de Josquin des Prez et Pierre de la Rue.
Le musée présente aussi le Chansonnier de Tournai, particulièrement important pour la connaissance de la musique polyphonique du 16e siècle. Il comprend 22 chansons de compositeurs tels Jacob Obrecht et Johannes Ockeghem, qui abordent des thèmes universels. Plus précisément, c’est le recueil pour la voix d’altus (photo) qui est exposé actuellement. La KBR possède aussi le recueil pour la voix de superius, tandis que celui pour la voix de ténor est conservé à la bibliothèque communale de Tournai. Le recueil pour la voix de basse n’a pas encore été retrouvé.
Enfin, on peut découvrir l’Unica 16857, un petit manuscrit de la fin du 15e siècle copié dans un monastère du nord de l’Italie. Ce recueil de 42 feuillets sur parchemin contient des chants grégoriens à l’unisson et une composition polyphonique. Il provient de la bibliothèque des Conservatoires royaux de Bruxelles. Une page remarquable en est présentée au public : une main guidonienne, ancêtre de notre système de solfège actuel. Il s’agit d’un moyen mnémotechnique de lecture à vue de partitions.
Dans l'écrin renouvelé de la KBR, on trouvera encore une ligne du temps qui emporte les curieux, casques sur les oreilles, de compositeur en morceaux d'antan, et un cocon qui plonge le visiteur dans le chansonnier de Marguerite d'Autriche. Une console (photo) permet d'isoler ou mêler les voix des quatre chanteurs de la "Complainte pour Maximilien", le père de Marguerite. Petits et grands enfants peuvent également partir à la chasse aux miniatures, munis de leur carte à tampons, et boucler leur circuit par un souvenir éphémère.
Le projet "Maîtres de la polyphonie" a été réalisé avec le soutien de Toerisme Vlaanderen et en collaboration avec la Fondation Alamire, le centre international pour l’étude de la musique dans les Pays-Bas méridionaux.
Pour les prêts, KBR a pu compter sur la collaboration collégiale des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, des Musées royaux d’Art et d’Histoire, du Musée de la Ville de Bruxelles, du Musée Hof van Busleyden, du War Heritage Institute, de la Société royale d'Archéologie de Bruxelles, de la Bibliothèque du Conservatoire et d'un collectionneur privé.
Week-end de réouverture
La réouverture du musée s'accompagne d'un week-end festif ces 24 et 25 mai , entre visites guidées, ateliers musicaux, performances poétiques et concerts.
Le nouvel ascenseur panoramique, qui conduira le public sur le toit-terrasse de la KBR avec en toile de fond des sons emblématiques de Bruxelles, devrait entrer en service à l'automne, promet la Bibliothèque royale.
Le KBR Museum est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h, mais fermé le lundi et les jours fériés.
Adresse : Mont des Arts 28, 1000 Bruxelles. Pour plus de détails, consultez son site internet : www.kbr.be
"A quand'a quand'haveva" du polyphoniste Adriaen Willaert, chanté par l'ensemble Dionysos Now!, est l'une des oouvres qui accompagnent la visite du KBR Museum rénové.
