Le Premier ministre belge Bart De Wever et plusieurs autres dirigeants de pays de l’Union européenne souhaitent disposer de davantage de marge de manœuvre pour prendre des mesures contre l'immigration irrégulière et la criminalité sur leur territoire. Dans une lettre, ils appellent à un débat sur l'interprétation de la Convention européenne des droits de l'homme.
Neuf pays, dont la Belgique, demandent à l'UE de faciliter l'expulsion de criminels étrangers
En mars dernier, Bart De Wever (photo) a participé pour la première fois à une réunion des pays qui se disent "réalistes en matière de migration". Ceux-ci s'efforcent d'accélérer le durcissement des règles européennes en la matière. Lors de la réunion de la Communauté politique européenne en Albanie la semaine dernière, l'Italie et le Danemark ont évoqué l'idée de rédiger une lettre en faveur "de la suppression des obstacles dans la lutte contre l'immigration illégale et la criminalité." Bart De Wever a décidé, après consultation du gouvernement, de cosigner le texte.
"Nous sommes les dirigeants de pays qui accordons une grande importance aux droits de l'homme (....) Cependant, nous considérons également qu'il est nécessaire d'entamer une discussion sur la manière dont les traités internationaux s'adaptent aux défis auxquels nous sommes confrontés", écrivent les signataires de la lettre. "Le monde a fondamentalement changé depuis l'émergence de nombreuses de nos idées des cendres des grandes guerres. Ces idées elles-mêmes sont universelles et durables. Cependant, nous vivons aujourd'hui dans un monde globalisé où les gens migrent à travers les frontières à une échelle complètement différente."
Les signataires du texte soulignent le problème d'une minorité de migrants qui "ne contribue pas positivement aux communautés qui les accueille et décident de commettre des crimes". Et même si de nombreux pays européens ont déjà renforcé leurs politiques en matière de migration irrégulière, des obstacles subsistent pour maîtriser le problème. Ils pointent notamment du doigt l'interprétation de la Convention européenne des droits de l'homme par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui, dans certains cas, "limite notre capacité à prendre des décisions politiques dans nos propres démocraties".
"Plus d’espace pour les Etats membres"
Concrètement, les signataires souhaitent disposer de davantage de marge de manœuvre pour décider quand expulser un migrant ayant commis des actes criminels, "par exemple en cas de crimes violents graves ou de crimes liés à la drogue". En outre, ils souhaitent davantage de liberté pour décider de la manière dont les autorités surveilleront les migrants qui ont commis des actes criminels et qui ne peuvent pas être expulsés.
Enfin, ils veulent pouvoir prendre des "mesures efficaces" contre "les États hostiles qui tentent d'utiliser nos valeurs et nos droits contre nous, par exemple en instrumentalisant les migrants à nos frontières".
"De nombreux dirigeants européens sont frustrés par les obstacles que nous rencontrons régulièrement dans la lutte contre les criminels qui abusent de l'ouverture de nos sociétés. Cela engendre également un profond mécontentement au sein de la population européenne", déclare Bart De Wever. "Cette lettre est un appel à prendre ce problème au sérieux et à faire enfin preuve de détermination. Malheureusement, notre pays ne connaît que trop bien ce problème. En tant que Premier ministre de ce pays, je soutiens donc cet appel sans réserve."
Outre Bart De Wever, Mette Frederiksen (Danemark), Giorgia Meloni (Italie), Christian Stocker (Autriche), Petr Fiala (République tchèque), Kristen Michal (Estonie), Erika Silina (Lettonie), Gitanas Nauseda (Lituanie) et Donald Tusk (Pologne) ont signé la lettre.
"Lorsque les interprétations juridiques entrent systématiquement en conflit avec le sens de l'équité et la réalité sur le terrain, le soutien à ce même État de droit risque d'être détruit", estime la ministre de l'Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt (photo), issue du même parti que Bart De Wever. "C'est pourquoi la Belgique soutient cet appel. Non pas pour porter atteinte aux droits humains, mais pour les rééquilibrer avec les responsabilités. Nous ne demandons pas un laissez-passer. Nous demandons la possibilité de protéger l'essentiel: la sécurité de nos citoyens."
