C’est à l’occasion de l’Exposition universelle de 1958 à Bruxelles que les premiers tunnels ont été construits dans la capitale. Mais selon des historiens spécialisés dans la circulation, cette mesure, censée fluidifier le trafic, aurait en réalité produit l’effet inverse.
Le début du cauchemar quotidien : Comment sont nés les premiers embouteillages en Belgique, il y a 67 ans ?
L’Expo 58 fut le plus grand événement jamais organisé en Belgique. C’est à ce moment-là que les embouteillages ont fait leur apparition dans le quotidien des automobilistes.
Les visiteurs de l’exposition universelle, installée sur le plateau du Heysel, allaient presque tous s’y rendre en voiture, provoquant une situation inédite sur les routes menant à Bruxelles. La manière dont la ville prévoyait d’absorber cette affluence exceptionnelle fut expliquée dans l’émission "Opération Bruxelles". Le générique d’ouverture de ce programme était une comptine pour enfants (Quand trois poules vont au champs)… interprétée au klaxon. Un son qui allait, au fil des décennies, devenir familier à Bruxelles. La première image de ce programme montrait des voitures rassemblées sur la Grand-Place de Bruxelles.
"La fluidité du trafic est assurée grâce à la signalisation", entendait-on dans l’émission. Mais ce qui devait surtout améliorer la situation, c’était un vaste plan d’aménagement des routes autour de la capitale.
Il faut préciser qu’à l’époque, il n’y avait encore ni autoroute, ni ring, ni métro à Bruxelles.
En 1958, il faut que nos invités puissent trouver une ville facilement accessible. Commençons par élargir le boulevard périphérique extérieur.
Omer Vanaudenhove, ministre des Travaux publics (1955 - 1958)
Le ministre des Travaux publics de l’époque, le libéral Omer Vanaudenhove, lança alors une opération de modernisation sans précédent pour préparer Bruxelles à l’Exposition universelle.
"En 1958, il faut que nos invités puissent trouver une ville facilement accessible. Il nous reste 59 semaines pour réaliser les aménagements nécessaires. Commençons par élargir le boulevard périphérique extérieur (ce qui allait devenir le Ring ndlr)", déclarait-il dans les médias.
Nos premiers embouteillages
Des embouteillages existaient donc déjà chez nous, bien que de manière limitée, mais il fallait absolument les éviter pour l’Expo 58. C’est pourquoi le petit ring (intérieur) fut réaménagé, avec la construction de tunnels — ironiquement, pour éviter les bouchons.
"Il n’est pas moins important de s’occuper du petit ring, (la ceinture de boulevards autour du centre de Bruxelles) crucial pour détourner les voitures du centre-ville. Mais aux heures de pointe, ce boulevard est lui-même engorgé, car il est emprunté par une circulation très intense vers et depuis le centre", déclarait à l’époque le ministre Omer Vanaudenhove.
Cette mesure, censée améliorer la fluidité, a finalement provoqué des embouteillages chroniques et un important gaspillage de temps.
Des centaines de milliers de visiteurs presque tous motorisés
Le 17 avril 1958, l’Expo 58 ouvrait ses portes. Tous les jours, des centaines de milliers de visiteurs s’y rendaient presque tous en voiture. Ils ne se contentaient pas d’admirer l’Atomium et les nombreux pavillons, mais se retrouvaient également confrontés aux embouteillages.
Le jeune Herman De Croo faisait partie des nombreux visiteurs qui se retrouvaient presque quotidiennement coincés dans les bouchons. En 1958, il avait 21 ans et était étudiant à l’ULB. "Nous allions à l’Expo presque tous les soirs", a confié Herman De Croo dans l’émission ‘De wereld van Sofie’ sur Radio 1. "J’avais la chance de pouvoir utiliser la grande voiture américaine de mes parents, une Studebaker. C’est avec cette voiture que je me retrouvais coincé dans les embouteillages."
67 ans plus tard, le ministre d'État est formel : "À mon avis, c’est autour de l’Expo 58 que le concept d’embouteillage a vu le jour, chez nous".
Un stationnement payant au Heysel
Malgré les efforts du ministre Vanaudenhove, des embouteillages ont tout de même eu lieu à Bruxelles pendant l'Expo 58. Selon Herman De Croo, les bourgmestres bruxellois étaient réticents à l'idée de construire des tunnels sur leur territoire. En conséquence, au lieu des tunnels, un viaduc a été construit pour faciliter la circulation vers l'Expo. Cette solution a créé des embouteillages, car le viaduc ne répondait pas totalement aux besoins de fluidité du trafic."
A noter que le Viaduc Léopold II a été démoli en 1984, car il ne répondait plus aux besoins de circulation modernes. Il a été remplacé par le tunnel Léopold II (aujourd'hui connu sous le nom de tunnel Annie Cordy en l'honneur de la célèbre chanteuse bruxelloise).
De plus, il y avait un problème de stationnement. Bien qu’il y ait suffisamment de places sur le site du plateau du Heysel, tout le monde ne voulait pas utiliser ces parkings payants. Les voitures et autres véhicules étaient garés de manière désordonnée devant les maisons et le long des routes. Cela entravait également la circulation fluide vers l'Expo.
L'Exposition universelle et internationale de Bruxelles, s'est tenue du 17 avril au 19 octobre 1958 sur le plateau du Heysel et attira près de 42 millions de visiteurs. L’Expo 58 laisse un profond souvenir en Belgique. Elle fut aussi le prétexte d'importants bouleversements et travaux dans la ville de Bruxelles dont les boulevards sont transformés en autoroutes urbaines.
De longue files aux frontières du pays
Rudolph Nevi, auteur de trois livres sur l'Expo 58, identifie un autre endroit où les premiers embouteillages des années 50 ont pu apparaître.
"Aux frontières, un bureau d’information sur l’Expo avait été installé. Cela a amené les hôtesses qui y travaillaient à distribuer de la publicité. Beaucoup de gens s'arrêtaient alors pour prendre des brochures et des drapeaux, ce qui a provoqué également d’immenses embouteillages."

