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Malvina, ou Vina Bovy

Qui était la diva d'opéra gantoise Vina Bovy, aujourd'hui oubliée ? "Sa vie ressemble à un conte de fées"

La soprano colorature Malvina Bovi Van Overberghe, née en 1900 à Gand et décédée dans cette même ville de Flandre orientale en 1983, a fait une carrière belge et internationale jusqu’en 1955 sous le nom de scène de Vina Bovy. Aujourd’hui, ce nom a sombré dans l’oubli. “Vina avait pourtant un talent phénoménal et sa vie ressemble à un conte de fées", depuis l’orphelinat jusqu’au Metropolitan Opera de New York, souligne Sylvia Broeckaert, spécialiste de l’opéra à Radio Klara (VRT). Dans un roman biographique qui vient de paraître, elle raconte la vie haute en couleurs et mondaine de la chanteuse gantoise qui, selon Broeckaert, mérite d’être aussi connue que Maria Callas. Sa vie se termina de façon plutôt tragique, à cause de son addiction au jeu et une grande solitude.

Anne François Kristien Bonneure
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La ville de Gand (Flandre orientale) possède un parc Vina Bovy, mais le nom de la cantatrice internationale qui y a vu le jour au début du 20e siècle pourrait y résonner encore bien plus fort, estime Sylvia Broeckaert, réalisatrice de programmes et spécialiste de l’opéra sur Radio Klara et autrice du roman biographique "Malvina" qui vient de paraître aux éditions Borgerhoff & Lamberigts.

"Le 22 mai prochain il y aura exactement 125 ans que Vina Bovy naissait à Gand. Elle fut l’une des plus grandes divas de l’opéra que notre pays ait connu. Quelle carrière, jusqu’au Metropolitan Opera de New York, et quelle vie qui se lit comme un conte de fées ! On a écrit tant de livres et réalisé tant de films sur Maria Callas, mais Vina Bovy mérite aussi une telle attention". Il est peut-être typiquement flamand de négliger un peu pareille personnalité, estime Sylvia Broeckaert. "En France ou en Italie, une telle diva serait encore nettement plus vivante dans le souvenir des mélomanes".

On a écrit tellement de livres et tourné tant de films sur Maria Callas; Vina Bovy mérite la même attention

Sylvia Broeckaert, spécialiste de l’opéra sur Klara (VRT) et autrice du livre "Malvina"

Le roman “Malvina” pourrait donc contribuer à rectifier cet oubli. Sylvia Broeckaert - musicologue et chanteuse formée au Conservatoire de Gand, avant de se spécialiser en musique ancienne à Bâle, pour entamer quelques années plus tard une carrière à la rédaction culturelle de la VRT - fut très tôt fascinée par Vina Bovy. Elle possédait dans sa chambre de jeune fille un grand poster de cette "grande chanteuse, une belle femme très bien habillée, un modèle pour moi".

Bien plus tard, après avoir lu la biographie de Vina Bovy écrite par Eric Bauwens, elle eut envie de raconter aussi cette histoire hors du commun, sous forme de roman.

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Une interview de Vina Bovy à son domicile (un fragment de l’émission de la VRT 'Ten huize van', 1977)

Orpheline dans un quartier pauvre

L’histoire de Vina Bovy est effectivement exceptionnelle, "de la misère à la richesse" et retour, pour résumer. Orpheline, Malvina Bovi Van Overberghe fut élevée par ses grands-parents dans un quartier misérable de la Place Saint-Pierre à Gand. Ses talents de chanteuse et d’actrice furent découverts à l’âge de 15 ans au Conservatoire. Elle fit ses débuts dans l’opérette à 16 ans au théâtre gantois Minard. Sa carrière prit ensuite son envol, un contrat en amenant un autre.

La soprano colorature interpréta au total une trentaine de grands rôles d’opéra au cours de sa carrière internationale. De l’Opéra de Gand au Théâtre royal de La Monnaie à Bruxelles, puis à l’Opéra Comique de Paris, en passant par les maisons l’opéra de Monte Carlo, Barcelone et Rome jusqu’au Teatro Colon de Buenos Aires. Elle atteint le sommet de sa carrière en chantant au Metropolitan Opera de New York, où elle fit ses début dans le rôle de Violette de "La Traviata" de Giuseppe Verdi. Elle y portait une parure de bijoux précieux.

Ces diamants reflétaient la vie privée de Vina Bovy. Après une longue liaison avec le ténor français André Burdino, elle épousa en 1928 un riche militaire italien de la petite noblesse. Il était un descendant d’Eugénie, la dernière impératrice de France et de Napoléon III, et aide de camp de la princesse Marie-Laetitia Bonaparte. Via Norberto Fischer, Vina avait hérité des bijoux impériaux et d’un palais éblouissant sur la Côte d’Azur, la Villa Cyrnos (photo). De leur union naîtra un fils, Umberto.

La Villa Cyrnos au Cap Martin

Vina Bovy menait à l’époque une vie de jet-set flamboyante, mais une carrière internationale d’opéra est réellement épuisante, avec de longs voyages aller-retour en paquebot.

Témoins privilégiés

Pour son roman, Sylvia Broeckaert a recueilli les témoignages de personnes qui ont connu Vina Bovy, comme son élève Erika Pauwels ou l’un de ses protégés, le metteur en scène Misjel Vermeiren. Broeckaert s’est également plongée dans les archives de l’opéra de La Monnaie. L’un des passages les plus évocateurs de son roman est en effet consacré au célèbre compositeur d’opéra italien Giacomo Puccini.

En 1924, Puccini atteint d’un cancer en phase terminale séjourna à Bruxelles pour un traitement médical spécial. Ce dernier échouera malheureusement. Le compositeur décéda alors qu’il était en train de travailler à son opéra “Turandot”. Mais au cours des mois qui avaient précédé sa mort, il s’était rendu à La Monnaie … où Vina Bovy chantait à l’époque "Madame Butterfly" de Puccini, son grand héro !

Vina Bovy était une casse-cou!

Sylvia Broeckaert, autrice de 'Malvina'

Vina Bovy était coquine, casse-cou, un caractère fort, quelqu’un avec beaucoup de joie de vivre et "la vie est belle" comme devise, décrit Sylvia Broeckaert. Dans nombre de domaines, elle était en avance sur son temps. "Elle lutta par exemple pour que les opéras soient chantés dans leur langue originale, plutôt qu’une traduction. Nous sommes habitués à ce qu’il en soit ainsi, mais ce n’était pas du tout le cas à son époque. Elle aura été pionnière dans ce domaine".

Bovy créa aussi la sensation en interprétant une chanson en néerlandais, ce qui ne se faisait jamais à son époque dans les salles de concert. La première phrase de cette chanson, “Ik ken een lied” (‘Je connais une chanson’), est gravée sur sa pierre tombale à Gand.

Et puis lorsque son grand amour, le ténor français André Burdino, la demanda en mariage, il exigea qu’elle cesse de chanter. Cela ne plut pas du tout à Vina Bovy, et le différend mit fin à leur relation.

Succès et déclin

Sylvia Broeckaert résume le pouvoir d’attraction de Vina Bovy en ces mots: “Son talent phénoménal, sa beauté - elle était au moins aussi belle que Maria Callas -, son ascension rapide du néant vers le sommet du monde de l’opéra. Mais il y a ensuite eu un déclin.”

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Bovy fut nommée directrice de l’Opéra de Gand. Mais elle y rencontra beaucoup d’opposition, y compris de la part des milieux politiques, parce qu’elle ne parvenait pas à gérer correctement les aspects administratifs et financiers de la maison. On trouve néanmoins aujourd’hui un buste de Vina Bovy à l’Opéra de Gand.

Vina Bovy fut aussi directrice de l'Opéra de Gand

Addiction au jeu et solitude

Plus tard dans sa vie, Vina Bovy passa un temps considérable dans les casinos de Monte Carlo et Ostende. Selon des témoins auxquels Sylvia Broeckaert a parlé, la cantatrice aurait perdu d’énormes fortunes au jeu. La belle Villa Cyrnos fut vendue et Vina Bovy se brouilla avec son fils unique Umberto.

La chanteuse gantoise mourut dans la solitude à Gand, alors qu’elle séjournait à l’hôpital. Son fils et sa belle-fille refusèrent de financer son enterrement. Elle reçut finalement une tombe, grâce au soutien d’amateurs d’opéra. Un dernier acte tragique pour cette grande dame dont la vie et la carrière contiennent tous les éléments d’un film ou d’une série télévisée.

J’essaye d’ouvrir le monde de l’opéra à un public plus large

Sylvia Broeckaert, autrice du roman biographie 'Malvina'

Tous les faits cités dans le roman biographique "Malvina" sont corrects, mais Sylvia Broeckaert y a ajouté une touche personnelle et émotionnelle, par le biais de dialogues et de lettres. La vie privée et amoureuse de Vina Bovy y est longuement décrite, alors que la cantatrice était restée très discrète à cet égard.

Avec ce roman biographique, “j’essaye d’ouvrir le monde de l’opéra à un public plus large", explique Broeckaert, qui a notamment déjà écrit deux romans dont l’histoire se déroule dans le monde de la musique et de l’opéra : "Ammiraglio" et "Aria".

“Malvina” de Sylvia Broeckaert est publié aux éditions Borgerhoff & Lamberigts.

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