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Ce projet est signé Eddy Van Belle, entrepreneur à l’origine de plusieurs musées à vocation touristique.

Un musée de la Frite ouvre ses portes à Bruxelles : "véritable" musée ou entreprise commerciale ?

Le musée de la Frite a été inauguré lundi dernier dans le centre-ville de la capitale, à deux pas du Manneken Pis. Mais peut-on vraiment parler de "véritable" musée ? La question se pose à l’heure où musées du chocolat et expériences autour de la frite se multiplient chez nous. "La grande différence, c’est que les musées traditionnels remplissent un rôle sociétal. Cela dit, les deux types d’institutions peuvent coexister et il reste pertinent de mettre en valeur la culture unique de la frite dans notre pays", estime la muséologue de la VUB, Olga Van Oost.

Eric Steffens Nora Eurlings Belga
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Situé aux numéros 26-28 de la rue de l'Étuve, près de la Grand-Place, le nouveau musée de la frite propose un voyage à travers l'histoire, la culture et les traditions de ce mets emblématique belge. Outre une plongée dans l'histoire de la pomme de terre, le public pourra découvrir l'évolution de la frite au fil du temps, ainsi que les secrets d'une cuisson parfaite. Le musée sera ouvert tous les jours de 10h00 à 18h00.

De la culture de la "patate" aux spécificités des frites à la belge, le nouveau musée lève notamment le voile sur ce qui différencie les frites belges de leurs cousines françaises. Le tout dans une atmosphère moderne et interactive "où l'apprentissage se mêle au plaisir".

Ce projet est signé Eddy Van Belle, entrepreneur à l’origine de plusieurs musées à vocation touristique.

Une visite avec audioguide

Étendue sur trois étages, la visite audioguidée (disponible en 11 langues) débute au Pérou - berceau de la pomme de terre - avant d'embarquer les visiteurs pour un tour du monde retraçant l'histoire de la culture du tubercule en Amérique du Sud et en Europe.

À mi-parcours, cap sur Frietland, un espace entièrement consacré à la frite belge - véritable icône nationale sachant "qu'une famille belge consomme en moyenne 16 kilogrammes de frites par an", rappelle le musée. "Ici, traditions, folklore et anecdotes croustillantes révèlent tout l'art de la frite belge", s'enthousiasme l'organisation. Une dégustation gratuite de frites belges, dorées et cuites dans les règles de l'art, boucle la visite.

"Avec quelque 1.645 objets exposés, le musée de la Frite retrace donc l'histoire fascinante de la pomme de terre et de la frite, de ses origines mystérieuses à son statut de star de la street-food", souligne le musée. Parmi les pièces les plus remarquables, on retrouve des "huacas" précolombiennes (témoignant de la place ancienne de la pomme de terre dans les civilisations sud-américaines), une édition originale du livre du botaniste Clusius (16e siècle) ou encore plusieurs friteuses d'époque.

Le promoteur du projet, Eddy Van Belle (photo) - notamment à l'origine de Choco story (musée du chocolat) et de Lumina Domestica (musée de la lampe) - a voulu créer un musée similaire à celui qu'il a conçu à Bruges en 2008, le Frietmuseum. Ce dernier accueille environ 85.000 visiteurs par an.

"Je pense que nous avons amélioré le concept par rapport au Frietmuseum de Bruges. Déjà parce que nous avons appris au fil des années mais aussi parce que le monde des musées a évolué", pointe Eddy Van Belle. Le collectionneur explique avoir eu à cœur de développer un musée plus interactif. Grâce à l'audioguide, des films, des écrans tactiles et 11 jeux interactifs, petits et grands apprendront en effet tout en s'amusant.

Musée ou entreprise commerciale ?

Mais Eddy Van Belle n’est pas le seul à avoir eu l’idée de commercialiser le concept de musée. Un peu plus loin à Bruxelles, on trouve par exemple le Belgian Beer World, tandis qu’à Anvers, le célèbre Chocolate Nation attire les foules sur la Koningin Astridplein.

Les musées à vocation commerciale semblent ainsi pousser comme des champignons. Mais peut-on vraiment qualifier ces attractions touristiques de véritables musées ? Le podcast "Het kwartier" de la VRT a posé la question à Olga Van Oost, directrice de FARO (le centre flamand pour le patrimoine culturel) et muséologue à la Vrije Universiteit Brussel (VUB).

Conditions à remplir pour être un musée reconnu

Commençons par le commencement : qu'est-ce qu'un musée au juste ? "L'ICOM, le Conseil international des musées, a défini plusieurs critères pour qu’une institution soit reconnue comme musée : elle doit être permanente, durable, et centrée sur une collection ou une recherche qu’elle souhaite rendre accessible à un large public", explique Olga Van Oost.

"La dimension éducative est donc primordiale", poursuit-elle. "Et surtout, ce qui est fondamental aujourd’hui, c’est qu’un musée doit aussi remplir un rôle sociétal ou public".

Des objectifs différents

Le nouveau musée de la Frite à Bruxelles ne remplit pas tous les critères de reconnaissance, estime la chercheuse. Ce nouveau centre repose certes sur une collection que l’entrepreneur souhaite exposer, mais la grande différence avec les musées publics réside dans l’intention : les musées commerciaux ont pour objectif principal de générer des bénéfices.

"Ces musées sont pensés comme de véritables entreprises. Et cela va fondamentalement à l’encontre des musées classiques, pour lesquels la vente n’est pas un objectif central", ajoute-t-elle. "On observe en réalité un contraste entre une mission de transmission de valeurs et une finalité purement commerciale."

Le terme "musée" n’est pas protégé

Il existe donc des différences notables, mais à la question de savoir si un lieu comme le Frietmuseum a le droit de se qualifier de "musée", la réponse est oui. "Le terme ‘musée’ n’est pas protégé, donc c’est autorisé. Même si dans le monde professionnel muséal, on ne le voit pas tout à fait de la même manière", nuance Olga Van Oost.

Cela dit, les acteurs commerciaux peuvent parfaitement coexister pacifiquement avec les musées classiques dans le paysage culturel, estime-t-elle. "Ils contribuent bel et bien à notre expérience culturelle. Regardez simplement le sujet du nouveau musée bruxellois : il s’agit de la culture des friteries, un phénomène très particulier et unique dans notre pays. Le fait de la mettre en valeur est évidemment intéressant et riche de sens."

Les expositions immersives à succès autour de Van Gogh illustrent la manière dont l’art classique est parfois adapté à des formats plus commerciaux.

"Les musées commerciaux influencent les musées classiques"

Les deux types d’institutions peuvent coexister, plutôt que de s’opposer. On observe d’ailleurs de plus en plus comment les musées commerciaux influencent les musées plus classiques. Il suffit de penser aux expositions immersives autour de Gustav Klimt ou de Vincent van Gogh. On peut aussi citer l’apparition de photobooths et d’installations "instagrammables" dans les musées traditionnels, pensés pour séduire les jeunes générations friandes de contenus visuels à partager sur les réseaux sociaux.

"Certains regardent cela avec dédain, mais ces initiatives rencontrent un succès indéniable", souligne Olga Van Oost.

Les centres d’expérience ont donc toute leur place dans la culture — en particulier dans la culture populaire. Mais la chercheuse insiste aussi sur la nécessité de maintenir une distinction claire.

"Les musées reconnus doivent continuer à recevoir des subventions, précisément parce qu’ils remplissent une mission d’intérêt public." "Il faut veiller à ce qu’ils ne soient pas contraints, à terme, de se commercialiser entièrement. Il est essentiel de préserver ces musées, pour notre génération comme pour toutes celles qui suivront", conclut-elle.

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