Le directeur de l'Académie royale des Beaux-Arts de Gand (KASK), Filip Rathé, a réagi ce mercredi à la détention de l’étudiante Esila Ayik en Turquie depuis le 9 avril. La jeune femme turque, qui étudie actuellement la photographie dans l'institution gantoise, a été arrêtée après avoir participé à une manifestation contre l'arrestation d'Ekrem Imamoglu, le maire d'Istanbul et principal opposant politique du président Recep Tayyip Erdogan. L'étudiante aurait pris des photos et tenu une banderole jugée offensante à l'égard du président turc.
Une étudiante en photographie à Gand arrêtée en Turquie après une manifestation, son école demande sa libération immédiate
L’étudiante en première année de photographie à la KASK était rentrée en Turquie pendant les vacances scolaires de Pâques en Flandre. Elle a pris part à la manifestation de sa propre initiative. "Les jeunes doivent pouvoir exprimer librement leur opinion. C'est une chose que nous encourageons activement", a déclaré le directeur Filip Rathé. "Elle appelait simplement à la libération d'autres étudiants. Que ces revendications mènent à une incarcération soulève de sérieuses questions."
L'établissement gantois se dit préoccupé par le bien-être physique et mental d’Esila Ayik. Des enseignants et étudiants ont lancé plusieurs actions pour attirer l'attention du grand public et des médias sur la situation de la jeune Turque. "Elle mérite de pouvoir terminer ses études et bâtir un avenir en tant que photographe", a insisté le directeur de l’Académie royale. "Ce droit fondamental ne peut lui être retiré."
Axel Ronse, chef de groupe N-VA à la Chambre, a également adressé une lettre à l'ambassadeur de Turquie en Belgique. La jeune femme a effectué un stage dans son cabinet il y a quelques mois. "La situation est préoccupante, non seulement pour son parcours académique et son équilibre psychologique, mais aussi pour sa santé physique : Esila souffre de problèmes rénaux et cardiaques", a-t-il écrit.
L'arrestation du maire d'Istanbul, principal opposant au président Recep Tayyip Erdogan pour la présidentielle prévue en 2028, a déclenché une vague de manifestations réunissant des dizaines de milliers de personnes dans les principales villes du pays.
Demande de libération immédiate
D’après le quotidien turc d’opposition Cumhuriyet, l’étudiante serait déjà depuis deux semaines en prison. Dans une lettre envoyée au journal, elle aurait expliqué avoir acheté un billet retour pour pouvoir poursuivre ses études en Belgique. Toujours selon le quotidien, l’avocat de la jeune étudiante a déjà envoyé quatre demandes de libération pour sa cliente, mais sans résultat.
L'Académie royale des Beaux-Arts et le Conservatoire de Gand (Flandre orientale) réclament à leur tour la libération immédiate de l’étudiante. "En tant qu’école, nous mettons la sécurité et la santé de nos étudiants au premier plan. Nous voulons qu’Esila Ayik puisse poursuivre ses études en Belgique".
Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot est lui aussi au courant de la situation. La jeune femme est une Turque détenue en Turquie et n'a pas la nationalité belge, a-t-il souligné ce mercredi après-midi devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre. Mais l'ambassade et le consulat de Belgique à Istanbul suivent de près son dossier "afin de garantir ses droits dans le cadre de l'arrestation dont elle fait l'objet".
Plus généralement, Maxime Prévot a souligné l'inquiétude de la Belgique face à la situation en Turquie, où des dizaines de manifestants ont été arrêtés ces dernières semaines lors de manifestations interdites. Le vice-Premier ministre a ainsi mis en garde contre l'impact de ces tensions sur les futures négociations d'adhésion à l'Union européenne et sur la "qualité des relations futures avec le gouvernement turc", tout en appelant à la poursuite d'un "dialogue respectueux mais franc".
