Ce sont surtout les jeunes et les personnes moins qualifiées qui sont restés chez eux après la suppression du vote obligatoire pour les élections communales et provinciales du 13 octobre dernier en Flandre, révèle un rapport d'évaluation réalisé à la demande de la ministre régionale des Affaires intérieures Hilde Crevits. Elle le présentait mardi devant la commission des Affaires intérieures du Parlement flamand. Crevits souhaite donc réintroduire l’obligation de vote pour les scrutins locaux en Flandre, mais la N-VA, partenaire de coalition, s’y oppose.
Près de la moitié des jeunes n'ont pas voté aux communales en Flandre, la ministre Crevits veut réintroduire l'obligation de vote
Le rapport montre également que le tissu social d'une commune et l'intérêt pour la politique jouent un rôle. La principale raison pour laquelle les gens ne votent pas n'est pas de principe, mais plutôt de nature pratique, à savoir "l'impossibilité" due à une maladie, des vacances ou d'autres activités prévues. En outre, les motivations politiques et le manque de connaissances des citoyens jouent également un rôle. Et les campagnes gouvernementales semblent avoir peu d'effet pour convaincre les gens.
"Les avis divergent sur le vote obligatoire. Le rapport d'évaluation montre que les responsables politiques ont un rôle majeur à jouer pour regagner l'intérêt des citoyens, afin de les motiver à voter. Pour moi, il est particulièrement important que chaque électeur puisse exercer son droit de vote, que nous offrions toutes les possibilités pour cela et que nous supprimions les obstacles", a déclaré la ministre Hilde Crevits (photo). Elle discutera de l'évaluation et de la décision concernant l'avenir du vote obligatoire au sein du gouvernement flamand.
Plus de 3,1 millions de personnes, soit 63,5% des électeurs, ont voté le 13 octobre en Flandre. Avec la suppression du vote obligatoire dans la Région, le taux de participation a diminué de 29%. La situation est comparable à celle des Pays-Bas, lorsque le vote obligatoire y a été aboli en 1970. Depuis lors, la participation aux Pays-Bas a régulièrement diminué pour atteindre la moitié des électeurs lors des dernières élections locales de 2022.
Les chiffres de participation en Flandre varient considérablement d'une commune à l'autre. La moitié d'entre elles ont un taux de participation compris entre 62% et 68%. Les taux de participation les plus faibles ont été observés à Eeklo (53,7%), Wemmel (55,1%) et Menin (56%). Le taux de participation était le plus élevé dans les Fourons (78,7%), à Biévène (79,3%) et à Messines (81,7%).
Niveau de qualification et cohésion sociale
L'analyse montre que le taux de participation est le plus élevé dans les communes comptant une plus grande part de personnes hautement qualifiées et de résidents ayant un revenu plus élevé. La participation est également plus élevée dans les communes où la cohésion sociale est plus grande.
À l'inverse, les taux de participation sont plus faibles dans les environnements urbains où la population et la densité sont les plus élevées. Dans les environnements urbains, la diversité est également plus grande. La participation semble plus faible dans les communes où vivent davantage de personnes d'origine étrangère et où l'éventail des choix politiques est plus large. Dans les petites communautés rurales, le fait que les habitants connaissent généralement un ou une candidate constitue une motivation pour glisser son bulletin dans l'urne.
Enquête de l’UGent
Le rapport comprend également une étude sur les décisions des électeurs de participer ou non aux élections locales du 13 octobre, menée par l'Université de Gand (UGent). L'enquête menée auprès de 1.415 personnes en Flandre montre qu'il existe des raisons très différentes pour lesquelles les gens votent ou ne votent pas. Ainsi, 64% ont voté par devoir civique et 53% évoquent la lutte que leurs ancêtres ont dû mener pour le suffrage universel. Le fait qu'il s'agisse d'une question de principe est également souligné par le fait que 81% des électeurs avaient toujours prévu d'aller voter.
À l'inverse, 24% des abstentionnistes n'ont jamais eu l'intention de voter et 24% ont pris leur décision dès que l'abolition du vote obligatoire a été effective. Pour 44% d'entre eux, voter était avant tout une habitude. La recherche parle d'un effet générationnel dans l'habitude de voter: les jeunes étaient moins susceptibles de se rendre aux urnes le 13 octobre. En outre, plus l'interlocuteur était âgé, plus le taux de participation augmentait.
Un autre groupe de justifications est lié à des motivations politiques spécifiques. Par exemple, 47% ont voté pour soutenir un parti spécifique, 48% ont voulu soutenir un candidat. D'autres préfèrent utiliser leur vote pour empêcher quelque chose. Par exemple, 45% des personnes interrogées ont voté pour empêcher un parti qu'elles ne soutiennent pas de remporter les élections.
Un quart des personnes qui n'ont pas voté l'ont fait parce qu'elles ne s'intéressaient pas à la politique. L'intérêt pour la politique augmente considérablement les chances d'une personne de participer aux élections. Des raisons pragmatiques émergent également. Plus de 40% des non-votants n'ont pas rejoint l'isoloir pour cause de maladie, de vacances, de travail ou d'autres circonstances personnelles.
