De nombreux jeunes magistrats remettent en question leur choix de carrière alors que le gouvernement fédéral cherche à réduire les pensions des magistrats et du personnel de la justice. C'est ce qu'il ressort d'une lettre ouverte publiée ce mardi dans le journal Le Soir et signée par 444 magistrats. Selon les auteurs de la lettre, les mesures relatives aux pensions sont la goutte d'eau qui fait déborder le vase, après des années de financement insuffisant du pouvoir judiciaire. "Combien de temps allons-nous laisser le pouvoir judiciaire s'effriter davantage, avant de réagir et de lui donner les moyens d'être fort et efficace?", s’interrogent les jeunes magistrats.
Les jeunes magistrats expriment leur mécontentement : "Pas de budget pour une agrafeuse, la pension est le seul atout"
L’initiative émane des jeunes magistrats du parquet de Liège, mais a reçu le soutien de dizaines de collègues d’autres parquets, y compris du côté néerlandophone. La lettre ouverte a d’abord été diffusée uniquement parmi les jeunes magistrats, mais a abouti aussi chez des collègues plus âgés qui ont signé pour soutenir leurs collègues. En quelques jours de temps, pas moins de 444 magistrats avaient apporté leur soutien à cette lettre ouverte.
Selon les auteurs, ils ont choisi le métier de magistrat par conviction, animés par le bien commun de la société, et ne demandent qu'à exercer leurs fonctions avec dignité et indépendance, mais ils remettent aujourd'hui leur choix en question. Ils ont dû faire face à la rareté et à la pénurie systématique des moyens disponibles, et à l'absence de toute modernisation et numérisation.
"Les fonds pour rénover les palais de justice, pour acheter du matériel informatique, pour fournir un téléphone portable aux services de garde, ou même un robinet d'eau potable, n'existent pas". Beaucoup de dossiers sont encore traités en version papier, dans certains arrondissements il n’y a pas de moyens pour une imprimante. "L’argent manque même pour une machine à café ou pour une agrafeuse", précisent certains magistrats.
Des semaines de 54 heures de travail
À cela s'ajoute le manque chronique de personnel auquel les parquets et les tribunaux sont confrontés depuis des décennies. Une semaine de travail comprend en moyenne 54 heures, mais les magistrats doivent aussi prester des services de nuit dont seuls 18 sont rémunérées par an, alors que dans certains arrondissements les magistrats prestent jusqu’à 30 gardes de nuit par an, écrivent les auteurs de la lettre ouverte.
Les magistrats perçoivent donc les projets de réforme des pensions annoncés comme une nouvelle attaque contre l'attractivité et la reconnaissance de leur profession. En effet, les magistrats soulignent qu'ils ne bénéficient d'aucun avantage social et extra-légal et que leur rémunération est nettement inférieure à celle d'un poste similaire dans d'autres pays européens.
"Jusqu'à aujourd'hui, il nous restait un atout majeur à faire valoir: une bonne pension", peut-on lire. "Au moment même où la magistrature a besoin de renforts et de jeunes talents, le choix politique est fait de supprimer ce seul véritable avantage salarial." Selon les auteurs de la lettre ouverte, des questions se posent non seulement sur l'attractivité de la profession de magistrat, mais plus fondamentalement sur l'indépendance de la magistrature, l'efficacité et l'humanité de la justice.
"La justice est un pilier important de notre démocratie. Ses appels à l’aide ne peuvent plus être balayés d’un revers de main", concluent les jeunes magistrats.
