Une enquête menée par la mutualité Solidaris révèle qu’un hôpital sur trois en Belgique ne communique aucune liste de prix pour les hospitalisations. Et parmi les hôpitaux qui le font, 28% facturent indûment certains coûts aux patients. En Flandre, ce seraient 4 hôpitaux sur 10 qui facturent des suppléments injustifiés. Les montants varient d’un hôpital à l’autre, et parfois même d’un service à l’autre dans un même hôpital. Les conclusions de Solidaris sont publiées ce vendredi dans les journaux Het Nieuwsblad, Het Belang van Limburg et Gazet van Antwerpen. La mutuelle socialiste envisage de se tourner vers la justice si les hôpitaux concernés ne se conforment pas à la législation. "Nous constatons un problème de commercialisation", résume Paul Callewaert de Solidaris.
Plus de 40% des hôpitaux flamands facturent des suppléments injustifiés pour le matériel médical
Dans un premier temps, la mutuelle socialiste a tenu à vérifier si les hôpitaux étaient transparents par rapport aux coûts supplémentaires facturés lors d'une hospitalisation. Les hôpitaux peuvent faire payer des suppléments pour certaines choses si celles-ci sont remises au patient. Mais les hôpitaux doivent publier la liste des prix de ces produits sur leur site internet.
Selon Solidaris, 26 hôpitaux sur 92 ne respectent pas cette obligation légale. Il s'agit principalement d'hôpitaux wallons, et de cinq hôpitaux situés en Flandre. Parmi les hôpitaux qui respectent cette obligation de transparence, 28% facturent toutefois aux patients du matériel qui ne devrait pas l'être. Il s'agit dans ce cas principalement d'hôpitaux flamands. Plus précisément de 21 d’entre eux, ce qui représente 40% des hôpitaux de Flandre.
Ils facturent notamment des aiguilles, seringues et bandages, pour lesquels ils reçoivent pourtant des subsides et ne devraient donc pas faire payer les patients, souligne Paul Callewaert, secrétaire général de Solidaris. Il s’agit le plus souvent de petites sommes que les patients payent ainsi indument, mais elles peuvent parfois monter à plusieurs centaines d’euros, note la mutuelle.
17 euros pour un shampooing
Les hôpitaux sont néanmoins autorisés à facturer certains produits, comme le matériel hygiénique (dentifrice, shampooing ou mousse à raser) ou des béquilles. Mais là aussi Solidaris constate des problèmes. Les différences de prix à la facturation se révèlent en effet conséquentes. Ainsi un hôpital facture 18 cents pour de la mousse à raser, alors qu’un autre la facture à 13,95 euros. Les prix pour du shampooing varient de 25 cents à 17,3 euros.
Et dans certains hôpitaux les prix varient même d’un service à l’autre. Pour un thermomètre, par exemple. "Nous constatons un problème de commercialisation. Il ne peut être question pour les hôpitaux de faire une marge de gains sur les soins", souligne Paul Callewaert. "En cas de doute, contactez votre mutuelle pour voir si la facture est correcte".
Solidaris va maintenant prendre contact avec les hôpitaux qui enfreignent les règles. "S'ils ne se mettent pas en conformité d'ici juin, nous envisagerons des actions juridiques", avertit la mutuelle socialiste.
Frank Vandenbroucke invite à consulter sa mutuelle
Le cabinet du ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke encourage les patients à consulter leur mutuelle s'ils se posent des questions sur leur facture d'hospitalisation, notamment après la publication de l’enquête de Solidaris pointant un manque de transparence du secteur.
"Si vous n'êtes pas sûr de votre facture, nous vous conseillons de la soumettre à votre mutualité, laquelle peut intervenir s'il y a des erreurs", indique le cabinet du ministre Vandenbroucke. "La clarté des factures est une chose, mais leur honnêteté est en une autre. C'est bien que Solidaris mette ces pratiques malhonnêtes en lumière. Il faut agir fermement contre cela", a ajouté le cabinet du ministre de la Santé.
Selon lui, ces résultats justifient la nécessité de poursuivre la réforme du secteur hospitalier et de revoir le mode de financement des hôpitaux. "Nous avons déjà fait pas mal de travail à ce sujet sous la précédente législature et nous souhaitons à présent atterrir. Nous voulons parvenir à un financement transparent, juste et correct du secteur. Cela permettra d'avoir des factures claires et abordables pour le patient". Dans cette logique, le ministre dit aussi vouloir plafonner partout les suppléments d'honoraires.
