Les restes de 22 soldats de la Première guerre mondiale ont été exhumés ces derniers jours dans une propriété jouxtant le club de golf d'Ypres. Cette découverte s'inscrit dans le cadre d'une fouille archéologique internationale menée dans la plus grande discrétion. Les restes ont été remis à la police et confiés au War Heritage Institute (WHI). Une fois les victimes identifiées dans leur pays d'origine, elles recevront une dernière sépulture dans un cimetière militaire en Flandre.
22 soldats de la Première Guerre mondiale exhumés à Ypres, 100 ans après, pour recevoir une sépulture honorable
Cette opération fait suite aux recherches menées par une équipe d'archéologues flamands en 2022. Ceux-ci avaient mis au jour des éléments significatifs sur ce domaine proche du club de golf de Palingbeek, dans les célèbres "Flanders Fields". Ce site se trouve sur l'ancienne ligne de front de la guerre 14-18, où Alliés et Allemands se faisaient face à quelques centaines de mètres à peine.
Afin de poursuivre les recherches sur le site, la Commonwealth War Graves Commission (CWGC) a été contactée. Elle a décidé, en collaboration avec le ministre flamand du Patrimoine Ben Weyts (N-VA), le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge et la Direction française de la mémoire, de la culture et des archives, de lancer une opération de fouilles commune.
Ces dix derniers jours, des experts issus de différents pays ont ainsi procédé aux fouilles. En plus des restes humains, des dizaines d'objets personnels et militaires ont été retrouvés. Si une majorité des soldats exhumés semblent être allemands, certains pourraient également appartenir aux armées française et du Commonwealth. Sur la base de ces éléments, chaque pays impliqué participera à l'identification des victimes. Les corps pourraient ensuite être inhumés dans un cimetière militaire en Flandre.
Le 7 avril dernier, le ministre Weyts a visité le site, là encore en toute discrétion pour éviter d'alerter les pilleurs. Il était accompagné de l'ambassadeur d'Allemagne Martin Kotthaus et de la bourgmestre d'Ypres, Katrien Desomer. Dans un communiqué, le nationaliste flamand s'est félicité du rôle central joué par la Flandre dans cette coopération internationale.
Il s'agit d'une collaboration unique, selon Ben Weyts. "Depuis la Seconde Guerre mondiale, il est quasiment inédit qu’un groupe international de ce type mène conjointement des fouilles, tout en perpétuant la mémoire des victimes de guerre. Nous souhaitons, ensemble, offrir à ces soldats tombés au combat une sépulture digne et honorable."
Tous les restes et objets retrouvés ont été remis à la police, qui les confiera au War Heritage Institute (WHI). Celui-ci tentera de déterminer la nationalité de chaque victime afin que chaque dépouille puisse être identifiée dans son pays d'origine. Par la suite, elles devraient recevoir une dernière sépulture dans un cimetière militaire en Flandre.
Des fouilles compliquées
Les fouilles ont été particulièrement complexes et ont été dirigées par les archéologues flamands de l’équipe Monument Vandekerckhove. "La recherche archéologique liée à la Première Guerre mondiale peut être particulièrement éprouvante, à cause des traces juste sous la surface des violents combats et des conditions de vie extrêmement dures", explique Bert Heyvaert, archéologue en chef chez Monument Vandekerckhove.
Les restes humains ont été retrouvés juste en dessous de la couche arable. Il s’agit d’environ 30 à 40 centimètres de terre, régulièrement retournée par les activités agricoles, et qui peut donc être enlevée d’un seul coup à l’aide d’une grande pelleteuse. C’est après cette couche qu’il faut faire preuve de prudence : les traces archéologiques commencent à apparaître. On peut les reconnaître à la couleur différente du sol qui les entoure. Les archéologues poursuivent alors avec plus de précaution, soit manuellement à l’aide d’une truelle et d’un pinceau, soit avec une pelleteuse plus petite.
"Lors de chaque fouille de restes humains, il faut faire appel à des spécialistes : des anthropologues physiques, experts dans l’analyse des ossements humains.
"À Palingbeek, nous avons retrouvé les restes fortement mutilés de soldats, principalement allemands. Dans une fosse, nous avons découvert un torse, une jambe, un bras. Les soldats de l’époque n’avaient d’autre choix que de rassembler les morceaux comme ils le pouvaient et de les enterrer ensemble", explique Bert Heyvaert.
Le sol d'Ypres comme dernier témoin
Ce type de fouilles constitue donc une véritable source d'information pour les archéologues.
"Nous en apprenons davantage sur la vie et la mort sur le champ de bataille. Il semble que, dans le chaos des combats, il n’y avait que peu ou pas de temps pour enterrer les morts. Cette découverte en est une nouvelle preuve", explique encore Bert Heyvaert.
C’est donc une idée reçue de croire que les soldats tombés en première ligne étaient systématiquement évacués vers l’arrière pour y être enterrés. "Ils restaient souvent à la surface ou étaient enterrés très sommairement. Les vivants primaient sur les morts en pleine bataille, c’était la seule option possible. Ce ne serait pas différent dans un conflit d’aujourd’hui."
C’est pour cette raison que les différentes parties impliquées ont tenu à offrir à ces soldats tombés une dernière sépulture digne et honorable.
"Le sol d’Ypres et de la Flandre occidentale reste aujourd’hui plus que jamais le dernier témoin de la Première Guerre mondiale", déclare Katrien Desomer, bourgmestre d’Ypres.
"Ces fouilles contribuent à la mémoire historique et à la commémoration des soldats tombés au combat. Elles offrent non seulement un éclairage sur le passé, mais permettent aussi aux familles de se recueillir et de visiter le lieu de sépulture de leurs proches."
