Aller au contenu principal
Le Palais a dévoilé un nouveau portrait officiel du souverain, réalisé par le photographe Bas Bogaerts.

Le roi Philippe fête ses 65 ans : du prince timide au souverain au parcours quasi irréprochable

Le roi Philippe souffle ce mardi 15 avril ses 65 bougies. Pour l'occasion, le Palais a publié la photo ci-dessus. Philippe est le chef de l’Etat belge depuis près de 12 ans. Un portrait : d'un prince timide, jugé inapte au trône au souverain au parcours presque irréprochable. "Ce n'est qu'en tant que roi que j'ai pu enfin être moi-même".

Eric Steffens Sandra Cardoen Pieterjan Huyghebaert
Publié:

Né le 15 avril 1960 au château du Belvédère à Bruxelles, Philippe est le fils aîné du roi Albert II et de la reine Paola. Très vite, il sera rejoint par sa sœur Astrid et son frère Laurent. Les enfants d’Albert et Paola grandissent dans un cadre très protégé, quittant rarement leur environnement familier.

En même temps, les choses ne vont pas bien dans le couple Albert et Paola. Les querelles sont vives. Le prince et la princesse vivent à des étages différents pour s'éviter. L'éducation des enfants est souvent confiée à d’autres. C'est à cette époque que naît Delphine, la demi-sœur de Philippe, issue d'une liaison extraconjugale de son père Albert.

REGARDER
101 coups de canon annonce la naissance du prince Philippe le 15 avril 1960.

Baudouin jouera un rôle clé dans son éducation

Au départ, il semble peu probable que Philippe puisse un jour accéder au trône. On s'attendait à ce que son oncle, le roi Baudouin, ait des enfants. Cependant, dès la fin des années 1960, il devient clair que le mariage entre Baudouin et la reine Fabiola restera sans descendance.

Le couple royal Baudouin et Fabiola prennent donc de plus en plus part à l'éducation de Philippe, qui devient ainsi le deuxième dans l'ordre de succession au trône. Il commence d'abord sa scolarité à l'école maternelle de l'Institut francophone de la Vierge Fidèle à Schaerbeek. À 6 ans, il intègre le collège jésuite francophone Saint-Michel à Bruxelles.

J'ai été le premier dans l'histoire de la monarchie belge à fréquenter une école normale.

Le roi Philippe

"J'ai été le premier dans l'histoire de la monarchie belge à fréquenter une école normale", déclare Philippe plus tard dans un documentaire. "L’ éducation de la génération précédente se faisait sur mesure, avec des enseignants qui venaient à domicile. Cela, je ne l'ai pas connu. Est-ce que j'étais en paix avec mon destin ? J’ai beaucoup regardé autour de moi, j'observais, mais je n'étais pas vraiment sociable."

Le prince Philippe en compagnie de son oncle le roi Baudouin en 1990.

Des critiques commencent à émerger en Flandre concernant le fait que le prince fréquente des écoles francophones unilingues. En réponse, Fabiola, la tante de Philippe, propose de créer un groupe de scouts néerlandophones spécialement pour lui. Ce groupe se réunira pendant quatre ans, le samedi après-midi, dans le jardin du château de Belvédère.

Philippe part ensuite passer quelques années en internat à Loppem, près de Bruges, en Flandre-Occidentale. Le programme que la cour a conçu met l'accent sur la formation du caractère. Mais la transition est difficile. Pour le prince, c'est un véritable bouleversement de devoir suivre soudain toutes les leçons en néerlandais.

REGARDER

Il indique d'ailleurs lui-même que cela n'a pas été facile. "Le regard des gens n'était pas évident, ils me jugeaient, à l'école et ailleurs, c'était dur. J'étais spécial, un peu différent". Ses résultats scolaires ne sont pas divulgués, mais les enseignants le décrivent comme un élève ordinaire, dans la moyenne : pas parmi les premiers de la classe, mais pas non plus parmi les derniers.

Après ses humanités, Philippe devient cadet à l'École royale militaire. Il suit alors une formation courte pour devenir pilote de chasse et reçoit une formation de parachutiste. Après un trimestre en tant qu'étudiant libre à l'université d'Oxford au Royaume-Uni et trois ans à l'université de Stanford aux États-Unis, il obtient un master en sciences politiques.

Pourquoi Philippe n’est-il pas devenu roi à la mort de Baudouin ?

Le 31 juillet 1993, le roi Baudouin décède soudainement. En suivant l'ordre dynastique, le gouvernement se tourne alors vers son frère Albert pour savoir s’il souhaite reprendre le trône, et ce dernier répond presque immédiatement par l'affirmative.

Pourtant, il semble que personne n’ait pensé à informer également le prince Philippe, alors âgé de 33 ans. Cet épisode s'avère particulièrement douloureux pour Philippe, qui a le sentiment d’avoir été délibérément mis à l'écart.

La prestation de serment d'Albert II en 1993.

Le prince souffre d'une mauvaise image. Il apparaît souvent maladroit et quelque peu déconnecté du monde. Presque tout ce qu'il dit en public est minutieusement préparé. La communication est tellement rigide qu'il donne l'impression d'être coincé et, parfois, même carrément désintéressé.

Cela génère toutefois des images mémorables. En 1992, il a une conversation marquante avec l'astronaute et premier Belge dans l'espace, Dirk Frimout.  "Appellez-moi Philippe, dans l’espace il n'y a pas de protocole", lui dit-il notamment.

En parallèle, le prince se retrouve à plusieurs reprises dans la tourmente et est réprimandé par le Premier ministre de l’époque, Guy Verhofstadt. Ainsi, lors d'une mission à l'étranger, il critique vivement le Vlaams Blok (l'ancêtre du Vlaams Belang) et signe un document de l'organisation patronale FEB dans lequel les entrepreneurs expriment leur mécontentement envers le gouvernement. Plus d’une fois, le verdict tombe : "Il n’est pas à la hauteur."

Mathilde apporte un vent de fraîcheur

En 1999, il surprend tout le monde en annonçant ses fiançailles avec Mathilde d'Udekem d'Acoz. Il insiste sur le fait qu'il l'a rencontrée lui-même, et que personne ne doit imaginer qu'il s'agit d'un mariage arrangé. S'ensuit une Joyeuse Entrée triomphale à travers le pays, et trois mois plus tard, la cérémonie de mariage a lieu.

REGARDER

Mathilde est son soutien indéfectible

"J'admire la manière dont mon épouse traite les gens, j'ai énormément de soutien grâce à elle", dit-il à son sujet. "Il y a aussi quelque chose que nous avons en commun dans notre famille : lorsque nous sommes entre nous, nous rions beaucoup. Nous avons de l'humour, et c'est important pour nous."

Lorsqu'il devient père pour la première fois, Philippe s'adresse à la presse, fatigué mais fier. Cependant, ce qu'il dit de sa fille Elisabeth semble étrange aux néerlandophones (et encore une fois un peu maladroit) : "Het is echt een vrouwtje." Ce qui est une traduction maladroite du français "C'est une vraie petite femme" qui sonne tout à fait naturel.

Après Elisabeth, viennent ses frères Gabriel, Emmanuel et sa sœur Eléonore. D'ailleurs, Eléonore fêtera ses 17 ans ce mercredi.

REGARDER

Finalement roi

En 2013, le roi Albert abdique de manière inattendue. Après 20 ans d'attente, c'est enfin le tour de Philippe de devenir roi. Et aussi bien ses amis que ses ennemis le reconnaissent : il a jusqu'à présent suivi un parcours quasi irréprochable.

Un vent nouveau souffle sur le Palais, où l'on travaille dur dès le matin, et il remplit ses fonctions de manière exemplaire. Il semble donc bien capable de le faire. Le Palais opte pour la modernité, et cela inclut une présence de plus en plus marquée sur les réseaux sociaux.

REGARDER
La prestation de serment du roi Philippe.

Le roi Philippe est très bien informé, il soutient des initiatives rassembleuses et représente et promeut notre pays tant à l'intérieur qu'à l'étranger.

Dans les moments difficiles, il s'efforce d'être une figure unificatrice, comme après les attentats à Bruxelles et les inondations en Wallonie, par exemple.

Lors de la crise du coronavirus, il a redonné courage à la population et a encouragé les soignants de première ligne. Le roi Philippe s’est aussi retrouvé en première ligne — au sens figuré — pendant les longues négociations pour former un gouvernement fédéral.

Bart De Wever, encore formateur, a été reçu plusieurs fois au Palais.

Il reçoit également ceux qui se trouvent réellement en première ligne, comme le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui a été invité à plusieurs reprises au Palais. Dans ses messages de Noël, il lance presque toujours un appel à la paix, que ce soit en Ukraine, à Gaza ou au Soudan.

Parallèlement, il est conscient du passé trouble de certains de ses prédécesseurs. En juin 2020, il adresse une lettre au président congolais pour exprimer ses regrets concernant les exactions commises sous le règne du roi Léopold II. Il accueille également sa demi-sœur Delphine Boël au sein de la famille royale — fille illégitime de son père.

Plus spontané et détendu

Ces dernières années, Philippe montre de plus en plus son côté spontané et plein d’humour. Ainsi, à l'occasion de son anniversaire en 2019, il invite par exemple l’humoriste flamand Philippe Geubels, qui — coïncidence amusante — est né le même jour que lui.

Il réalise également des vidéos humoristiques avec les Diables Rouges et s’exprime avec sincérité dans un documentaire réalisé à l’occasion de ses 10 ans de règne. Il y parle ouvertement de son enfance, mais aussi, par exemple, de sa sensibilité.

REGARDER
En 2019, le roi a fêté son anniversaire avec l'humoriste Philippe Geubels.

"Chaque être humain traverse des périodes difficiles, a été blessé — par les autres, par la vie — mais beaucoup cachent leur sensibilité", confie-t-il notamment. "L’important, c’est de ne pas croire qu’on est seul. Je pense que si l’on comprend que nous sommes tous blessés, d’une manière ou d’une autre, alors on peut relativiser ses propres problèmes et s’en servir pour comprendre et aider les autres."

Il participe aux 20 km de Bruxelles, et me Palais diffuse des images du roi en train de faire du kitesurf. Il n’hésite pas se montrer fier et parfois ému devant ses enfants. Par exemple, lors du défilé de la fête nationale, quand certains de ses enfants défilent devant lui, ou encore lors de la remise de diplôme de la princesse héritière Élisabeth à l’université d’Oxford.

La photo de la famille royale, il y a un an.

Le roi Philippe ne sera sans doute jamais l’homme le plus décontracté, mais la fonction royale l’a rendu plus ouvert et spontané. "J’ai senti, au moment où j’ai prêté serment, qu’il s’était passé quelque chose en moi", confie-t-il à ce sujet. "Je pense que les gens ont un peu mieux compris qui j’étais. Et pour moi, ce fut un... ouf se soulagement... parce que je pouvais enfin être moi-même."

Le Roi a choisi de célébrer son anniversaire de manière discrète. Philippe a d'ailleurs profité des congés de printemps pour quitter la Belgique pour les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne). Le chef de l'État fêtera ses 65 bougies en famille, puisque la princesse Éléonore, sa fille cadette, fêtera ses 17 ans mercredi. La famille a entrepris ce périple depuis plusieurs années.

En savoir plus

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5