La ministre Zuhal Demir annonce ce vendredi vouloir réformer en profondeur l'enseignement spécialisé, dont le nombre d’élèves ne cesse de croitre, probablement parce que trop d’enfants y sont envoyés trop rapidement. Elle envisage ainsi de mettre sur pied 20 écoles pionnières qui combineraient l’enseignement ordinaire et spécialisé, mais aussi de créer une commission qui sera chargée de lutter contre la "multiplication des étiquettes" collées aux enfants qui ont des difficultés d’apprentissage et la multiplication des écoles pionnières. "Le système est tout simplement mal conçu pour l’instant", estime la ministre de l’Enseignement, sur base d’avis de spécialistes.
La ministre flamande de l'Enseignement Demir veut revoir en profondeur l'enseignement spécialisé
Au cours des 5 dernières années, pas moins de 8.000 élèves supplémentaires ont rejoint l’enseignement spécialisé en Flandre, ce qui porte le nombre total d’élèves dans ces écoles à 55.000. La Flandre compte ainsi beaucoup plus d'élèves dans l'enseignement spécialisé que les autres pays européens. En 2020-2021, quelque 5,9 % des élèves y étaient scolarisés, alors que la moyenne européenne n'est que de 1,7 %.
"Pour réduire le nombre d’élèves dans les écoles spéciales, le décret M a été introduit il y a presque 10 ans en Flandre", indiquait la professeure Elke Struyf de l’Université d’Anvers au micro de Radio 1 (VRT). "Mais cela a échoué puisque leur nombre augmente d’année en année".
Le décret M était introduit le 1er septembre 2015 pour veiller à davantage d’inclusion dans l’enseignement néerlandophone. Les parents d’enfants ayant un handicap ne sont ainsi plus obligés de frapper à la porte de l’enseignement spécial, mais peuvent aussi les envoyer dans une école courante après une concertation avec le Centre d’orientation pour élèves (CLB) et la mise en place d’aménagements spécifiques.
Le principe est beau, mais dans la pratique les enseignants et les écoles se sont révélés avoir souvent trop peu de moyens, de personnel et de temps pour offrir correctement le soutien nécessaire à ces enfants ayant besoin d’un encadrement supplémentaire. Ces dernières années, le projet a été ajusté plusieurs fois, ce qui a comme conséquence que les écoles spéciales attirent à nouveau plus d’élèves, indiquait Elke Struyf.
Elle souligne également que la Flandre n'a pas davantage d’élèves avec des difficultés d’apprentissage ou comportementales que les autres régions. "Nous avons tout simplement un réseau élargi d’écoles d’enseignement spécial, auquel les parents font confiance. L’envoi d’enfants dans ces écoles se fait de plus en plus rapidement, sans doute parfois trop rapidement".
Changer le système
Un avis que partage la ministre flamande de l’Enseignement. Selon Zuhal Demir, ce nombre important d'élèves dans l'enseignement spécialisé exerce une forte pression sur l'enseignement néerlandophone. Et les élèves qui ont vraiment besoin d'une place dans ce type d'enseignement ne l’obtiennent pas toujours en raison de listes d’attente.
Elle souligne aussi que la moitié des enfants qui suivent l'enseignement spécialisé sont issus de familles défavorisées. "Cela suggère que nous orientons trop rapidement vers l'enseignement spécialisé des enfants qui n'en ont absolument pas besoin". Le système est mal fait, estime la ministre. Elle veut le réformer.
Zuhal Demir a donc mis sur la table un plan visant à rendre l'éducation inclusive d'ici à 2040, avec une note stratégique pour les 15 prochaines années comme première étape. Celle-ci prévoit notamment la création d'écoles pionnières dans lesquelles des équipes scolaires de l'enseignement ordinaire, de l'enseignement spécialisé et des Centres de soutien à l'apprentissage (CLB) organiseront conjointement l'enseignement pour tous les élèves afin d'estomper la frontière entre les types d'enseignement.
Chasse aux labels excessifs
Vingt écoles de ce type seront lancées pour une durée de trois années scolaires, à partir de septembre 2026. A long terme, le système d’enseignement en Flandre abandonnera ainsi la double voie (écoles courantes et écoles spéciales), pour permettre d’ici 15 ans à chaque enfant d’aller dans une école inclusive. "L’enseignement spécial ne sera alors réservé qu’aux enfants qui en ont réellement besoin".
Enfin, pour lutter contre "l'étiquetage médical excessif" des enfants à difficultés d’apprentissage, une commission sera mise en place avant l'été. Elle devra analyser si davantage d'élèves ne peuvent pas se tourner vers un "apprentissage personnalisé" plutôt que de dépendre d'un soutien intensif dans une école spécialisée.
