Trois membres du gouvernement belge sont arrivés ce mardi matin en train dans la capitale ukrainienne, Kiev: le Premier ministre Bart De Wever, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot et le ministre de la Défense Theo Francken. Ce voyage, premier du genre pour la nouvelle équipe fédérale, vise à réaffirmer le soutien de la Belgique à l'Ukraine, trois ans après le début de l'invasion à grande échelle lancée par la Russie. Des rencontres politiques et diplomatiques sont prévues en Ukraine. Des industriels belges actifs dans le secteur militaire sont également du voyage. Ce vendredi, les trois ministres belges se sont d'abord rendus dans la ville de Boutcha (photo), où les troupes russes ont tué des centaines de civils au début de la guerre. Bart De Wever, qui expliquait avoir un lien privé particulier avec l'Ukraine, a été très ému par les images qu'il a vues.
De Wever, Francken et Prévot en visite en Ukraine, notamment pour rencontrer Zelensky à Kiev
Des contacts au sommet ont déjà eu lieu entre les deux pays depuis l'avènement de la nouvelle majorité. Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense ont rencontré leurs homologues à Bruxelles, tandis que le Premier ministre recevait le président ukrainien Volodymyr Zelensky au 16 rue de la Loi le 6 mars dernier. Les trois ministres s'entretiendront d’ailleurs avec le président Zelensky.
Ils se sont d'abord rendus à Boutcha, un faubourg de Kiev, pour rendre hommage aux quelque 500 victimes du massacre commis par l'armée russe dans cette localité au début de la guerre. Dans une église, ils ont pu voir des photos prises lors de la découverte d'un charnier à proximité après le massacre. Des photos insoutenables pour les ministres belges, et certainement pour Bart De Wever. Le Premier ministre a expliqué au journaliste Marijn Trio (VRT) qu'il avait un lien particulier avec l'Ukraine.
"Après la chute de l'Union soviétique, mon père a beaucoup voyagé en train à travers l'Ukraine. Il s'y est fait de nombreux amis, qui sont souvent venus chez nous à la maison. Je me demande ce qu'il est advenu de tous ces gens. On a vu ce genre de situation à répétition dans l'histoire - une armée qui s'en prend aux civils -, c'est incroyable que cela puisse se passer encore de nos jours. Ce sont des images très difficiles à regarder", expliquait De Wever au bord des larmes.
Vidéo: Bart De Wever très ému à Boutcha: "Un lien particulier avec l'Ukraine"
De Wever, Prévot et Francken ont également déposé une gerbe de fleurs devant le Mur des morts pour l'Ukraine dans le centre de la capitale (photo).
Cette mission, à l'invitation de la partie ukrainienne, comporte un important volet militaire. Une dizaine de représentants des industries belges de ce secteur sont du voyage et rencontreront des dirigeants d'entreprises ukrainiennes.
En janvier 2024, des industriels belges accompagnés d'un membre de l'état-major avaient déjà fait le déplacement à Kiev pour y signer un mémorandum de coopération en matière de Défense. L'Ukraine cherche plus que jamais un soutien chez ses alliés dans ce domaine, non seulement par la livraison directe de matériel mais également via des partenariats noués avec des entreprises européennes. En trois ans, elle a bâti une capacité de production considérable.
Financement de la production militaire en Ukraine
En janvier dernier, lors d'une visite à la Chambre, des députés ukrainiens avaient appelé la Belgique à suivre le mouvement déjà entamé par les Etats-Unis, le Canada ou encore le Danemark en finançant directement la production militaire dans des usines en Ukraine, qu'il s'agisse de drones, de missiles, d'obus de mortier ou de système de défense aérienne. Le montant de l'aide militaire à l'Ukraine sous la législature passée a atteint 1,21 milliard d'euros.
Le gouvernement précédent avait utilisé, entre autres sources de financement, la part d'impôt des sociétés prélevée chez Euroclear et relative aux fonds russes gelés. Le nouvel exécutif s'est engagé à poursuivre cette politique, un montant d'1,2 milliard d'euros est attendu pour cette année. Le nouveau ministre de la Défense Theo Francken a annoncé le mois dernier avoir soumis le 6 mars aux autorités de Kiev une "proposition concrète" d'un milliard d'euros, couvrant notamment l'achat d'obus, la défense anti-aérienne et la livraison de F-16. Convenue dans le cadre d'un accord de sécurité l'an dernier, celle-ci devrait commencer en principe fin 2025, quand la Belgique recevra ses premiers F-35.
Volet civil lié à la Coopération au développement
La mission comporte également un volet civil. Maxime Prévot se rendra dans la région de Kiev pour y visiter un abri anti-aérien construit dans une école avec le soutien de l'agence belge de coopération Enabel. Pour continuer à enseigner, les écoles ukrainiennes doivent être pourvues de ce genre d'aménagement qui permet de poursuivre la classe malgré une alerte.
La Belgique maintient une forte présence humanitaire en Ukraine. L'Unicef et la Croix-Rouge ont débloqué 25 millions d'euros pour y aider les enfants et les familles vulnérables. Le ministre Maxime Prévot ira également à la rencontre de l'association "Save Ukraine Hope & Healing center" et du centre de protection pour les enfants victimes de violences sexuelles (PANDA), où il rencontrera les familles soutenues par cette ONG qui recherche, conseille et réintègre les enfants déportés. Le ministre y annoncera une aide supplémentaire de 250.000 euros.
Le soutien belge permettra de mettre en place une ligne d'assistance et un refuge offrant un soutien psychologique et juridique spécialisé. Investir dans les personnes, c'est aussi investir dans la connaissance, les soins et le travail, a encore souligné le ministre des Affaires Etrangères. Par l'intermédiaire d'Enabel, des programmes sont mis en place pour la formation des demandeurs d'emploi, des jeunes et des anciens soldats, en étroite collaboration avec le gouvernement ukrainien. Parallèlement, les hôpitaux et les écoles techniques sont équipés de matériel moderne, afin que les prestataires de soins et les jeunes disposent des outils nécessaires pour aller de l'avant. "La Belgique continuera à soutenir les infirmières, les enseignants et des jeunes qui refusent de renoncer à leurs rêves, aujourd'hui, demain et aussi longtemps que nécessaire parce que l'Ukraine n'est pas seulement un pays en guerre. C'est une promesse. Une promesse de liberté, de résilience et d'avenir européen", a encore déclaré le ministre des Affaires Etrangères.
L’Ukraine demande 200 milliards d’avoirs russes gelés
Du côté ukrainien, il est vraisemblable que la question des avoirs russes gelés sera une nouvelle fois mise sur la table. Jusqu'à présent les pays occidentaux, dont la Belgique concernée au premier chef via Euroclear, ont refusé que ceux-ci soient confisqués. Mais Kiev redoute qu'un blocage de la Hongrie ne mette en péril le renouvellement des sanctions européennes et permette à Moscou de récupérer quelque 200 milliards d'euros gelés pour financer sa guerre.
Elle plaide donc pour que ces montants soient placés dans un fonds séparé, en faveur de la reconstruction de l’Ukraine, rapportait lundi la VRT sur base d’une interview de la vice-ministre ukrainienne de la Justice, Iryna Mudra.




