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L'écrivain David Van Reybrouck, nommé Penseur des Pays-Bas

David Van Reybrouck nommé Penseur des Pays-Bas : "J'aurai réussi si la sécurité et la santé de la planète redeviennent une priorité"

Archéologue et philosophe, historien de la culture, auteur à succès et avocat de la participation citoyenne, le Brugeois David Van Reybrouck (53 ans) est depuis le 1er avril et pour deux ans "Penseur des Pays-Bas". Un titre honorifique qui est alloué tous les deux ans, depuis 2011, par la Fondation Mois de la Philosophie (Stichting Maand van de Filosophie). C’est un jury d’experts dans le domaine de la philosophie qui a nommé Van Reybrouck en raison de "ses efforts indéniables sur des thématiques actuelles et son implication sociale enrichissante", indiquait la Fondation néerlandaise. "J’aurai réussi ma mission si la sécurité et la santé de notre planète remontent à l’agenda des priorités", estime l’écrivain connu sans doute surtout pour son livre "Congo. Une histoire". Il veut avant tout penser à long terme ("vérdenken" en néerlandais), plus loin que les enjeux du jour présent, et accorder davantage d’attention à notre santé mentale.

Anne François Ellen Maerevoet
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Bien que le titre de Penseur des Pays-Bas soit un titre honorifique symbolique, David Van Reybrouck le considère comme un grand honneur. "Il ne comporte pas de description fixe des tâches, mais donne une liberté totale", précisait l’auteur au micro de Radio 1 (VRT) lors de l’annonce de sa désignation. "C’est exceptionnel".

Van Reybrouck, qui vit aujourd’hui au cœur de Bruxelles, devient Penseur des Pays-Bas à un moment où le monde est à feu et à sang. Guerres, crises et des chefs d’Etat comme Trump et Poutine qui sollicitent en permanence l’attention, alors que Van Reybrouck considère comme sa mission de réclamer davantage d’attention pour des problèmes sans doute encore plus urgents : la perturbation planétaire et les problèmes qui menacent notre terre. Tout en se rendant bien compte qu’il règne une lassitude générale à propos du climat.

"Penser loin"

"Le plus grand problème de notre temps bénéficie aujourd’hui de trop peu d’attention parce que nous ne pensons pas à long terme", estime David Van Reybrouck. "Nous considérons trop peu le présent à la lumière du passé lointain et de l’avenir lointain. Et pourtant nous ne pouvons ignorer le long terme, au risque de faire empirer les choses. C’est de la négligence coupable et nos enfants et petits-enfants en payeront le prix".

"Nous ne pensons pas assez loin, le présent est tellement turbulent qu’il réclame toute notre attention. Nous parviendrons sans doute à régler les conflits du présent, mais si nous continuons à ignorer notre planète, nous aurons encore bien plus de violence militaire que nous n’en voyons déjà à Gaza ou en Ukraine, par exemple. Les guerres sont de plus en plus liées à la sécheresse, la canicule, le manque d’eau et de nourriture …".

Trop peu d’attention pour les changements climatiques

Van Reybrouck estime qu’il faut trouver de nouvelles manières de parler des changements climatiques. "Nous ne pouvons déjà plus parler de l’urgence de la situation en mettant en garde contre une augmentation de la température de 1,5 degré puisque nous l’avons déjà atteinte", confiait l’auteur dans un entretien accordé à VRT NWS. L’an dernier le dérèglement climatique a déjà provoqué 41 jours supplémentaires de grande chaleur et 2024 était aussi la première année calendrier où le seuil symbolique d’un réchauffement de 1,5 degré a été dépassé.

"Nous nous comportons en permanence comme si les changements climatiques allaient nous atteindre dans le futur. Mais dans notre pays les vagues de chaleur ont fait plus de 10.000 morts depuis 2000. Mon père, malade des reins, est décédé en 2006. Bizarrement, je ne connais personne d’autre dans ce cas. J’ai donc lancé un appel pour que les gens me contactent s’ils ont un proche qui fait partie de ces 10.000 personnes décédées".

L’Afrique a émis le moins de pollution, mais elle est la plus vulnérable. C’est fondamentalement injuste

David Van Reybrouck, Penseur des Pays-Bas

L’écrivain et philosophe voudrait d’ailleurs faire ériger un monument aux victimes des canicules dans notre pays. "On le placerait dans la commune de Begijnendijk, près d’Aarschot. C’est là que la plus haute température a jamais été mesurée dans notre pays, à savoir 41,8°C". C’était le 25 juillet 2019.

Pour un nouveau livre qu’il est en train d’écrire, Van Reybrouck a voyagé récemment 8 semaines à bord d’un cargo qui a amarré dans divers pays africains, comme l’Angola, le Gabon et le Congo. "Je voulais voir en quelle mesure le changement climatique affecte l’Afrique. Les gens y ont émis le moins de pollution, mais ils sont les plus vulnérables. C’est fondamentalement injuste. L’Afrique est le plus jeune continent du monde et il paye le prix de notre pollution".

L’état de notre planète est notre plus gros problème de sécurité, mais nous ne nous en préoccupons pas. C’est absurde

David Van Reybrouck

S’il parvient à faire remonter la sécurité et la santé de notre planète à l’agenda des priorités de notre société, David Van Reybrouck estime qu’il aura réussi sa mission de Penseur des Pays-Bas. Il a écrit son plaidoyer pour une attention accrue à la santé de notre terre dans son nouvel essai "Le monde et la terre. Comment les garder en sécurité ?" ('De wereld en de aarde. Hoe houden we het veilig?'), présenté à l’occasion de sa nomination honorifique.

"Nous nous soucions actuellement beaucoup du monde et peu de la terre, bien que nous sachions qu’il y a de graves problèmes : la pénurie d’eau douce et l’apparition de nouvelles substances dans notre cadre de vie, comme les PFAS et les microplastiques. Il en va de notre sécurité et notre santé. L’état de notre planète est notre plus gros problème de sécurité mais nous ne nous en préoccupons pas. Je trouve cela absurde".

Qui est David Van Reybrouck ?

• archéologue et philosophe, historien de la culture, écrivain • connu avant tout pour ses livres sur le colonialisme 'Congo. Une histoire' (2010) et 'Revolusi: L’Indonésie et la naissance du monde moderne' (2020)• connu avant tout pour ses livres sur le colonialisme 'Congo. Une histoire' (2010) et 'Revolusi: L’Indonésie et la naissance du monde moderne' (2020) • il a inspiré le G1000 (2011), une grande concertation de citoyens sur des thèmes de société • il a souscrit à la Klimaatzaak, une affaire en justice qui a condamné la Belgique parce qu’elle prend trop peu de mesures pour contrecarrer les changements climatiques • il a entamé son mandat de Penseur des Pays-Bas avec la publication de son essai "Le monde et la terre. Comment les garder en sécurité ?" ('De wereld en de aarde. Hoe houden we het veilig?')

Van Reybrouck à l'époque de la sortie de son livre "Revolusi: L’Indonésie et la naissance du monde moderne"

Davantage d’attention pour notre santé mentale

En tant que Penseur des Pays-Bas, Van Reybrouck veut se concentrer sur trois domaines : le monde d’aujourd’hui, la terre de demain, et "la profondeur à l’intérieur". Comment devenir résilients intérieurement en périodes de vulnérabilité? Comment nous protéger face à toutes les informations d’actualité négatives qui nous parviennent, sans perdre notre connexion avec les problèmes du monde et avec nos concitoyens ?

"Les chiffres des suicides sont élevés dans notre pays, il y a beaucoup de violence domestique, d’automutilation et de dépressions. Et d’autres soucis nous attendent, pas seulement dans notre monde actuel. Penser à long terme signifie aussi prendre notre terre de demain et notre santé mentale en considération".

Jusqu’à présent nous avions surtout une hygiène dentale, mais pas mentale

David Van Reybrouck

L’écrivain flamand estime que nous sommes en train de rattraper le temps perdu, mais il reste du chemin à faire. "Nous sommes en train de soigner l’extérieur en faisant du fitness et en nous rendant beaux. Jusqu’à présent nous avions surtout une hygiène dentale, mais pas d’hygiène mentale. Je suis impressionné par les jeunes qui peuvent communiquer leurs émotions d’une manière que nos parents et grands-parents n’avaient jamais apprise".

Van Reybrouck souligne qu’il ne veut pas donner de leçon aux gens, "mais je n’ai pas de gêne à parler de ces problèmes. Je pense qu’on peut partager des idées basées sur nos propres essais. Avec Thomas D’Ansembourg j’ai écrit un livre (“La paix ça s’apprend !") qui souligne les bienfaits de la pleine conscience et de la communication non-violente. Cela peut paraître ‘soft’, mais cela nous rend plus forts".

Un historien sur scène

Van Reybrouck projette d’ailleurs de faire une tournée pour partager ses idées avec le public. "On peut voir cela comme une conférence théâtralisée, comme je l’avais fait aux Pays-Bas après la sortie de mon livre "Revolusi". J’ai beaucoup aimé cette démarche. Il y avait un temps pour des questions du public, qui m’ont beaucoup appris".

"Je suis alors une sorte d’historien sur scène, comme Bart Van Loo" (avec son spectacle "Les Téméraires. Quand la Bourgogne défiait l’Europe”). “Cela demande plus de travail que de préparer une conférence, mais cela permet d’atteindre un public plus large".

REGARDER
David Van Reybrouck dans l'émission 'De Afspraak' (VRT), à propos de sa nouvelle mission

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