Le nouveau musée situé au cœur de Courtrai (Flandre occidentale), dans l’ancienne abbaye Notre-Dame de moniales cisterciennes fondée en 1236, a ouvert ses portes le 29 mars dernier. Le bâtiment historique a été enrichi d’une nouvelle architecture sobre mais impressionnante, qui attire immédiatement le regard. Le musée est dédié aux arts plastiques et à l’art contemporain, mais se veut le plus accessible possible à tous les publics par son approche participative. On l’appelle d’ailleurs par un prénom : Abby (proche de ‘abbey’ qui signifie ‘abbaye’ en anglais). L’artiste louvaniste plasticien Rinus Van de Velde y a installé un "Living" rempli de meubles de carton et de bois, et la première exposition temporaire proposée s’intitule "F**klore. Reinventing tradition".
Dans l'ancienne abbaye de Groeninghe, Courtrai a installé un musée moderne d'arts plastiques baptisé Abby
Le nouveau musée courtraisien n’a pas reçu un nom en abréviation, qui peut faire un peu peur, mais un prénom : Abby. "Comme un ami auquel on va rendre visite", explique la nouvelle directrice des lieux, Sarah Keymeulen. Ce prénom évoque bien entendu (à une lettre près en anglais) l’abbaye dans laquelle le musée a été installé.
L’ancienne abbaye de Groeninghe datant du 13e siècle a hébergé au 16e siècle des moniales cisterciennes et plus tard des Clarisses. Le musée "Courtrai 1302", dédié à la Bataille des éperons d’or, y a résidé entre 2007 et 2021. "L’endroit est donc riche en histoires, auxquelles nous faisons allusion avec un clin d’œil dans la forme et le fonctionnement du nouveau musée", précise Sarah Keymeulen.
Abby est une maison avec de nombreuses salles et de grands espaces. A côté des anciens bâtiments du monastère se dresse maintenant aussi une construction moderne, en forme de pyramide aplatie. Elle est noire à l’extérieur et rouge à l’intérieur, de la main de Barozzi Veiga et du bureau Tab Architects. Il s’agit en fait du café du musée, où l’on prend place à de longues tables du monastère.
Deux grandes nouvelles salles ont été aménagées en sous-sol, pour accueillir des expositions temporaires. La chapelle de l’abbaye datant du 16e siècle fait également partie du parcours d’exposition. Au total, cela représente 1.000 mètres carrés d’espace d’exposition.
Un living urbain comme espace de rencontre
“Autour des salles classiques d’exposition nous avons imaginé une sorte de coque extérieure expérimentale. C’est notre living urbain. Nous appelons ces espaces Living, Salon, et Atelier. Nous les partageons avec des organisations, des habitants et communautés de Courtrai, qui viennent y réaliser des activités, exposer, expérimenter", se réjouit la directrice Sarah Keymeulen. Ces espaces sont accessibles librement, entre 10h et 22h.
J’espère que l’espièglerie de mes meubles invitera à les traiter de façon ludique
Rinus Van de Velde, artiste plasticien
Pour “Le living”, le nouveau musée courtraisien a fait appel en premier lieu à un artiste de renom. Rinus Van de Velde, d’abord connu pour ses dessins monumentaux au fusain, s’impose aujourd’hui comme un artiste complet, qui pratique le dessin, la sculpture, les installations et le cinéma. Pour Abby, il a élaboré un "univers parallèle", un living rempli de meubles fantaisistes et colorés, comme il en réalise pour les décors de ses films.
Des chaises, tables, fauteuils et plantes d’intérieur ont été récréés à l’identique en carton, bois et peinture, et sont dispersés joyeusement dans ce premier espace de rencontre du musée. "Cela se situe entre le design et l’art, mais ces objets doivent avant tout être fonctionnels", explique l’artiste qui vit et travaille à Anvers. "Le but est que les visiteurs viennent s’y asseoir et s’y rencontrent. Je suis impatient de voir comment les gens vont se comporter dans le living. Ils peuvent bouger les meubles, les réarranger. J’espère que l’espièglerie de mes meubles invitera à les traiter de façon ludique".
Rinus Van de Velde s’est inspiré du cloître de l’abbaye de Groeninghe et de la collection du Musée sur l’histoire de Courtrai, installé aussi dans l’abbaye. De nombreuses œuvres et des objets de la collection du Musée de la ville sont donc exposés dans cette salle. Les visiteurs peuvent les découvrir de façon décontractée. Tous les 2 ans, un autre artiste réinstallera le Living à sa guise, avec des éléments de la collection.
Le folklore réinventé
Abby prévoit aussi deux expositions temporaires par an. La première porte le titre “F**klore. Reinventing tradition”. Quelque 37 artistes belges et étrangers y illustrent comment les traditions, les rituels et l’artisanat changent constamment. L’ancien et le nouveau s’y retrouvent dans l’art vidéo, dans des représentations de bombe atomique réalisées en dentelle, dans un autel contemporain dans la chapelle. Le visiteur peut goûter un bout d’un grand biscuit en spéculoos, cuit dans un nouveau moule artistique.
"F**klore" illustre la poésie et l’absurdité du quotidien, du connu et du familier, et invite à porter un regard presque anthropologique sur le phénomène du folklore, indique le site web d’Abby. Des œuvres d’artistes contemporains tels que Wim Delvoye, Patrick Van Caeckenbergh ou Dennis Tyfus sont à découvrir, tout comme des œuvres déjà plus anciennes de Jean Brusselmans ou Gustave De Smet.
Notre message : l’art nous concerne tous
Sarah Keymeulen, directrice d’Abby Kortrijk
Abby offre donc un mélange, explique Sarah Keymeulen. "D’une part il y a les espaces à partager avec d’autres visiteurs, et d’autre part des expositions de grande qualité dans des salles plus classiques. De cette façon, nous essayons de rendre l’art aussi accessible que possible à un grand nombre de personnes. Notre message : l’art nous concerne tous. Nous pouvons nous y reconnaitre. Les artistes sont des gens qui ont les mêmes luttes et les mêmes questions que nous tous. Si nous modifions la “trajectoire de route” de l’art, il devient accessible à tout le monde. C’est l’espoir et l’ambition d’Abby".
“Nous avons reçu et saisi l’opportunité de réfléchir en profondeur sur ce qu’un musée peut et doit être à l’heure actuelle. Qui décide ce qu’est l’art, qui est artiste, ce qu’est une communauté ? Nous rassemblons tous ces aspects, ces identités et ces perspectives ici, comme un lieu de rencontre. C’est un appel chaleureux aux visiteurs à s’approprier le musée", explique Sarah Keymeulen.
Un projet de 18,5 millions d’euros
"On n’ouvre pas tous les jours un nouveau musée", soulignait Felix De Clerck, échevin de la Culture de Courtrai. "Abby sera le phare des arts plastiques pour notre région. Notre collection historique et l’art contemporain ont ainsi enfin retrouvé un endroit fixe dans notre ville".
De Clerck espère attirer 75.000 visiteurs par an. "C’est une solide ambition, mais nous avons l’équipe, le bâtiment et des œuvres d’art fantastiques". Le projet Abby a coûté 18,5 millions d’euros, que se sont partagés la ville de Courtrai et le gouvernement flamand. Le fonctionnement du musée sera financé avant tout par la ville. Courtrai prépare néanmoins un dossier pour obtenir davantage de subsides flamands vers 2028.
