Le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS), rattaché à la Défense, effectue en moyenne 300.000 vérifications de sécurité par an sur des personnes qui sollicitent à la Défense ou auprès d’autres entreprises qui demandent une enquête. Il s’agit d’une augmentation de 70% des vérifications en 2 ans, pour éviter que des informations sensibles ne tombent en de mauvaises mains. Le Service veut donc doubler son personnel d'ici 2040, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, indique son rapport annuel publié ce mercredi.
Le service de renseignement militaire enquête sur 300.000 personnes par an environ et veut doubler son personnel d'ici 2040
Bien qu’un accord définitif ne soit pas encore intervenu au sujet du budget militaire de la Belgique, le ministre de la Défense Théo Francken a fait part de sa volonté de l'augmenter très rapidement à 2% du produit intérieur brut (PIB). Une augmentation qui devrait aussi bénéficier au SGRS qui compte actuellement un millier de personnes. "Je voudrais doubler nos effectifs à l'horizon 2040. C'est très ambitieux", soulignait le chef du SGRS, le général-major Stéphane Dutron. "Mais cela me semble nécessaire pour poursuivre le développement des différentes entités de notre organisation." Un recrutement d'autant plus nécessaire que les tensions croissantes sur la scène internationale ont également un impact sur la sécurité de la Belgique.
"La plupart des affrontements régionaux ont bien entendu des répercussions en Europe et en Belgique. Ceci se traduit notamment par une montée préoccupante de l'antisémitisme et de la radicalisation et donc par un travail accru pour les services de renseignement et de sécurité", explique Stéphane Dutron. "Le niveau de la menace, notamment en ce qui concerne l'espionnage et l'ingérence a continué à progresser, induisant la prise de mesures ciblées afin de tenter de les contrer."
Des campagnes de recrutement sont en cours et, selon Stéphane Dutron "nous pouvons recruter du personnel dans tous les secteurs de l'organisation." Les candidats qui sollicitent pour un poste auprès de la Défense ou d’autres entreprises qui travaillent avec des informations sensibles (comme le secteur de l’aviation ou un port) sont d’abord soumis à une vérification de sécurité.
Chaque année, une moyenne de 300.000 vérifications sont actuellement effectuées, indique le SGRS. Cela représente une augmentation de 70% en deux ans. “C’est beaucoup de travail pour mes collaborateurs”, souligne le général-major Stéphane Dutron. "Mais nous ne faisons pas ces enquêtes seuls. Le screening est réalisé dans le cadre de l’Autorité de sécurité nationale et nous avons des partenaires à la police. C’est un travail énorme, mais indispensable".
"Nous avons longtemps été naïfs"
“Dans le passé, nous avons très longtemps été naïfs", estime Stéphane Dutron. "Nous ne voyions plus la menace et pensions que tout pouvait continuer tranquillement. Mais ce n’était hélas pas le cas. Maintenant nous prenons moins de risques. L’augmentation des vérifications vient peut-être du fait que nous sommes plus alertes que les années passées".
Après les attentats dans notre pays, il est devenu clair que "la menace peut être omniprésente". L’an dernier, quelque 500 autorisations de sécurité ont ainsi été retirées à des personnes qui se sont avérées impropres à travailler dans le secteur de la Défense.
Prudence avec les applications populaires chinoises
Le Service général du renseignement et de la sécurité met aussi en garde contre des applications populaires chinoises, comme Shein ou Temu. "Ces applications permettent à certains pays - dans ce cas la Chine - de rassembler de nombreuses données. Ce qui leur donne un grand avantage", explique Stéphane Dutron.
"Les gens révèlent beaucoup dans leur comportement d’achat. Avec l’aide de l’intelligence artificielle, ces pays tentent alors d’en déduire certaines tendances grâce auxquelles ils peuvent mener des campagnes ciblées. C’est un grand danger. Les gens doivent donc être prudents avec ce qu’ils proposent sur ces plateformes".
Le SGRS voit d’ailleurs le nombre de campagnes de désinformation et de cyberattaques augmenter. "Elles servent à perturber les services publics ou des hôpitaux et à semer la peur dans notre société". Ce genre d’attaques provient en grande partie de Russie, mais aussi d’autres grandes puissances comme la Chine et l’Iran, précise encore Stéphane Dutron.
