La Croix-Rouge de Flandre a mis au point une méthode pour fabriquer un sérum de culture à partir de plaquettes humaines. Cette technique permet de valoriser les plaquettes périmées et de remplacer l’actuel sérum de veau fœtal utilisé pour la culture de cellules et le développement de médicaments, vaccins et traitements.
La Croix-Rouge recycle les plaquettes périmées en sérum de croissance pour la recherche médicale
Chaque année, la Croix-Rouge de Flandre collecte quelque 35.000 concentrés de plaquettes. Elles sont d’une importance capitale pour les patients souffrant d’un cancer, de maladies du sang ou qui subissent une transplantation d’organes. Mais ces concentrés de plaquettes ne peuvent être conservés que cinq jours, explique le directeur de la recherche scientifique à la Croix-Rouge de Flandre Hendrik Feys. "Environ 3 à 5% doivent donc être détruits. C'est pourquoi nous avons cherché comment éviter ce gaspillage".
L'organisation a ainsi mis au point un produit biotechnologique : un sérum de culture à partir de plaquettes humaines. "L'une des propriétés les plus importantes des plaquettes est qu'elles favorisent la croissance des tissus", précise Hendrik Feys. "Actuellement, c'est le sérum de veau fœtal qui est souvent utilisé, mais la manière de l'obtenir n'est pas respectueuse des animaux. Avec cette nouvelle technique, le sérum reste dans l'industrie pharmaceutique et non dans l'industrie de la viande."
Ponction cardiaque sur des veaux morts
Pour obtenir le sérum de veau fœtal, quelque 1,5 à 2 millions de vaches gestantes sont abattues chaque année en Amérique du Sud, le sérum étant extrait du cœur du veau. "De nombreuses questions éthiques se posent à ce sujet", souligne Hendrik Feys. "Le fœtus bovin est considéré comme un déchet (...) et nous ne savons absolument pas si les animaux sont abattus respectueusement."
Dans le secteur de la biotechnologie, on recherche donc déjà de longue date une alternative au sérum de veau fœtal, notamment pour le développement de nouveaux vaccins et de l’immunothérapie, précise Feys. "Les plaquettes humaines périmées regorgent de nutriments utiles à la croissance des cellules". On fait ainsi d’une pierre deux coups : éviter de jeter des plaquettes humaines périmées et remplacer le sérum de croissance d’une manière qui soit respectueuse pour les animaux.
Aujourd'hui, la Flandre peut produire environ 200 litres de sérum à partir de plaquettes périmées. L'objectif est de poursuivre le développement afin d'en produire davantage. "Pour les thérapies cellulaire et génique, c'est suffisant pour la Flandre, mais pour le développement de vaccins, nous avons besoin de plus", précise Hendrik Feys. En outre, les Pays-Bas, l'Islande et les États-Unis seraient déjà intéressés par le nouveau sérum, ajoute la Croix-Rouge de Flandre.
La Croix-Rouge est aussi un centre de recherche
"Avec cette innovation, la Croix-Rouge de Flandre donne le bon exemple", réagissait le ministre flamand du Bien-être animal, Ben Weyts. "Il est de notre devoir d’éviter toute souffrance animale là où c’est possible. En Flandre, nous sommes heureusement pionniers en matière de bien-être animal mais aussi en biotechnologie".
La Croix-Rouge de Flandre mène depuis près de 20 ans des recherches scientifiques sur les plaquettes sanguines, les dons de sang et de plasma, mais aussi sur les premiers secours et l’importance du travail des bénévoles. "Nous avons décidé de développer une grande expertise pour nous distinguer des organisations humanitaires de grands pays et avoir ainsi un impact international", explique l’administrateur délégué Philippe Vandekerckhove.
"Il y avait un besoin criant de recherche dans ces domaines. Le sang est bien analysé dès qu’il arrive à l’hôpital, mais les étapes qui précèdent sont peu connues. Beaucoup d’ONG travaillent selon une certaine tradition ou des habitudes, mais sans fondement scientifique".
"La Croix-Rouge de Flandre a trois centres de recherche et publie chaque année les résultats de 15 à 20 projets de recherche dans des revues scientifiques", précise Vandekerckhove. "Ce sont des revues publiques, afin que les organisations humanitaires en Afrique, par exemple, puissent immédiatement travailler avec les résultats de nos études. Cela nous rend assez unique en tant qu’organisation humanitaire dans le monde".
