La violence s'est non seulement à nouveau intensifiée dans la bande de Gaza la semaine dernière, mais également en Cisjordanie où la colonisation par Israël s'intensifie. Freja Haak, coordinatrice médicale chez Médecine pour le Peuple, a pu constater sur place que les civils palestiniens ont de plus en plus de mal à se rendre dans les centres médicaux. "Les attaques de l'armée israélienne et des colons s'intensifient et les routes sont de plus en plus souvent bloquées".
Une médecin belge témoigne : "La colonisation israélienne en Cisjordanie bloque l'accès des Palestiniens aux soins médicaux"
Le 21 janvier, deux jours après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza, Israël a lancé une offensive militaire intensive dans le nord de la Cisjordanie occupée. Pendant ce temps, l'armée a rasé des zone entières dans les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarm et Nur Shams. Israël va occuper également les trois camps de réfugiés au cours de l'année à venir.
La violence s'intensifie en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, jour de l'attaque de l'organisation extrémiste palestinienne Hamas contre Israël. Mais récemment, les attaques par les colons protégés par l’armée se sont intensifiées et les routes sont de plus en plus souvent bloquées. En conséquence, les civils palestiniens ont de plus en plus de mal à accéder à l'aide médicale.
L'anversoise Freja Haak l'a constaté elle-même, la semaine dernière. Elle est médecin généraliste et coordinatrice médicale nationale de Médecine pour le Peuple. Elle est également affiliée au parti PTB-PVDA.
Les Palestiniens ne peuvent pas se déplacer librement en Cisjordanie
"La colonisation par Israël s'intensifie", a déclaré, ce mardi, Freja Haak dans l'émission "De ochtend" sur Radio 1 (VRT). "Les attaques sont très diverses. D'un côté, il y a l'armée israélienne, qui est très agressive aux barrages routiers et aux checkpoints. D'autre part, il y a ce qui s’est passé pour le réalisateur du documentaire "No other land", Hamdan Ballal : les colons attaquent les Palestiniens dans leur village". Blessé, après l’attaque d’un groupe de colons contre sa maison, le réalisateur palestinien a été arrêté par des militaires israéliens.
Freja Haak voulait notamment se rendre à Tubas, un village du nord, mais n'y est pas parvenu. "La route y menant était complètement fermée. L'armée israélienne avait envahi le village, la route principale était complètement défoncée, mais les colons avaient également envahi l'autre côté du village. Ils ont attaqué des Palestiniens et les ont chassés de leurs maisons".
En raison de toutes ces attaques, l'accès aux soins de santé pour les civils palestiniens est donc également devenu très limitée, souligne Freja Haak. Les Palestiniens peuvent difficilement se déplacer librement en Cisjordanie.
800 barrages routiers permanents en Cisjordanie
"Ils ont des difficultés à se rendre dans les centres médicaux, principalement à cause des barrages routiers. Pour vous donner une idée : la Cisjordanie est deux fois plus grande que la province d'Anvers et il y a au total plus de 800 barrages routiers permanents. L'armée israélienne y est présente, les armes pointées sur les voitures qui passent. Un trajet de 45 minutes dure 2,5 heures à l'aller. À ces barrages, les armes sont constamment pointées sur le conducteur. Et sur le chemin du retour de Naplouse et d'Hébron (vers Ramallah), nous avons passé plus de 5 heures sur la route".
Cette situation est particulièrement dangereuse pour les personnes ayant besoin d'une assistance médicale urgente. Parfois, la route est également fermée, sans présence militaire. Les gens sont souvent arrêtés à un barrage et pris en charge par une autre voiture, ce qui est le moyen le plus rapide pour se déplacer. Mais si vous avez une crise cardiaque ou si vous devez accoucher... le temps de franchir un tel barrage, il est trop tard. Autour d'Hébron, par exemple, toutes les routes, sauf une, sont fermées. Personne ne peut entrer ni sortir de la ville.
Pourtant, des médecins et des volontaires tentent de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour fournir une forme minimale de soins médicaux aux civils palestiniens. Ils y parviennent de deux manières.
"Dans un cabinet de médecine générale situé dans un quartier, une petite salle d'opération a été installée. Il y a aussi beaucoup de volontaires, de jeunes étudiants, qui suivent des cours de réanimation et de premiers secours et transmettent ces connaissances aux enfants dans les écoles".
La solidarité et la résistance des Palestiniens sont énormes.
Freja Haak, coordinatrice médicale nationale chez Médecine pour le peuple.
"C'est ainsi que j'ai rencontré une jeune femme : Houda. Elle donne aujourd'hui des cours de premiers secours et de réanimation cardio-pulmonaire. L'armée israélienne avait envahi l'école de son frère. Un garçon y a reçu une balle dans la jambe pour avoir parlé trop durement aux militaires. Personne ne pouvait plus entrer dans l'école et les jeunes devaient s'entraider".
Freja Haak estime qu'il est extrêmement important, à ce stade, de témoigner de ce qu'elle a vu sur place. "Les récits des Palestiniens sur les familles, les amis et les soignants qui ont dû à nouveau subir de lourdes attaques à Gaza me touchent en tant que personne et en tant que soignante", dit-elle. "La solidarité et la résistance des Palestiniens sont énormes. Ils ne vont pas abandonner leur terre. Ils ont le courage de continuer à se battre et à survivre".
La CIJ a demandé à Israël de mettre fin à sa présence dans les territoires occupés
En juillet 2024, la Cour internationale de Justice (CIJ) a rendu un jugement historique déclarant que l'occupation israélienne des territoires palestiniens était illégale. Cela signifie que non seulement certains aspects de l'occupation, comme la colonisation ou la politique discriminatoire en matière de permis de construire, mais aussi l'occupation dans son ensemble, sont illégaux.
Selon la Cour, la politique d'Israël en Cisjordanie et à Jérusalem-Est est contraire au droit international et Israël se rend également coupable de ségrégation et d'apartheid. Dans un avis non contraignant, la CIJ a conclu qu'Israël et d'autres États sont donc juridiquement obligés de mettre fin immédiatement à l'occupation. Israël a ignoré cet avis et conteste la compétence de la CIJ sur ce sujet.
