Si, aujourd'hui, garçons et filles reçoivent la même éducation dans notre pays, cela n'a pas toujours été le cas par le passé. La Bruxelloise Isabelle Gatti de Gamond a voulu changer les choses et a fondé la première école secondaire laïque pour jeunes filles en Belgique. Mais qui était cette pédagogue féministe ? C'est le sujet que nous propose de découvrir l’hebdomadaire BRUZZ dans sa rubrique Big City.
Isabelle Gatti de Gamond, fondatrice de la première école laïque pour jeunes filles à Bruxelles
Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.
Isabelle Gatti de Gamond est née à Paris en 1839, mais sa famille s'est installée à Bruxelles lorsqu'elle avait cinq ans. Bien que sa famille n'ait pas toujours résidé en Belgique, Isabelle est retournée à Bruxelles à l'âge de 22 ans pour y travailler comme professeur particulier et traductrice.
Entre 1862 et 1864, Gatti de Gamond dirige la revue "L'Éducation de la Femme", où elle pose les fondements de son projet éducatif en faveur de l'émancipation des femmes. Son objectif est de toucher tous les niveaux d'enseignement et de s'adresser à toutes les femmes, quelle que soit leur condition ou leur origine.
Son projet pédagogique contraste profondément avec l'éducation qui était dispensée jusqu’alors aux jeunes filles. En effet, après l'école primaire, les filles de la bourgeoisie pouvaient fréquenter des écoles privées et onéreuses, destinées à les préparer à leur futur rôle de mère et d'épouse mais l’accent n'était pas mis sur le développement intellectuel. En revanche, des matières comme la couture, le chant, la danse et la religion étaient considérées comme essentielles.
Autorisation de la Ville de Bruxelles
En 1864, Isabelle Gatti de Gamond obtient l'autorisation du conseil communal de la Ville de Bruxelles de créer une école secondaire pour jeunes filles, afin de réaliser son programme éducatif.
En octobre 1864, le premier Cours d'Éducation pour jeunes filles ouvre ses portes sous son égide, rue du Marais à Bruxelles. Il s'agit de la première institution d'enseignement non confessionnel pour filles en Belgique. L'établissement ne dispense pas d'enseignement religieux, mais se concentre sur les sciences, les mathématiques, les langues modernes et classiques, ainsi que sur l'éducation physique. Ce "Cours d'éducation A" rencontre un grand succès.
En raison de son succès, deux autres écoles furent bientôt ouvertes à Bruxelles, l'une dans la rue de la Paille et l'autre dans la rue de Gravelines.
En 1948, son école sera renommée "Lycée royal Gatti de Gamond" et deviendra l'Athénée royal Isabelle Gatti de Gamond en 1976, avec l'introduction de la mixité.
Engagement féministe
Son modèle éducatif se répandit également dans d'autres communes belges. Isabelle Gatti de Gamond ouvrit ainsi la voie à de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Marie Popelin, la première femme docteure en droit de Belgique ou Marie Janson, la première femme belge à devenir membre du Sénat.
Par ailleurs, Gatti de Gamond a continué à innover dans le domaine de l’éducation en rédigeant des manuels scolaires et en formant sa propre équipe d’institutrices.
En 1899, Isabelle Gatti de Gamond prend sa retraite après une carrière d'enseignante de 35 ans. Elle meurt à Uccle en 1905. Elle est enterrée au cimetière du Dieweg, où sa sépulture est toujours visible.
Isabelle Gatti de Gamond est devenue, au cours de sa vie, une figure de proue du féminisme belge et, par la fondation de sa propre école, un symbole de l'enseignement bruxellois. On la surnomme parfois la mère des féministes belges.
