Il y aura désormais en Belgique une "coordinatrice nationale dans la lutte contre les abus sexuels dans l'Église catholique". Il s'agit de Jessika Soors, désignée par la fondation Dignity, une fondation d'utilité publique créée par l'Église pour gérer les signalements de victimes de violences sexuelles de la part de responsables religieux, a annoncé mercredi la Conférence des Évêques de Belgique.
L'Église désigne l'ex-députée Jessika Soors, coordinatrice nationale de la lutte contre les violences sexuelles
Jessika Soors, 36 ans, a été brièvement députée Groen à la Chambre, avant de démissionner en 2020 pour rejoindre le cabinet de la secrétaire d'État à l'Égalité des genres et des chances de l'époque, Sarah Schlitz. Elle y était directrice politique. Elle est ensuite passée à l'administration flamande, travaillant "pour le gouvernement flamand sur la reconnaissance des communautés religieuses locales", selon le communiqué de la fondation Dignity. Elle a précédemment été, durant 6 ans, la responsable "déradicalisation" à la ville de Vilvorde, à un moment où la localité avait un réel problème de jeunes radicalisés choisissant de partir pour la Syrie.
Son rôle sera de "coordonner et de mettre en œuvre de manière indépendante la politique de l'Église catholique" en matière de lutte contre les violences sexuelles, indique Dignity. Elle sera ainsi, dans les mots de l'archevêque de Malines-Bruxelles Luc Terlinden, "une figure clé de notre plan d'action renouvelé dans la lutte contre les abus sexuels dans les relations pastorales". Un plan d'action "renforcé" auquel travaille actuellement l'Église, en dialogue, souligne-t-elle, avec les victimes et les autorités politiques.
"Je suis convaincu (...) qu'elle continuera à développer notre politique de tolérance zéro, en collaboration avec les survivants, le gouvernement et les autres partenaires sociaux concernés", ajoute le primat de Belgique au sujet de la coordinatrice.
Groupe consultatif des victimes
Jessika Soors prendra ses fonctions le 10 mars. Elle sera le point de contact central en ce qui concerne l'action de l'Église en matière de lutte contre les violences sexuelles, que ce soit pour le gouvernement ou la société civile. La Fondation Dignity prévoit aussi de créer un "groupe consultatif des victimes".
Dernièrement, le dossier des violences sexuelles dans les paroisses et les institutions, scolaires et autres, gérées par des religieux a refait l'actualité: la chambre du conseil de Bruxelles a constaté ce mois-ci l'extinction de l'action publique dans l'Opération Calice, le nom donné à l'enquête démarrée en 2010 à ce sujet. Comme attendu, il n'y aura donc pas de "mégaprocès" visant des dizaines de prêtres ou religieux ainsi que leurs supérieurs qui ont fermé les yeux: la plupart des suspects du dossier sont décédés, ont déjà été condamnés ou sont soupçonnés de faits trop anciens.
137 recommandations qui serviront de boussole
Parallèlement, une commission d'enquête parlementaire a analysé sous la législature précédente la manière dont sont gérées les violences sexuelles, au sein et en dehors de l'Église. Ses recommandations, au nombre de 137, "serviront de boussole", souligne Jessika Soors, citée par Dignity. "Mon ambition est de mettre en œuvre une approche multidisciplinaire qui réponde aux besoins des victimes. Nous mènerons cette politique de manière proactive", ajoute-t-elle.
Une nouvelle commission d'enquête parlementaire se penche actuellement sur le parcours judiciaire de l'Opération Calice, pour éclaircir d'éventuels dysfonctionnements dans la gestion de cette enquête exceptionnellement longue (plus de 14 ans) et émaillée de batailles de procédure.
La Fondation Dignity, créée par l'Église dans la foulée d'une première commission parlementaire (2010-2011), a notamment servi ces dernières années à octroyer des dédommagements financiers à des victimes signalant des faits qui sont prescrits sur le plan juridique.
