Même s'ils ont contracté l'infection au début de la pandémie, il y a 5 ans, 5 % des patients Covid (1 sur 20), présentant une perte de l'odorat, ne perçoivent toujours plus les odeurs. Cependant, il existe encore une possibilité de rétablissement tardif. C'est ce qui ressort d'une étude de l'UZ Leuven.
1 patient sur 20, souffrant de perte de l'odorat à cause du Covid, ne perçoit toujours presque plus les odeurs
Natascha Tielemans a perdu le goût et l’odorat en 2020 à la suite d'une grave infection au Covid-19. Elle a retrouvé le goût après un an, mais son odorat est toujours absent.
"Je ne sens toujours rien du tout. Avec les odeurs fortes, comme l'eau de Javel ou le vinaigre, je ressens un picotement dans le nez et l'air semble plus lourd, mais avec les odeurs moins fortes, je ne ressens rien du tout".
Ce qui me manque le plus, c'est l'odeur de mes enfants lorsque je leur fait un câlin.
Natascha Tielemans a perdu le goût et l’odorat en 2020.
"Au début, j'étais encore positive et confiante que mon odorat reviendrait. Mais après tous les examens et tests, je commence peu à peu à perdre espoir", explique Natascha.
"Cela a également un impact important sur ma vie quotidienne. Est-ce que nos vêtements sentent encore bon, les serviettes, les garnitures de sandwichs... ? Je dois tout le temps demander à mes enfants de tout sentir".
"Ce qui me manque le plus, c'est l'odeur de mes enfants lorsque je leur fait un câlin. Mais même les mauvaises odeurs commencent à me manquer."
Espoir de guérison
Natascha n'est pas la seule à ne pas avoir récupéré son odorat, ou à ne pas l'avoir récupéré complètement. La clinique de l'odorat et du goût de l'UZ Leuven a suivi 203 patients atteints de perte d'odorat entre 2021 et 2024.
"L'anosmie est un symptôme courant de l'infection au coronavirus . Surtout au début de la pandémie, mais même aujourd'hui, il y a encore des gens qui n'ont pas retrouvé l'odorat", explique Laura Van Gerven, spécialiste ORL (UZ Leuven).
"Dans la grande majorité des cas, l'odorat revient automatiquement dans les trois mois. Mais 5 à 10 % des patients en souffrent plus longtemps."
Les patients infectés par le coronavirus ont plus de chances de se rétablir que les patients souffrant d'autres causes de perte d'odorat.
Laura Van Gerven, médecin spécialiste ORL et professeur à l'UZ Leuven/KU Leuven.
On ne sait pas encore comment cela se produit.
"Nous ne connaissons pas encore le mécanisme exact de cette perte d'odorat. C'est pourquoi il est très difficile de mettre au point un traitement."
"La bonne nouvelle, c'est que les patients infectés par le coronavirus ont plus de chances de se rétablir que les patients souffrant d'autres causes de perte d'odorat, telles qu'un traumatisme crânien, une sinusite chronique ou une grippe". En effet, d'autres virus peuvent également être à l'origine d'une perte d'odorat.
"Notre étude a montré que chez 80 % des patients infectés par le coronavirus, l'odorat se rétablit partiellement, même deux ou trois ans après l'infection. En revanche, pour d'autres virus ou maladies qui provoquent une perte d'odorat, nous sommes un peu plus pessimistes, s'il n'y a toujours pas d'amélioration après un an."
Nouveau traitement
La recherche sur la perte d'odorat et de goût s'est toutefois accélérée depuis la pandémie de Covid-19. "Nous avons pris conscience, que dans la société, le fait de ne rien sentir est un problème qui a un impact important sur les gens", explique le professeur Laura Van Gerven.
"À l'UZ Leuven, avant le Covid-19, il n'existait même pas de service spécifique où les patients souffrant de perte d'odorat pouvaient se rendre. Nous avons donc créé la clinique du goût et de l'odorat en septembre 2021 et avons commencé à chercher comment mieux diagnostiquer, traiter et suivre ces patients. Entre-temps, les recherches sur la perte d'odorat se multiplient".
L'espoir réside dans une nouvelle thérapie qui consiste à prélève du sang chez le patient et après l’avoir centrifugé, on conserve alors les plaquettes. En effet, les plaquettes sont essentielles dans ce traitement car ce sont des structures riches en facteur de régénération. Le plasma sera ensuite injecté à l’aide d’une seringue dans les sillons olfactifs, ces espaces étroits en forme de fente contenant la muqueuse olfactive. Les études cliniques montrent pour l'instant de bons résultats initiaux.
Pour Natascha, la possibilité de bénéficier d'une telle injection est encore à l'étude. En attendant, elle doit espérer que l'entraînement à l'odorat pourra l'aider.
L'étude de l'UZ Leuven est publiée (en anglais) dans la revue scientifique Rhinology.

