Il y a 100 ans, le pionnier de l'aviation Edmond Thieffry se lançait dans une aventure audacieuse : à bord d'un avion mis à sa disposition par la compagnie aérienne Sabena, il décollait de Haren pour Léopoldville, la capitale du Congo belge. Le voyage durera pas moins de 51 jours, mais le 3 avril 1925, Edmond Thieffry et ses deux compagnons atteignent l'aéroport de Ndolo. La première liaison aérienne Belgique-Congo est un fait et notre pays est le premier à réussir la traversée du Sahara. La réussite de ce vol inaugural constitue une étape majeure dans le développement de l'aviation belge.
Il y a 100 ans, Edmond Thieffry réalisait le premier vol vers le Congo, une avancée majeure pour l'aviation belge
La plaque commémorative apposée sur sa maison natale, dans la commune bruxelloise d'Etterbeek, donne une idée de qui était Edmond Thieffry. Bien qu'ayant fait des études de droit, il s'est surtout fait connaître comme pilote, notamment pendant la Première Guerre mondiale.
Il réussit quelques coups d'éclat en survolant Bruxelles occupée et en larguant des drapeaux avec un message, notamment au-dessus de sa maison natale, mais aussi de celle de sa fiancée, avec le message "à ma tendre fiancée". En tant que pilote de chasse, il a également réussi à abattre plusieurs avions allemands.
Le trimoteur à hélices était un bombardier reconverti en avion de transport.
Bernard Hanin-Thieffry, petit-fils d'Edmond Thieffry
Après la Première Guerre mondiale, Thieffry prête serment comme avocat, mais il reste impliqué dans l'aviation. En 1923, il est l'un des fondateurs de la compagnie aérienne Sabena, qui tombera en faillite un peu moins de 80 ans plus tard. Entre-temps, il travaille sur un plan visant à établir une liaison aérienne entre notre pays et sa colonie, le Congo belge.
En 1925, il obtient l'autorisation du gouvernement pour le vol audacieux vers Léopoldville, l'actuelle Kinshasa. La Sabena fournit un appareil : un Handley Page W8f, un avion trimoteur à hélices. "Il s'agissait en fait d'un bombardier reconverti", explique Bernard Hanin-Thieffry, petit-fils d'Edmond Thieffry. "Il n'était pas destiné au transport de passagers, mais transportait du carburant et de la nourriture en plus de l'équipage".
L'avion sera baptisé "Princesse Marie-José", du nom de la fille du roi Albert Ier. Edmond Thieffry pouvait d'ailleurs compter sur le soutien du roi, qui était proche de lui.
Un vol historique
Le 12 février 1925, le Princesse Marie-José décolle de l’aéroport de Haren. Sa destination est N'Dolo, un terrain situé à Leopoldville (actuelle Kinshasa) qui est alors utilisé comme aéroport. Edmond Thieffry sert de navigateur, son compagnon Leopold Roger est pilote et le mécanicien est Joseph De Bruycker.
Le vol passe par Marseille (Sud de la France), Oran et Colomb-Bechar (Algérie), Gao (Mali), Fort-Lamy (l’actuelle Ndjamena au Tchad), Bangui (République Centrafricaine) et Coquilhatstad (l’actuelle Mbandaka en République Démocratique du Congo). Le projet de couvrir les 8 000 kilomètres entre la Belgique et le Congo en 7 jours ne sera pas réalisé en raison des conditions météorologiques et de pannes.
Normalement, ils volaient à une altitude maximale de 2.000 mètres, mais au-dessus du désert, c'était jusqu'à 2.500 mètres : pour éviter les tempêtes de sable.
Bernard Hanin-Thieffry, petit-fils d'Edmond Thieffry
A cinq reprises, le Princesse Marie-José doit effectuer un atterrissage d'urgence. À un moment donné, une hélice de l'avion se casse. Par deux fois, Thieffry et son entourage se perdent dans le désert.
"Dans ce type d'appareil, le pilote est placé à l'extérieur, dans un cockpit ouvert, exposé à la pluie et au vent", explique Bernard Hanin-Thieffry, petit-fils d'Edmond Thieffry. "Cela rendait la situation très difficile. Normalement, ils volaient à une altitude maximale de 2.000 mètres, mais au-dessus du désert, c'était jusqu'à 2.500 mètres : pour éviter les tempêtes de sable."
Ci-dessous le plan de vol d'Edmond Thieffry vers le Congo :
Ils atterrissent à Léopoldville le 3 avril 1925, après un voyage de 8 200 kilomètres qui aura duré finalement 51 jours. Ils sont accueillis en héros. "Une foule immense s'est rassemblée", raconte Bernard Hanin-Thieffry. "Beaucoup voulaient toucher l'avion. Pour éviter que quelqu'un ne se blesse, ils ont été obligé de couper les moteurs", ajoute-t-il.
Les Belges ont été les premiers à réussir la traversée du Sahara, avant leurs rivaux français ou britanniques. Dès son retour en Belgique, Thieffry a été accueilli en héros. Il a même reçu des félicitations du roi Albert Ier.
Un précurseur
Le vol d'Edmond Thieffry a initié une relation aérienne de plusieurs décennies entre notre pays et le Congo, et par extension vers l' Afrique.
Ce n'est qu'en 1935 que la Sabena établit une liaison régulière entre la Belgique et le Congo. Le trajet dure alors plusieurs jours. Ce premier vol est effectué avec un Fokker F VII, baptisé "Edmond Thieffry", en mémoire du pionnier décédé entre-temps dans un accident au Congo belge.
Les vols africains de la Sabena rapportent beaucoup d'argent et de prestige à la compagnie. Lors de l'indépendance du Congo en 1960, la compagnie aérienne évacue quelque 35 000 compatriotes en 18 jours.
Brussels Airlines emprunte toujours la même route pour se rendre à Kinshasa que celle empruntée par mon grand-père il y a 100 ans.
Bernard Hanin-Thieffry, petit-fils d'Edmond Thieffry
La Sabena est alors une compagnie à la solide réputation, surtout en ce qui concerne ses vols à destination et en provenance de l'Afrique. Après sa faillite en 2001, Brussels Airlines, qui lui a succédé, perpétue encore aujourd'hui cette tradition. L'Afrique occupe encore une place stratégique pour Brussels Airlines. La compagnie opère 56 vols hebdomadaires entre Bruxelles et l'Afrique durant la saison estivale, dont un vol direct quotidien vers Kinshasa.
"Brussels Airlines emprunte toujours la même route pour se rendre à Kinshasa que celle empruntée par mon grand-père il y a 100 ans", a déclaré Bernard Hanin-Thieffry.
Une fin tragique
Edmond Thieffry tentera encore à deux reprises en 1928 de rejoindre le Congo à bord d'un petit avion de sport. Sa première tentative échoue à Philippeville, dans la province de Namur, la seconde à Montpellier, dans le sud de la France. Entre-temps, il envisage également de mettre en place un service aérien intérieur dans la colonie. C'est au cours d'un vol d'essai dans l'est du pays qu'il perd la vie dans un crash, en compagnie d'un collègue pilote, près du lac Tanganyika."
Edmond Thieffry avait 36 ans. "On a retrouvé son corps près du lac", raconte Bernard Hanin-Thieffry.
En 1932, sa commune d'origine, Etterbeek, lui a rendu hommage en lui érigeant une statue. Aujourd'hui, la rue Aviateur Thieffry (Vlieger Thieffrystraat) se trouve à proximité. Edmond Thieffry n'a pas non plus été oublié lors de la construction du métro bruxellois, puisqu'il a eu droit à sa propre station de métro sur la ligne 5, à Etterbeek.

