Soixante-cinq policiers travaillaient sous couverture l'an dernier pour infiltrer le milieu criminel, d’après les chiffres du parquet fédéral. Il s'agit du chiffre le plus élevé de ces dernières années. Mais pourquoi a-t-on davantage recours à des agents d’infiltration, et que font-ils exactement ?
L'an dernier, la justice belge a eu recours à un nombre record d'agents infiltrés pour des enquêtes
D’après diverses sources d’information, le chiffre élevé d’agents "undercover" en 2024 proviendrait de la demande accrue faite par des enquêteurs étrangers. Pour ces derniers il est parfois aussi nécessaire d’engager des agents infiltrés belges dans des enquêtes sur des dossiers internationaux qui se déroulent dans notre pays.
Certaines sources de VRT NWS évoquent aussi comme explication "les bons résultats de l’équipe d’infiltration", ce qui engendre des demandes supplémentaires. Dans les dossiers concernant de grandes bandes criminelles, des observations et la mise sur écoute de conversations téléphoniques ne suffisent pas pour infiltrer les cercles les plus élevés.
Le recours à des agents infiltrés est strictement encadré et n'est possible que pour des délits graves. Il s'agit d'un "dernier recours" lorsque toutes les autres méthodes de recherche ont été épuisées. L'ensemble des demandes est examiné par des commissions spéciales au sein du parquet fédéral et y fait l'objet d'une surveillance étroite.
Le parquet ne peut révéler comment une mission est allouée ni comment elle est surveillée étant donné qu’il s’agit de procédures très confidentielles.
Ci-dessous: l'évolution du nombre d'infiltrations en Belgique
Du pêcheur à l’assassin
Les agents sous couverture travaillent principalement dans le cadre de dossiers relatifs au trafic d'armes ou de drogue. Les opérations menées par les agents infiltrés demeurent secrètes même après qu’elles aient été menées à bien, afin de garantir pleinement leur sécurité et leur anonymat.
L’une des infiltrations les plus longues qui ait été menées est l’opération Balatum, en 1993 et 1994. Un agent "undercover" y a infiltré le milieu des pêcheurs à Zeebrugge (Flandre occidentale). Des pêcheurs étaient en effet soupçonnés d’importer du hashish depuis l’Espagne et le Maroc. Résultat : une prise en flagrant délit et la condamnation d’une vingtaine de personnes.
Dans les années 2000, des enquêteurs infiltrèrent pendant des années le réseau tissé autour de Janus van Wesenbeeck, qui était à l’époque le plus grand baron de la drogue au Benelux. Van Wesenbeeck a d’ailleurs servi de modèle pour le personnage de Ferry Bouman dans la série télévisée 'Undercover', dans laquelle Tom Waes (photo) tient le rôle d’un agent infiltré.
Il y a aussi des infiltrations de courte durée. Dans les années 2000, un homme voulait arranger l’assassinat de sa femme depuis la prison où il était incarcéré. Il entra en contact avec un tueur à gages auquel il commanda le meurtre. Mais le tueur était en fait un agent infiltré…
Dans l’enquête sur un jeune homme de 21 ans néonazi, originaire d’Opwijk, qui voulait commettre un attentat contre une mosquée, un agent s’est fait passer pour un marchand d’armes qui pouvait vendre une arme au jeune. L’infiltration fut de courte durée. Le procès du jeune homme a d’ailleurs débuté ce vendredi à Bruxelles.
