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'The untitled images' de l'artiste allemand-syrien Khaled Barakeh

Une exposition au MAS d'Anvers explore la valeur universelle et les différents visages de la compassion

Compassion, pitié, commisération, bienveillance, solidarité, charité : autant de mots qui expriment un sentiment altruiste, la capacité de faire preuve d’empathie pour un autre être vivant. Ressentir ou montrer de la compassion est propre à l’être humain de tous les temps, dans toutes les cultures et religions, et se manifeste sous de multiples facettes. L’exposition "Compassion " qui est à voir jusqu’au 31 août au Museum aan de Stroom (MAS) à Anvers nous rappelle, à l’aide d’objets et ustensiles mais aussi d’œuvres d’art venus des quatre coins du monde, combien la bienveillance est universelle. Depuis la figure du Bon Samaritain jusqu’à la “Piéta” de Berlinde De Bruyckere. Elle aborde également les aspects négatifs de la compassion. L’art contemporain d’Ai Weiwei, Berlinde De Bruyckere et Stephan Vanfleteren nous incitent en effet à réfléchir aux questions actuelles qui entourent ce thème.

Anne François Kristien Bonneure
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"La compassion est plus que jamais actuelle et nécessaire. C’est une caractéristique profondément humaine qui peut grandir et être encouragée", estime Vera De Boeck, la curatrice de l’exposition au MAS. Le Musée ethnographique, anthropologique et maritime inauguré en 2011 dans l’ancien port d’Anvers explore ce thème à l’aide d’ustensiles, d’ornements et d’œuvres d’art provenant de nombreuses cultures et époques de l’histoire. Car la compassion est apparemment une valeur universelle.

On entre dans l’exposition en passant par un nuage de mots dans de multiples langues qui expriment tous plus ou moins la même chose : être à l’écoute des besoins des autres, aspirer à aider les autres. Appelez cela miséricorde, charité, pitié, bienveillance, empathie, solidarité ou compassion.

Une œuvre de Brueghel représentant les sept œuvres de miséricorde, une estampe japonaise montrant comment aider les malades, une sculpture congolaise représentant une femme généreuse, un moulin à prières tibétain avec un mantra de compassion ou une boîte de collecte maçonnique. Pièce par pièce, elles illustrent la volonté de l'homme d'aider les autres. L’exposition propose aussi de la musique et des histoires sur ce thème. Ainsi que des interviews de la photographe gantoise Lieve Blancquaert : elle a demandé à de nombreux témoins ce que veut dire "compassion" pour eux (vidéo ci-dessous).

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Interviews de Lieve Blancquaert: "Que signifie 'compassion' pour eux?"

Les scientifiques ont découvert que l’empathie tire ses racines dans la biologie, dans les neurones miroirs. "Nous en sommes câblés. C’est lié à notre évolution, nous ne pouvons pas faire autrement. Il y a donc une explication scientifique au fait que la compassion existe à toutes les époques et dans toutes les cultures. Mais l’être humain éprouve le besoin d’y donner un sens, dans le contexte de sa culture. Nous avons essayé de montrer cela", indique Vera De Boeck.

L’exposition donne beaucoup d’exemples de la charité pratique : du bol de porridge historique pour les orphelins à un ensemble de boîte de collecte de toutes les confessions. Et tous ces appels à la solidarité que nous recevons dans nos boîtes aux lettres ? L’artiste Annita Smit en a fait une bouée de sauvetage colorée exposée au MAS.

Une armoire montrant les 7 oeuvres de miséricorde de la Bible

Une belle armoire antique (photo ci-dessus) est ornée de scènes illustrant les sept œuvres de miséricorde de la Bible : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les pèlerins, assister les malades, visiter les prisonniers et ensevelir les morts. Le Pape François y a ajouté une 8e œuvre : prendre soin de la planète.

Le photographe courtraisien Stephan Vanfleteren a interprété le thème de la compassion à sa manière, avec une série de photos noir ou sépia et blanc qui montrent avec beaucoup de discrétion la douleur humaine. Avec "Misericordia", Vanfleteren a voulu "montrer les plus faibles dans une sorte de forme abstraite, pour faire appel à l’imagination".

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Vidéo: 'Misericordia', les œuvres de clémence de Stephan Vanfleteren

Pourquoi aidons-nous un autre être humain ? Est-ce de l’altruisme pur ou cela cache-t-il autre chose ? Pour obtenir une vie meilleure après la mort? Ce sont des aspects de la compassion que l’exposition examine également. Pour faire réfléchir les visiteurs, explique Vera De Boeck. Entre tous objets et les œuvres d’art, on rencontre des dilemmes difficiles à résoudre. Sa propre faute ou son destin? Aider préventivement ou pas ? Charité ou justice ? Et que se passe-t-il si les points de vue s'opposent ? Lorsque les idéaux sont irréalisables ?

Pour trouver de l’inspiration, les humains ont toujours cherché de bons exemples : des saints, des dieux, bodhisattvas (ceux qui font vœu de suivre la voie de Bouddha). Ou les Prix Nobels, comme le médecin congolais Denis Mukwege ou la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai.

Le Bon Samaritain (1881) - Ferdinand Hodler

Une figure centrale et fictive est le Bon Samaritain de la Bible. "Complètement dépourvu d’intérêt personnel, il aide quelqu’un qui n’appartient pas à son propre groupe", explique la curatrice. Pas étonnant qu’il soit si souvent représenté dans les œuvres d’art.

"Les œuvres d’art historiques sont souvent directives, alors que les artistes contemporains proposent au contraire une réflexion critique sur le manque de compassion, cette valeur pourtant profonde et universelle", indique Vera De Boeck.

L’artiste et militant Ai Weiwei a représenté les situations vécues par des réfugiés, sur des vases de porcelaine chinois empilés. Une construction très fragile.

L’artiste chinois Ai Weiwei expose au MAS un totem constitué de plusieurs vases de porcelaine empilés. Au lieu de les décorer de fleurs et d’animaux, il montre en bleu et blanc des scènes de camps de tentes, de petites embarcations, de réfugiés portant des sacs sur le dos. "C’est une accusation du manque d’humanité envers les réfugiés", précise De Boeck.

La Pièta de Berlinde De Bruyckere

L’exposition offre beaucoup de matière à réflexion et empathie. C’est certainement le cas dans une salle comprenant trois versions du thème de la piéta - le mot italien pour "pitié". Il y a la représentation classique de la Vierge Marie tenant le corps sans vie de son fils Jésus sur les genoux (une toile du 18e siècle) et une Piéta datant de 2008 de l’artiste gantoise Berlinde De Bruyckere, un corps fragile en cire supporté par des coussins (photo ci-dessus).

A leurs côtés pend une œuvre de l’artiste allemand d’origine syrienne Khaled Barakeh (voir la photo en tête de l’article). Il a retravaillé une photo de la guerre en Syrie, celle d’un homme qui porte son enfant mort dans les bras. L’enfant n’est plus visible, il a littéralement été découpé de la photo. "Il ne faut pas beaucoup de texte pour expliquer cette œuvre", souffle Vera De Boeck.

L’exposition "Compassion " et ses multiples visages est à voir au MAS à Anvers jusqu’au 31 août 2025.

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