Divers hôpitaux ont constaté depuis la crise du coronavirus une forte augmentation du nombre d'enfants et d'adolescents admis aux urgences après une tentative de suicide, pour des idées noires ou encore de graves comportements d'automutilation, rapporte ce jeudi le quotidien De Standaard. L’information a été confirmée par les hôpitaux à la rédaction de VRT NWS.
Divers hôpitaux voient une "hausse inquiétante" des tentatives de suicide chez les adolescents
Toute personne ayant des idées suicidaires peut contacter la ligne d'écoute du Centre de Prévention du Suicide au 0800 32 123 (elle est anonyme, gratuite et disponible 24h/24). Plus d'infos sur www.preventionsuicide.be.
En néerlandais, la Zelfmoordlijn offre une écoute gratuite au numéro d’appel 1813 ou via zelfmoordlijn1813.be. Les jeunes peuvent aussi s’adresser au service Awel via le numéro 102, ou en ligne via awel.be .
En 2018, le nombre d'appels au Centre Antipoison concernant une tentative de suicide chez des jeunes de moins de 15 ans était de 413. En 2021, il culminait à 543. Pour 2023, les chiffres les plus récents, il s'agit de 501 appels.
Au cours de la même période, les appels concernant des tentatives de suicide chez les adultes ont diminué. Il ne s'agit toutefois que de la partie visible de l’iceberg, estime Patrick De Cock, le porte-parole du Centre Antipoison. Tout le monde s'accorde pour dire que la pression sur les services d'urgence résulte des listes d'attente en santé mentale.
Radar, une organisation qui vient en aide aux enfants et aux jeunes dans ce domaine et qui travaille en étroite collaboration avec les urgences de l'hôpital gantois UZ Gent, dit également constater que la demande d'aide a considérablement augmenté.
Des chiffres
Une enquête menée par le quotidien De Standaard auprès de l’UZ Gent, de l’hôpital ZAS Antwerpen, de l’AZ Delta Roeselare, de l’hôpital universitaire bruxellois UZ Brussel et de l’UPC de la KU Leuven à Louvain aboutit à la même conclusion : un nombre croissant de mineurs d’âge arrivent aux urgences à la suite d’une tentative de suicide ou d’une automutilation grave. A l’hôpital anversois ZAS, ce nombre est passé de 440 en 2018 à 678 en 2024.
A l’hôpital psychiatrique UPC KU Leuven (photo) de Louvain, le nombre d’arrivées de jeunes de 15 à 18 ans présentant des idées suicidaires ou ayant fait une tentative de suicide est passé de 72 en 2018 à 130 l’an dernier.
"La plupart sont des adolescents un peu plus âgés, du groupe de 15 à 18 ans", indique le pédopsychiatre Daniel Neves Ramos de l’hôpital ZAS Antwerpen. "Mais il y a aussi un groupe d’enfants de 13-14 ans. Et ces dernières années nous voyons aussi des enfants de 10 à 12 ans qui tentent de se donner la mort, ce qui est inquiétant".
Neves Ramos explique ce phénomène par les listes d’attente pour obtenir des soins appropriés. "Malgré tous nos efforts, nous ne voyons les jeunes que dans une phase assez avancée. Ils viennent aux urgences après une longue recherche dans le système ambulant (des soins médicaux en-dehors d’une hospitalisation), où ils ne trouvent pas de place et une aide limitée".
"Ici à Anvers, nous savons que pratiquement tous les cabinets de soins ambulants auxquels des psychiatres sont affiliés ont dû refuser les nouveaux patients l’an dernier. Endéans l’année, il n’est pratiquement plus possible d’obtenir des soins ambulants chez un pédopsychiatre. A un certain moment, le trop-plein émotionnel déborde et des parents viennent avec leur enfant chercher de l’aide aux urgences".
Les dangers du comportement copycat
Le fait que les problèmes mentaux puissent être plus facilement discutés est une bonne chose, estimait le pédopsychiatre Erik Schoentjes (UZ Gent) au micro de l’émission "De ochtend" sur Radio 1 (VRT). Mais cela contribue à augmenter le nombre de demandes de soins. Schoentjes voit aussi que de plus en plus de jeunes sont confrontés avec des choses stressantes et complexes dans leur entourage.
Les réseaux sociaux peuvent avoir une influence négative, mais le spécialiste ne veut pas généraliser. "Ils permettent aussi aux jeunes d’entrer en contact avec des pairs ou des travailleurs sociaux".
"Je pense que la société est devenue nettement plus compliquée pour les jeunes. Ils se font beaucoup de soucis à propos de leur avenir", indique Daniel Neves Ramos. "Via les réseaux sociaux, ils sont moins protégés de ce type d’informations". Il met en garde contre les dangers du comportement copycat, encouragé par les réseaux sociaux.
"Il y a 6 mois, un jeune s’est suicidé. Jusqu’à aujourd’hui, nous voyons venir des jeunes qui l’avaient connu via les réseaux sociaux. Ils reconnaissent que le fait d’avoir lu ce qui lui était arrivé a ravivé leur propre souffrance. Autrefois, on pouvait mieux protéger les jeunes, par exemple en demandant aux médias de ne pas rapporter un suicide".
Interdire les réseaux sociaux aux enfants ?
La ministre flamande au Bien-être Caroline Gennez (photo) se dit choquée par les chiffres. Elle lance un nouveau plaidoyer pour l’interdiction des réseaux sociaux aux enfants. Le gouvernement flamand veut investir davantage ces prochaines années dans le bien-être mental. "Le fait que même des enfants de l’école primaire aient des idées noires et veulent s’automutiler doit tous nous inquiéter. L’accès à une aide psychologique facilement abordable est crucial, tout comme un encadrement suffisant à l’école".
"Mais nous devons oser regarder plus loin, chercher pourquoi les enfants et les jeunes se sentent mal. Et alors nous ne pouvons, selon moi, pas ignorer les réseaux sociaux. L’âge moyen auquel un enfant se crée un compte sur les réseaux est 8 ans. Il leur permet immédiatement de se comparer à des millions de pairs", souligne Caroline Gennez. Elle rappelle aussi les effets négatifs du cyberharcèlement, des idéaux de beauté irréalistes et de la violence pure véhiculés par les réseaux sociaux.
