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La curatrice Ching Lin Pang est membre de l'une des familles de restaurateurs chinois placées au centre de l'exposition

L'exposition "Bonheur familial" au musée Red Star Line raconte l'histoire de la communauté chinoise d'Anvers

Les Chinois du monde entier célébraient mercredi 29 janvier le Nouvel an lunaire et l'entrée dans l'Année du Serpent. Ce n’est donc pas un hasard si le musée Red Star Line - installé depuis 2013 le long du Rijnkaai à Anvers, dans trois entrepôts historiques et halls de départ de la compagnie maritime du même nom - inaugurait le 30 janvier une exposition temporaire consacrée à l’histoire de la communauté chinoise d’Anvers. C’est l’une des plus anciennes et des plus grandes de Belgique, comprenant entre 30.000 et 40.000 habitants d’origine chinoise. “Bonheur familial” met trois familles de restaurateurs chinois au centre de son récit, puisque le "Chinatown" d’Anvers s’est développé autour des restaurants qui ont ouvert leurs portes à partir des années 1950. La curatrice de l’exposition, Ching Lin Pang, fait partie de l’une de ces familles. L’exposition, à voir jusqu’au 4 mai, propose aussi des œuvres d’artistes contemporains.

Anne François
Publié:

La communauté chinoise d'Anvers joue un rôle important dans la vie économique et culturelle de la ville portuaire flamande. Le Chinatown anversois se situe près de la gare centrale, dans la rue Van Wesenbekestraat, remplie de restaurants, supermarchés et centres culturels chinois. L’exposition temporaire "Bonheur familial" au musée Red Star Line (dont l’un des thèmes centraux est l’immigration) met notamment en évidence comment cette communauté s’est développée autour de quelques restaurants - à commencer par le China West - qui ont ouvert leurs portes dans ce quartier et fait venir de la main d’œuvre de Chine et Hong Kong.

Au centre de l’exposition figure donc l'histoire de trois familles pionnières et de leurs restaurants. Ces familles ont initié la Belgique à la cuisine non occidentale à partir des années 1950 et ont joué un rôle crucial dans le secteur local de l’Horeca. Les visiteurs font connaissance avec les familles grâce à leurs archives personnelles, leurs témoignages et les nouvelles œuvres du photographe Vincen Beeckman.

L'une des photos de l'exposition "Bonheur familial"

La famille Pang

L’une des ces trois familles de restaurateurs chinois est celle de la commissaire invitée de l’exposition temporaire, Chin Lin Pang. Aujourd’hui anthropologue, enseignant aux universités d’Anvers et de Louvain (KULeuven), elle quitta Hong Kong avec sa famille en 1969, à l’âge de 6 ans, pour s’installer à Anvers. "Mon père était parti deux ans plus tôt déjà, pour apprendre le métier au restaurant China West à Anvers", racontait Pang à Radio 2.

Ce restaurant n’existe plus aujourd’hui, mais attira au 20e siècle de nombreux Chinois qui voulait ouvrir un restaurant dans la métropole anversoise. "Une première vague de migrants chinois arriva au début du 20e siècle et s’établit avant tout dans le Schipperskwartier d’Anvers, parce qu’il s’agissait surtout de matelots", expliquait Ching Lin Pang. "La deuxième vague de migrants à beaucoup à voir avec le restaurant China West".

Trois ans sans un jour de congé

En 1970, la famille Pang reprit le restaurant Nam Fong à Deurne. "Les trois premières années ont été marquées par un travail très intense, même pour nous les enfants", racontait Ching Lin Pang. "Entre 1970 et 1973, le restaurant était ouvert tous les jours de midi à 4h du matin. Je me souviens encore très bien de notre premier jour de congé. Toute la famille est allée au zoo d’Anvers".

Le cuisinier Yip dans la cuisine du restaurant Nam Fong de la famille Pang

Les enfants de la famille allaient à l’école, faisaient leurs devoirs et puis aidaient leurs parents dans le restaurant. "Il n’y avait aucun moment libre pour jouer ou nous détendre. Mais nous avons fait du restaurant notre propre plaine de jeu. J’y ai appris comment couper des légumes à la perfection et je peux désosser n’importe quel poulet", précise Pang.

Bonheur Familial

Le titre de l'exposition fait référence non seulement à l'importance des relations socio-économiques entre les membres d'une famille chinoise d'une génération à l'autre. Mais aussi au rôle social que le restaurant chinois a fini par jouer à Anvers en tant que "restaurant familial" pour les clients flamands, à travers les générations.

"Bonheur familial" est aussi le nom d’un plat spécifique de la cuisine de Chine méridionale. C’est un sauté composé de viande, poisson, tofu et divers légumes. Grâce à la richesse des ingrédients, chaque membre de la famille y trouve son bonheur.

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Reportage VRT NWS sur l'expo au musée Red Star Line

Des artistes contemporains

Grâce à l’exposition temporaire, Ching Lin Pang espère faire mieux découvrir la communauté chinoise d’Anvers. Ce n’est pas par hasard que "Bonheur familial" ouvrait ses portes au lendemain du Nouvel An chinois. "Beaucoup de gens connaissent les restaurants chinois, mais on n’a fait peu de recherches sur l’histoire de notre communauté".

L'histoire des trois familles de restaurateurs chinois est racontée au travers d'interviews et de documents issus des archives familiales. Le photographe Vincen Beeckman a aussi capturé en images les familles et leurs restaurants.

Bien entendu, les relations étroites entre les entrepreneurs chinois et le secteur de la restauration ne se limitent pas à Anvers. L’exposition propose aussi des œuvres des artistes sino-belges Sarah Yu Zeebroek, Atang et Yingda Dong. Les œuvres de l'artiste visuelle Von Hyin Kolk, basée à New York, traitent des tensions et des idiosyncrasies de son existence multiculturelle. Dans son œuvre, elle s'inspire de son expérience de fille d'immigrés sino-américains.

L’exposition "Bonheur familial " (‘Familiegeluk’ en néerlandais) est à voir au musée Red Star Line jusqu’au 4 mai 2025.

Montevideostraat 3, à 2000 Anvers.  Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 17 h.

Le musée Red Star Line

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