L'année dernière, 20 724 personnes originaires de pays hors UE ont obtenu un visa pour venir dans notre pays dans le cadre du regroupement familial. C'est le chiffre le plus élevé depuis plus de dix ans. Sur la table des négociateurs d’un potentiel nouveau gouvernement fédéral figure un durcissement des conditions du regroupement familial. Or, celles-ci sont déjà très strictes. "La procédure nous a coûté des milliers d'euros et m'a causé du stress tous les jours".
Nombre record de visas accordés pour regroupement familial : "une procédure stressante qui coûte des milliers d’euros"
"Les retrouvailles avec mes parents ont été très émouvantes", raconte Ikram, un jeune Afghan de 19 ans. Il est arrivé en Belgique en 2021. Ses parents et ses frères et sœurs n'avaient pas pas pu l’accompagner. Lorsqu'il a été reconnu comme réfugié en 2022, il a demandé le regroupement familial pour eux.
"La procédure pour les faire venir aura duré un an et demi. Il ne se passait pas un jour sans stress. Mon père et ses frères ont tous servi dans l'armée, je savais donc qu'ils n'étaient pas en sécurité depuis que les talibans avaient pris le pouvoir en Afghanistan. C'était difficile pour moi d'arriver dans un nouveau pays avec une langue différente sans mes parents".
Augmentation du nombre de regroupements familiaux avec des réfugiés
L'année dernière, 1 visa sur 4 a été délivré à des membres de la famille d'un réfugié. Au total, 5 700 personnes étaient concernées, soit 2 000 de plus qu'en 2023.
Cette augmentation intervient alors que le nombre de demandeurs d'asile arrivant dans notre pays a augmenté pendant trois années consécutives. Un plus grand nombre de personnes ont donc été reconnues comme réfugiés. Les personnes bénéficiant d'une protection sont autorisées à rester dans notre pays et peuvent entamer une procédure de regroupement familial avec leur partenaire et/ou leurs enfants mineurs.
Les membres de la famille de réfugiés ne représentent donc qu’une partie du regroupement familial. L'année dernière, 20 724 personnes originaires de pays hors UE ont obtenu un visa au titre du regroupement familial, selon les chiffres de l’Office des étrangers.
Conjoint à l’étranger
Un autre groupe important est constitué par les membres de la famille des travailleurs migrants. En d'autres termes, il s'agit de personnes qui viennent travailler en Belgique à la demande d'un employeur et qui ne veulent pas vivre séparées de leur famille.
En outre, les Belges peuvent également accueillir des membres de leur famille originaires de pays hors UE. Il peut s'agir d'un enfant issu d'une relation avec une personne qui n'est pas un citoyen de l'UE. Ou encore d’une relation entre un Belge et un ressortissant d'un pays tiers et désireux de vivre ensemble.
L'année dernière, 6 000 personnes ont reçu un visa pour venir vivre avec un Belge. Ce groupe est également en augmentation. Il y a 2 ans, il s’agissait d’environ 5 000 personnes.
La procédure était tellement compliquée que j'ai dû demander l'aide d’un avocat.
Luc a fait venir son partenaire en Belgique.
Luc Vernaillen a fait venir son partenaire, un médecin indien, il y a deux ans. La procédure a été épuisante, dit-il. "Il nous a fallu au moins un an pour réunir tous les documents nécessaires. Nous sommes tous deux hautement qualifiés. Je pensais donc qu'il serait facile de nous marier et de vivre ensemble en Belgique. Mais l'administration était tellement compliquée que j'ai dû demander l'aide d'un avocat".
Conditions strictes
Faire venir un membre de sa famille par le biais du regroupement familial ne se fait pas n'importe comment. Par exemple, le demandeur doit disposer en Belgique d'un revenu stable supérieur à 120 % du revenu minimum, ainsi que d'un logement suffisamment grand.
Les réfugiés bénéficient d'une exception à cette règle la première année de leur permis de séjour. Mais s’ils ne remplissent pas la demande à temps, ils tombent alors sous le coup des conditions strictes.
Bien entendu, les demandeurs doivent également prouver qu'ils sont bien leur partenaire, leur enfant ou leur parent. L'un des moyens d'y parvenir est de présenter un certificat de mariage ou de naissance. "Ces documents n'ont pas suffi dans notre cas. Nous avons tous dû subir un test ADN" explique le jeune Afghan, Ikram.
Un certificat médical est également obligatoire, attestant que le membre de la famille qui voyage est en bonne santé. "Le médecin le plus proche reconnu par l'ambassade de Belgique et pouvant délivrer ce certificat se trouvait à Calcutta. À près de 1 000 km de l'endroit où vivait mon mari", explique Luc.
Pour un document, mon mari a dû parcourir 1 000 km jusqu'à Calcutta, pour un autre cachet jusqu'à New Delhi, 2 000 km dans l'autre sens.
Luc a fait venir son partenaire en Belgique.
En outre, tous les documents devaient être légalisés, ce que l'on appelle en Belgique une "copie certifiée conforme". Mais en Inde, ils ne le savent pas. En fin de compte, il s'est avéré qu'il n'y avait qu'un seul bureau gouvernemental capable d'apposer un cachet aussi spécifique. Ce bureau se trouve à New Delhi, à 2 000 km dans l'autre direction.
Des milliers d'euros de frais
Demander tous ces documents, les faire traduire par un traducteur assermenté et les légaliser coûte de l'argent. "Rien que pour les tests ADN, nous avons dû débourser environ 3 000 euros", explique Ikram.
"En outre, les frais de déplacement étaient également très élevés. Ma famille a dû se rendre au Pakistan pour déposer sa demande de regroupement familial, car il n'y a pas d'ambassade en Afghanistan. Un visa pour se rendre au Pakistan coûte environ 1 000 euros par personne".
"Mes parents et mes frères et sœurs sont restés au Pakistan tout au long de la procédure. Mais les Afghans n'y sont pas en sécurité, et ils ont eu du mal à en sortir. Ils ont également été victimes de discrimination et ont dû payer un loyer plus élevé parce qu'ils sont afghans".
Les coûts dépassent parfois 10 000 euros. Pour ce prix, on peut faire venir quelqu'un clandestinement.
Benoit Dhondt, avocat spécialisé en droit de l'immigration.
Les montants énumérés par Ikram ne sont pas une exception, selon l'avocat spécialisé en droit de l'immigration Benoit Dhondt. "Lorsqu'il s'agit de réunir une famille et un réfugié, les coûts dépassent parfois 10 000 euros. Pour ce prix, on peut faire venir quelqu'un clandestinement".
"Nous voyons des réfugiés mineurs non accompagnés qui arrêtent prématurément leurs études pour travailler afin de payer les frais", explique Astrid Declercq, experte en regroupement familial au Centre fédéral de migration Myria. "Il arrive même que des réfugiés n'entament pas la procédure ou l'interrompent au bout d'un certain temps parce que les coûts sont devenus trop élevés".
Intégration
Néanmoins, Mme Declercq estime que le regroupement familial est important pour l'intégration des nouveaux arrivants. "Tant que les gens sont séparés de leur famille, il est beaucoup plus difficile pour eux de s'intégrer ici. Ils se préoccupent alors principalement de leur femme, de leurs enfants ou de leurs parents qui sont restés au pays, souvent dans une situation dangereuse".
Ikram partage cet avis. "Lorsque mes parents étaient encore en Afghanistan, je n'arrivais pas à me concentrer à l'école. Je suis des cours d'économie et de mathématiques et j'aimerais obtenir mon diplôme cette année".
Luc se souvient également qu'à un moment donné, son mari a commencé à douter de la possibilité d'un tel projet de regroupement. "Il nous a fallu un an pour réunir tous les documents nécessaires. Ensuite, nous avons dû attendre la décision pendant six mois supplémentaires, dans l'incertitude. Cela nous a coûté beaucoup de temps et d'argent. Ajoutez à cela le stress dû à l'incertitude".
Le regroupement familial est un droit. Personne ne veut être séparé de sa famille pour toujours.
Benoit Dhondt, avocat spécialisé en droit de l'immigration.
"Le regroupement familial est un droit", conclut M. Declercq. "Si la procédure est trop coûteuse ou trop difficile, les membres de la famille chercheront d'autres moyens de venir ici. Personne ne veut être séparé de sa famille pour toujours".
Qui est autorisé à venir ici dans le cadre du regroupement familial ? Quelles sont les conditions ?
Une personne de nationalité non européenne peut faire venir en Belgique trois catégories de membres de sa famille : (1) le conjoint ou le partenaire cohabitant légal (2) les enfants mineurs (3) si le demandeur est mineur, les parents sont éligibles.
Dans certains cas, d'autres membres de la famille tels que les frères, les sœurs ou les grands-parents peuvent également venir. Ils reçoivent alors un visa humanitaire et ne sont donc pas pris en compte dans ces chiffres.
En outre, les conditions sont strictes. La personne en Belgique doit notamment prouver qu'elle peut subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, avec un revenu stable et suffisamment élevé. Actuellement, il s'agit d'au moins 2 089 euros nets par mois. En outre, le logement doit être suffisamment grand.
Les réfugiés reconnus bénéficient d'une exception : au cours de la première année suivant leur reconnaissance, ils ne sont pas tenus de remplir ces conditions strictes.
Depuis des années, le regroupement familial est la principale raison de l'immigration dans notre pays. Chaque année, de nombreux citoyens de l'UE viennent également dans notre pays dans le cadre du regroupement familial. Ils ne doivent pas demander de visa et ne sont donc pas inclus dans ces chiffres.

