Le juge d'instruction doit rouvrir l'enquête sur les tueries du Brabant - qui ont fait 28 victimes mortelles entre 1982 et 1985 -, a décidé lundi la Chambre des mises en accusation de Mons. L'information, rapportée lundi par le quotidien Het Nieuwsblad, a été confirmée par Kristiaan Vandenbussche, l'avocat des enfants d'une des victimes, et par le parquet fédéral. Cette victime, abattue, obtient un acte d’enquête supplémentaire en rapport avec le numéro d’immatriculation d’une voiture qui pourrait avoir appartenu à l’un des coupables.
L'enquête sur les tueries du Brabant va être rouverte, pour une plaque d'immatriculation suspecte
En juin 2024, le parquet fédéral avait décidé de clore l'enquête sur les tueries du Brabant, ouverte depuis plus de 40 ans, étant donné qu’aucun acte d'enquête actif ne pouvait encore être posé dans le dossier. Les parties civiles avaient toutefois la possibilité de demander des actes d'enquête supplémentaires à la chambre du conseil. Plusieurs parties l'ont fait et la chambre des mises en accusation a décidé lundi qu'une des requêtes devait être traitée.
Selon Kristiaan Vandenbussche, il existe une piste qui n'a jamais fait l'objet d'une enquête. Georges De Smet, le père de ses clients, avait été pris en otage par des braqueurs dans le parking d'un supermarché d'Alost (Flandre orientale), avant d'être tué d'une balle dans la tête. Deux témoins avaient pris note de la plaque d'immatriculation des malfaiteurs au moment des faits, d'après l'avocat.
"Le carnet a ensuite été remis à la police et s'est retrouvé dans le dossier", a-t-il déclaré. "Mais cette piste n'a pas fait l'objet d'une enquête plus approfondie. Nous avons maintenant une lueur d'espoir que quelque chose va finalement se passer", a-t-il ajouté. Le parquet fédéral indique qu'un travail va à présent être mené sur les nouveaux actes d'instruction. Une nouvelle audience est prévue en mars à la chambre des mises en accusation de Mons.
D'autres demandes d'actes d'enquêtes supplémentaires seront traitées à ce moment-là. En 1982-83 puis en 1985, des individus masqués et lourdement armés ont commis des braquages meurtriers dans des grandes surfaces du Brabant wallon et du Brabant flamand et ont tué 28 personnes.
Plaque d’immatriculation jamais examinée
L’attaque du supermarché à Alost avait été perpétrée par des personnes circulant dans une Golf Volkswagen de couleur sombre et une Mercedes de couleur claire. Deux frères âgés de 7 et 9 ans avaient vu passer ces deux voitures ensemble à Opwijk (Brabant flamand), deux heures avant l’attaque à Alost. Elles roulaient très vite. Des hommes habillés en noir et à l’air suspect étaient assis dans les véhicules, selon les enfants.
Lorsqu’ils virent les images de l’attaque le soir au journal télévisé, les frères avertirent immédiatement leur père de ce qu’ils avaient vu. Ce dernier se rendit au commissariat de police. Mais les témoins n’ont jamais été interrogés. L’une des plaques d’immatriculation avait été retracée et appartenait apparemment à une firme. Les enquêteurs n’ont jamais contacté cette firme ni tenté de savoir qui était au volant de la voiture, explique l’avocat Kristiaan Vandenbussche.
Les tueurs du Brabant sont connus pour avoir changé les numéros d’immatriculation des véhicules qu’ils utilisaient, pour engager les enquêteurs sur une fausse piste, avaient argumenté les enquêteurs. "Mais une plaque d’immatriculation qui a été vue deux heures avant les faits n’est peut-être pas fausse", estime l’avocat des enfants de Georges De Smet.
Deux jours après l’attaque sur le supermarché d’Alost, une Golf incendiée était retrouvée. Elle a été examinée par les enquêteurs, mais il n’est pas certain que ce soit la Golf utilisée pour l’attaque. "Les tueurs ont peut-être essayé d’induire les enquêteurs en erreur". Les enfants De Smet sont allés en appel auprès de la Chambre des mises en accusation de Mons. Elle leur a donné raison.
Une enquête supplémentaire sera menée à propos de cette voiture. "L’affaire Dutroux a été résolue sur base d’un demi numéro de plaque d’immatriculation", rappelle Vandenbussche. "Ici on dispose du numéro complet et il n’a même pas donné lieu à des recherches !".

