Le sucre roux ou cassonade, plutôt appelé vergeoise en France, évoque pour nombre d’entre nous des souvenirs quelques peu nostalgiques de l’enfance. Il faut dire que les crêpes tartinées de cassonade sont un classique dans les familles belges. Mais ce que peu de gens savent, c’est que ce sucre non raffiné trouve son origine dans la capitale belge. Il y est aussi appelé "kinnekessuiker" en néerlandais, ou ‘sucre des enfants’, en raison du visage souriant d’un petit garçon qui orne depuis plus de 70 ans les paquets de cassonade. Saviez-vous que derrière ce dessin se cache un vrai gamin bruxellois ?
La cassonade, ou "sucre des enfants", a-t-elle été inventée dans une raffinerie bruxelloise ?
Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.
La cassonade - un sucre de canne ou de betteraves légèrement brun mélangé à du sirop résiduel de la cristallisation du sucre - est actuellement produite par la Raffinerie Tirlemontoise. La célèbre fabrique de sucre de Tirlemont (Brabant flamand) est la seule à produire cette cassonade depuis 1953, l’année où elle reprit la raffinerie de la famille bruxelloise Graeffe, installée à Molenbeek.
Bien que le logo sur les paquets soit celui de la Raffinerie Tirlemontoise, le produit est encore toujours appelé ‘Cassonade Graeffe’, par respect pour son inventeur et la tradition. Le nouveau fabriquant a également conservé le concept du paquet d’origine, bien connu des consommateurs, orné du visage d’un petit garçon souriant qui va mordre dans une grande tartine couverte de cassonade.
Mais qui était la famille Graeffe ? Né en 1818 dans une famille de drapiers allemands, Karl Gräffe immigra dans son enfance à Bruxelles avec ses parents. Son père y travailla comme boulanger, ce qui explique peut-être l’intérêt du jeune Karl pour le sucre. Charles Graeffe - il francisa son nom - travailla d’abord comme employé de banque. A l’âge de 40 ans, il ouvrit une petite usine de sucre dans le rue de Manchester, à Bruxelles. Un pari risqué, souligne le site internet de la Raffinerie Tirlemontoise , car l’industrie sucrière n’était pas encore très développée à l’époque.
Bien que la culture de betteraves sucrières se situe avant tout en région rurale, les raffineries s’installèrent au 19e siècle plutôt dans un cadre urbain. De nombreuses usines et entreprises de transformation alimentaire étaient déjà installées à Molenbeek, la commune bruxelloise où Charles Graeffe érigea sa raffinerie, le long du canal. Ce dernier facilitait le transport des marchandises.
Un entrepreneur innovateur
Graeffe était un entrepreneur visionnaire, qui produisait non seulement de la façon la plus artisanale possible, mais qui veillait aussi à procurer à son personnel les meilleures conditions de travail. Il lui donnait congé le dimanche et rendit visite à ses ouvriers malades pendant les épidémies de choléra et de variole. Il les soutint même pendant les grèves pour de meilleures conditions de travail, déclarant : "Je sais que les travailleurs ont une vie bien plus dure que la mienne".
L’usine Graeffe prospéra rapidement et deux des fils de Charles s’impliquèrent dans l’entreprise. A trois, ils expérimentèrent et tentèrent d’élargir les possibilités du produit sucré. En chauffant du sucre en poudre avec le sirop résiduel (mélasse) issu de l’essorage du sucre de betterave et en ajoutant du sucre glace au mélange quand il refroidit, Graeffe obtint une nouvelle sorte de sucre légèrement roux de consistance moelleuse. Une deuxième cuisson permet de le rendre brun foncé.
La cassonade connut un succès immédiat. Elle était mangée sur des crêpes, dans du riz au lait ou sur les tartines, comme le petit garçon dont le visage orne le paquet depuis plus de 70 ans. Elle est aussi utilisée pour la préparation des biscuits spéculoos, une autre spécialité belge.
En 1953, l’entreprise Graeffe fut rachetée par la Raffinerie Tirlemontoise. Le nom du produit resta inchangé, en raison de sa valeur sentimentale. Le petit gamin connu sur l’emballage y figure toujours également. A l’origine, il s’agissait du dessin d’un garçon qui mord dans une tartine couverte de cassonade. Le dessin connut des modifications au fil des ans. Dans les années 1980, la Raffinerie opta pour la photo de Christophe Castellano, un joyeux garçonnet habitant la commune bruxelloise de Schaerbeek. C’est encore toujours sur son visage que se base l’illustration actuelle des paquets de cassonade qui sortent de la Raffinerie de sucre de Tirlemont.
Regardez ci-dessous la vidéo réalisée par BRUZZ.
