Une équipe internationale dirigée par des scientifiques de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et de l’Université Libre néerlandophone de Bruxelles (VUB) a passé trois semaines au cœur des montagnes Belgica en Antarctique oriental, dans le cadre de l’expédition BELARE, et découvert pas moins de 115 météorites pesant plus de 2 kg au total, dont certaines sont très rares. Les scientifiques ont également récolté des milliers de micrométéorites. Tout ce matériel, qui peut notamment fournir des informations sur la naissance et le développement de la Terre et d’autres planètes, sera envoyé au Musée des Sciences naturelles à Bruxelles pour y être analysé et classifié. Les plus belles météorites seront ensuite exposées pour le public.
Une équipe dirigée par des chercheurs belges récolte 115 météorites en Antarctique
L'équipe a pris part à l'expédition (2024-2025) de la BELgian Antarctic Research Expedition (BELARE), composée de chercheurs des universités bruxelloises VUB et ULB et de l'Institut de Recherche pour le Développement en France. Elle s'est rendue dans la région isolée des montagnes Belgica en Antarctique, à plus de 300 km de la station polaire Princesse Élisabeth. Cette zone était inexplorée par des scientifiques belges depuis les années 1960.
Outre les 115 météorites - des roches provenant de planètes, astéroïdes et comètes vieilles de milliards d’années, qui sont tombées dans notre atmosphère et n’ont pas complètement brûlé -, l'équipe a également collecté des milliers de micrométéorites, des particules de poussière cosmique ainsi que des échantillons de glace et de roche.
Parmi les météorites découvertes figurent des achondrites, représentant des manteaux planétaires, et des chondrites carbonées, qui constituent les météorites les plus primitives. De par leur composition, celles-ci ressemblent au matériau d'origine de la nébuleuse solaire, l'énorme nuage de gaz et de poussière qui a formé le système solaire il y a environ 4,6 milliards d'années.
"Chaque nouvelle (micro)météorite que nous trouvons est un vestige des premières années de notre système solaire. Selon son type, elle peut nous fournir des réponses spécifiques sur la formation des planètes autour du soleil. Elle fournit une pièce essentielle du puzzle que nous essayons de reconstituer", souligne le professeur Steven Goderis de la VUB.
Les découvertes faites au cours de cette expédition sont impressionnantes, indique Steven Goderis. "Nous avons trouvé certains exemplaires rares. Un pallasite par exemple". Ce type de météorite contient des informations "sur la différenciation planétaire et les collisions qui ont eu lieu dans le jeune système solaire, et dans d'autres fragments, nous trouvons des molécules prébiotiques nécessaires à l'évolution de la vie", ajoute la professeure Vinciane Debaille de l'ULB.
"Nous avons aussi trouvé des chondrites carbonées qui peuvent nous en apprendre davantage sur l’arrivée de l’eau dans les océans. Nous savons en effet qu’il n’y avait pas d’eau au début sur la terre".
Les montagnes Belgica
La chaine de montagnes Belgica a été découverte à la fin des années 1950 lors de l’expédition menée par le Belge Gaston de Gerlache et a été baptisée du nom du navire d’expédition, le Belgica. Pour Steven Goderis, il s’agissait du sixième voyage en Antarctique. Une expédition particulièrement difficile cependant.
"Pendant trois semaines, nous sommes restés dans les montagnes, avec des températures autour de -25° Celsius. La nuit, il faisait encore plus froid. Dès 20h, le soleil disparaissait derrière les montagnes. Il ne nous restait qu’à nous mettre sous la tente dans deux sacs de couchage. Le plus difficile est de ne jamais parvenir à se réchauffer".
Aucune expédition belge récente ne s’était aventurée dans cette région reculée de l’Antarctique, précise le professeur Goderis. Le pôle Sud est connu pour sa neige éternelle, sa glace et ses pingouins, mais aussi pour ses météorites. "60% des météorites qui sont tombées sur la terre ont été retrouvées dans l’Antarctique. C’est dû au courant de la glace, qui ramène les météorites en certains endroits".
"Mais il est aussi facile de retrouver les météorites dans la neige blanche. Le grand avantage est également que le froid de l’Antarctique les conserve bien. D’autre part, les météorites sont protégées par le Traité sur l’Antarctique, qui stipule que seule la recherche scientifique est autorisée sur ce continent. En d’autres endroits de la terre, les gens cherchent des météorites. Sur l’Antarctique, ils ne peuvent le faire".
Les météorites seront envoyées à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique à Bruxelles pour être décongelées avec précaution, conservées et classifiées en détail, après quoi elles seront mises à disposition des équipes de recherche concernées ainsi que de la communauté scientifique internationale, précise les deux universités bruxelloises. Les plus belles pièces seront également exposées au public.

