La photographe originaire de Hasselt, Mies Cosemans, présente une nouvelle exposition sur la vie dans la section réservée aux femmes de la prison de Hasselt (Limbourg). Intitulée "Fragmenten uit Sectie 80" (Fragments de la Section 80), cette exposition rassemble des photographies accompagnées de déclarations et d'extraits des longues conversations qu'elle a eues avec une douzaine de détenues.
La photographe Mies Cosemans nous plonge dans l'univers carcéral de la prison pour femmes de Hasselt
Mies Cosemans n'en est pas à son coup d'essai. Il y a deux ans, elle avait déjà réalisé un projet photographique avec huit détenus sur la vie en prison. Les hommes avaient eu l'occasion de prendre eux-mêmes des photos, et le résultat avait été présenté lors d'une exposition destinée à leurs amis et à leur famille. "On entre dans un autre monde. Après ce projet, j'ai ressenti le besoin, en tant que personne extérieure, mais aussi en tant que femme et mère, de capturer cette vie en images", explique Mies Cosemans.
L'administration pénitentiaire autorisé Mme Cosemans à réaliser sa propre série de clichés. Pendant six mois, elle s'est rendue à la prison toutes les deux semaines. La prison de Hasselt accueille entre 40 et 50 femmes sur un total de 600 détenus. Avec 12 d'entre elles, la photographe a eu de longues heures de conversation.
"Il s'agit d'un groupe très restreint, mais aussi très vulnérable", explique Mies Cosemans. "Souvent, elles ont eu elles-mêmes une enfance difficile. Elles ont été victimes de négligence ou d'abus sexuels. Leur parcours n'a pas été facile avant qu'elles ne se retrouvent en prison. On ne minimise pas les actes qu'elles ont commis, mais quelque part, on comprend leur situation".
C’est cette notion que Cosemans souhaite transmettre à travers ses photographies. "Elles sont déjà jugées par la société et le système, mais il est parfois intéressant de découvrir l’histoire qui se cache derrière ce groupe. Une femme m’a fait remarquer que, détenues entre quatre murs ou pas, nous sommes tous des êtres humains."
Tous les jours se ressemblent
La photographe alterne ses clichés avec des paroles des détenues. "Je voulais comprendre comment la vie se déroule dans cet autre monde. Je n’étais pas nécessairement intéressée par leur passé ou par ce qu’elles ont commis, mais ces éléments reviennent très souvent dans nos discussions."
Elle a également abordé avec elles ce que signifie perdre le contrôle de sa propre vie. "Chaque aspect de leur vie au sein de ces murs est réglé. Elles sont réveillées à une heure précise et leur repas leur est apporté. Parfois, elles peuvent travailler ou faire du sport, mais souvent, les portes des cellules restent fermées, et elles se retrouvent seules. Ces activités créatives et sportives, organisées par des associations comme Rode Antraciet, sont extrêmement importantes pour les détenues.
Une femme m’a fait remarquer que, détenues entre quatre murs ou pas, nous sommes tous des êtres humains."
Mies Cosemans, photographe.
"Beaucoup de femmes m'ont dit que les journées se ressemblaient énormément", poursuit Cosemans. "Il faut une patience immense pour traverser ce temps. Ce que j'ai entendu plusieurs fois, c'est qu'avec le temps, on ne se sent plus vraiment humain. Tout est régi par des routines et des structures."
La peur de la liberté
Bien que la structure quotidienne, selon les femmes, soit "déshumanisante", beaucoup d'entre elles craignent également le moment où cette structure disparaît. "C'est donc très ambigu. On s'habitue à cette structure. Lorsqu'elles sortent, tout cela disparaît", raconte la photographe.
Certaines détenues redoutent aussi la confrontation avec des personnes de leur passé. "Celles-ci peuvent avoir une mauvaise influence. De plus, elles ne savent pas à quoi s'attendre et sur qui elles pourront encore compter. Elles sont souvent également seules, car beaucoup de membres de la famille ou d'amis les ont abandonnées."
Le personnel pénitentiaire élogieux pour l’exposition
Vendredi, l'exposition a officiellement ouvert ses portes dans l'Ancienne Prison de Hasselt, qui héberge aujourd’hui la faculté de droit de l'Université de Hasselt (UHasselt). "C'était une très belle soirée. Beaucoup de curieux sont venus et c'est justement l'objectif. On veut montrer la vie derrière les murs au monde extérieur. J'ai vraiment vu que cela touchait les gens."
Parmi les visiteurs, il y avait également une grande délégation du personnel pénitentiaire. "Cela m'a fait plaisir qu'ils aient trouvé l'exposition très belle. C'était aussi enrichissant pour eux. La nouvelle directrice de la prison a également souligné combien elle trouvait ces projets importants."
Ceux qui souhaitent visiter l’exposition "Fragments de la Section 80" peuvent le faire gratuitement. Le bâtiment et l'exposition sont accessibles du lundi au vendredi de 9h à 22h. L'exposition se poursuit jusqu'au 2 février prochain. Par ailleurs, le bâtiment de l’Ancienne prison de Hasselt a conservé de nombreux symboles qui trahissent son ancienne fonction. Un intrigant regard dans les coulisses d'un lieu autrefois banni de la société, aujourd'hui fréquenté par les citoyens de demain.





