Depuis le 1er janvier 2025, il est interdit complètement de fumer au centre-ville de la commune de Dison, située dans l’agglomération de Verviers, en province de Liège. La bourgmestre Véronique Bonni veut ainsi avant tout lutter contre les nombreux mégots de cigarettes qui jonchent le sol, mais elle estime aussi que plus la cigarette sera rendue invisible moins il y aura de jeunes qui commenceront à fumer. Dison est la première commune de Belgique à interdire aussi radicalement à ses citoyens de fumer. Est-elle autorisée à le faire ?
Dison est la première commune de Belgique à interdire de fumer dans son centre-ville
En 2020 déjà, la bourgmestre socialiste tentait d’interdire de fumer dans le centre-ville de sa commune de Dison, mais ses projets avaient été contrecarrés par l’arrivée de l’épidémie de coronavirus. Cinq ans plus tard, la commune verviétoise vient d’introduire cette interdiction. Véronique Bonni veut avant tout libérer le centre de la petite commune des nombreux mégots jetés au sol. "Quand on voit combien de gens fument au centre-ville et jettent ensuite leur mégot par terre plutôt que dans les cendriers prévus à cet effet, c’est vraiment regrettable", déclarait Bonni au quotidien SudInfo.
"Nous avons dû prendre des mesures drastiques contre la cigarette, et il faudra longtemps avant que tout le monde le comprenne. Mais nous devions prendre nos responsabilités. Il est temps de changer les choses et j’espère que les fumeurs respecteront cette interdiction. Si nous constatons que ce n’est pas le cas, à long terme, nous devrons prendre des sanctions", précisait Véronique Bonni.
A l’heure actuelle, une période de transition est en cours et les fumeurs qui allument une cigarette, un cigare ou une pipe au centre-ville ne sont pas encore sanctionnés.
Mais est-ce permis?
Depuis le 31 décembre 2024, la législation sur le tabac est devenue plus sévère en Belgique. Il est ainsi interdit de fumer ou vapoter sur les pleines de jeux, les terrains de sport, dans les zoos et les parcs d’attraction. Il est dorénavant aussi interdit de fumer dans un rayon de 10 mètres des entrées et sorties d’institutions d’enseignement et de soins.
En interdisant complètement de fumer au centre de Dison, la commune verviétoise va encore un peu plus loin. La question se pose néanmoins de savoir si la bourgmestre a le droit d’interdire totalement de fumer, voire même de sanctionner les contrevenants.
L’Association des villes et communes de Flandre (VVSG) estime que non. "Nous comprenons très bien que la bourgmestre veuille étendre l’interdiction de fumer à tout le centre-ville de sa commune", indique Nathalie Debast de la VVSG. "Les villes et communes flamandes veulent aussi jouer un rôle dans l’interdiction de fumer, par souci pour la santé de leurs citoyens".
"Mais actuellement, il ne nous semble pas évident du point de vue juridique de sanctionner les personnes qui ne se tiendraient pas à cette interdiction. C’est une législation fédérale qui stipule où l’on a le droit de fumer et ou pas. Les communes et villes ne peuvent pas s’en écarter".
C’est la raison pour laquelle la VVSG a demandé au ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke de donner davantage de liberté aux administrations locales que le rayon de 10 mètres sans tabac qui doit être maintenu autour des écoles, crèches, maisons de repos et soins, notamment. Un périmètre où il est interdit de fumer n’est pas suffisant dans certains cas, et ce sont les administrations locales qui peuvent au mieux l’évaluer, estime Nathalie Debast.
Voir fumer incite à fumer
La bourgmestre de Dison souligne aussi que le fait de voir d’autres fumer incite les jeunes à fumer. L’interdiction doit donc contribuer à protéger leur santé. “Il y a des études qui démontrent que le fait d’interdire la cigarette à certains endroits influence le comportement d’autres personnes et fait baisser le nombre de gens qui fument", indique l’experte en prévention contre le tabac Suzanne Gabriëls de la Fondation contre le cancer.
Elle souligne néanmoins que pareille interdiction ne doit pas être introduite du jour au lendemain. "Il faut communiquer suffisamment auprès de la population et proposer des cours pour encourager à arrêter de fumer. L’interdiction ne doit avant tout pas entrer en vigueur sans phase de sensibilisation antérieure, parce qu’on risque un effet contre-productif".

