Aller au contenu principal

Deux écoles d'Anderlecht refusent de participer à une commémoration de la Shoah : "sous la pression de parents d'élèves"

Vendredi, l'Association pour la Mémoire de la Shoah posera quatre nouveaux pavés à Anderlecht en mémoire des familles juives qui ont été déportées dans les cmaps de concentration. Habituellement, cela se fait en présence d'écoliers, mais deux écoles d'Anderlecht ont refusé d'assister à la commémoration. "C'est la première fois que cela se produit. Les directrices et les enseignants ont peur des conséquences".

BRUZZ Eric Steffens
Publié:

Les pavés de mémoire sont des plaques dorées en laiton encastrées dans les trottoirs, portant les noms des victimes des nazis, ainsi que la date de leur déportation, le lieu et la date de leur décès. À Bruxelles, ces pavés ont été installés pour la première fois en 2009, à Anderlecht, un quartier où vivait, avant la Seconde Guerre, une importante communauté juive.

"Je suis moi-même originaire d'Anderlecht et j'ai posé les deux premiers pavés bruxellois. C'était en mémoire de mes parents, qui ont été déportés depuis Anderlecht", raconte Bella Swiatlowski. Elle est responsable, au sein de l'Association bruxelloise pour la Mémoire de la Shoah, de la pose de ces pavés de la mémoire.

Vendredi, quatre nouveaux pavés seront ainsi installés dans le quartier de Cureghem, à Anderlecht. Trois d'entre eux seront placés dans la rue Brogniez, où vivait la famille Tancman avant que ses trois membres ne soient arrêtés par les nazis en 1942. Ils sont morts plus tard, la même année, dans le camp de concentration d'Auschwitz. Un autre pavé sera installé dans la rue Georges Moreau pour Eva Fichtenholc, également déportée en 1942 et décédée cette même année à Auschwitz.

"La plupart de leurs proches ont ensuite émigré en France et en Israël, mais auparavant, ils vivaient tous à Cureghem", explique Bella Swiatlowski. "Ce sont toutefois des membres de leur famille belges qui ont demandé l'installation de ces pavés."

Réticences des parents liées à la guerre à Gaza

Chaque fois que des pavés de la mémoire sont placées dans les rues de Bruxelles à des endroits où des victimes juives ont vécu, l'AMS invite des écoles du quartier à assister à la commémoration. C'est l'occasion pour l'organisation d'engager un dialogue avec les élèves de l'enseignement secondaire ou de la dernière année de l'enseignement primaire et de parler de l'Holocauste dans un contexte éducatif.

Bella Swiatlowski a reçu de l'administration communale les noms de deux écoles situées près des rues Brogniez et Georges Moreau, l'école primaire Carrefour et l'Institut Communal Marius Renard. "J'ai approché les deux directrices. La première m'a écouté, mais m'a dit qu'elle ne pouvait pas imposer une telle chose à ses élèves et qu'elle ne voulait pas déplacer 'la guerre' ici. Je n'ai pas compris, mais je n'ai pas posé d'autres questions", a déclaré Mme Swiatlowski.

La directrice de la deuxième école lui a immédiatement répondu par la négative, avec une explication similaire. "La directrice a dit qu'elle ne pouvait pas imposer à ses enseignants de transmettre des informations sur la Shoah. Les parents s'y opposent", ajoute Mme Swiatlowski à propos de cette conversation. "J'ai expliqué que je ne voulais pas venir leur parler du conflit actuel (le conflit israélo-palestinien, ndlr), mais que je voulais venir leur parler de la Shoah, de la déportation des Juifs et des pavés de la mémoire".

"J'ai essayé de les convaincre, mais c'était peine perdue", poursuit-elle. "Cela m'a choquée. C'est la première fois que des écoles refusent de participer depuis 2009, lorsque nous avons commencé. Jusqu'à présent, les écoles que nous invitons ont toujours accepté."

"La pression de parents d’élèves"

Selon Mme Swiatlowski, les deux directions d'école ont refusé la commémoration de la Shoah en raison de la pression exercée par des parents d'élèves. En raison de la guerre à Gaza, la commémoration des victimes juives de la Seconde Guerre mondiale serait un sujet trop sensible. Mme Swiatlowski évoque également le problème de la radicalisation dans les écoles. "Il y a déjà eu des cas de violence. En France, deux enseignants ont même été assassinés. Les directrices et les enseignants ont peur des conséquences".

Entre-temps, la ministre francophone de l'éducation, Valérie Glatigny (MR), elle-même originaire de Bruxelles, a été informée de ce refus. Elle a écrit aux deux directeurs, a confirmé sa porte-parole Johanne Moyart à BRUZZ. "Dans ces lettres, nous rappelons aux deux directrices qu'il est essentiel de rappeler la Shoah aux enfants et que cela fait partie des missions de l’enseignemen", précise la porte-parole de la ministre Valérie Glatigny.

Toujours selon Mme Moyart, les deux écoles auraient refusé de participer à cette commémoration sous la pression des parents. "C'est du moins l'information que nous avons reçue. Nous sommes du côté des directeurs et des enseignants qui subissent des pressions pour s'autocensurer".

 

En savoir plus

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5