Le jeune homme de 19 ans qui a perdu la vie lundi dans une habitation de Welle dans l'entité de Denderleeuw est décédé par arme blanche. C'est ce qu'a confirmé le parquet de Flandre orientale. La soeur de la victime, âgée de 15 ans, devait comparaître ce mardi après-midi devant le juge de la jeunesse qui a décidé de la placer en institution fermée. A quelle point la violence fratricide est-elle exceptionnelle ? VRT NWS a recueilli les explications du criminologue des mineurs Johan Deklerck.
Mort d’un jeune de 19 ans suite à une dispute avec sa sœur : à quel point la violence fratricide est-elle exceptionnelle ?
Les secours ont tenté de réanimer le jeune homme mais en vain. Une enquête a été ouverte et un médecin légiste a été saisi de même qu'un juge d'instruction et un juge de la jeunesse. La jeune fille a été interpellée et comparaîtra mardi après-midi devant le juge de la jeunesse qui décidera d'une mesure provisoire.
Une dispute entre les deux adolescents à propos d'un ordinateur portable serait à l'origine des faits, selon les explications du père de famille dans la presse. Le parquet n'a pas encore fourni d'informations sur les circonstances du décès.
A quelle point la violence fratricide est-elle exceptionnelle ?
Il est extrêmement rare qu'un conflit entre un frère et une sœur aboutisse à la mort de l'un des deux. C'est ce qu'affirme Johan Deklerck, criminologue, spécialiste de la délinquance juvénile à la KU Leuven après le décès de ce jeune homme de 19 ans à Welle. "La violence intrafamiliale n'est pas exceptionnelle en soi", explique Johan Deklerck. "Mais une jeune sœur qui tue son frère aîné, c'est quelque chose de très rare".
Dans chaque famille, les enfants se chamaillent et se disputent ; il n'y a pas de mal à cela. "Un enfant qui claque les portes ou s'emporte, ce n'est pas quelque chose dont il faut s'inquiéter", nuance Johan Deklerck. "Bien sûr, il y a toujours des cas où les choses dégénèrent, mais ils sont tout à fait exceptionnels. Toutefois, en tant que parent, vous ne pouvez pas supposer que des disputes vont se transformer en violence physique, où quelqu'un sera gravement blessé ou tué."
Peu fréquent dans une famille "ordinaire"
"Dans une famille ordinaire, la table de la cuisine peut être remplie de couteaux, ils ne seront pas lancés, même en cas de dispute violente. "Si cela arrive malgré tout, nous avons alors souvent affaire à des enfants ayant des 'bagages', des enfants issus de familles qui ont déjà vécu de nombreuses épreuves", explique Johan Deklerck.
"Ce qui peut aussi arriver, c'est que les enfants ont vu l'exemple donné par leurs parents. Le pas à franchir pour prendre une arme afin de résoudre un problème ou un sentiment d'impuissance est alors moins grand."
Le juge de la jeunesse examinera également la situation familiale. "Les parents sont souvent trop rapidement poussés dans le rôle de victimes, alors qu'ils sont tout aussi responsables du comportement de leurs enfants. La violence est-elle une habitude pour se venger ? Frappe-t-on plus souvent sur la table ou saisit-on quelqu'un à la gorge ? La violence est-elle normalisée au sein de la famille ? Ce sont des facteurs que le juge de la jeunesse prendra en compte".
La situation s'est-elle aggravée involontairement ?
On ne sait pas encore exactement ce qui s'est passé dans cette famille de Welle. Le père a déclaré au journal Het Laatste Nieuws qu'il s'agissait d'un accident, mais cette information n'a pas été confirmée de sources officielles.
Selon le journal, la sœur était en train de couper des fruits lorsque son frère est venu la harceler. Elle a alors jeté les fruits, avec l'assiette et le couteau, dans sa direction. Son frère se serait déséquilibré et a malencontreusement atterri sur le couteau.
"L'accusation devra enquêter sur ce témoignage avec l'aide d'experts", a expliqué Johan Deklerck. "S'agit-il d'une histoire réaliste ? Ou est-elle minimisée ?"
Le droit pénal des mineurs est moins binaire : des faits graves ne signifient pas nécessairement des peines sévères.
Johan Declerck, criminologue des mineurs.
"Je peux parfaitement imaginer que la jeune femme ait fait quelque chose qui n'a jamais été intentionnel. Il existe des crimes passionnels où quelqu'un tue son partenaire par un malheureux concours de circonstances. Quelqu'un lance un couteau, et celui-ci atteint par hasard une artère. On se retrouve alors soudainement dans une situation que, 30 secondes plus tôt, on n'aurait jamais souhaitée."
"Je ne serais pas surpris que les faits dans cette situation soient allés beaucoup plus loin que la partie impliquée ne le souhaitait. A moins que les faits aient traîné si longtemps que le couteau soit la seule issue. Par exemple, lorsque la sœur cadette est victime de harcèlements ou de brimades depuis des années, que le vase a tellement débordé".
Quelle sera la suite ?
La jeune fille a été interpellée par la police lundi soir. "Le juge de la jeunesse décidera si elle peut retourner chez elle sous conditions, ou si elle doit être placée, ce qui pourrait être le cas durant deux semaines en détention de courte durée ou plus longtemps dans le centre fermé d’Everberg", a déclaré le parquet de Flandre orientale.
Le juge de la jeunesse prend en compte le sens des responsabilités et souhaite favoriser la réhabilitation, mais il s'intéresse également à la situation familiale, précise M. Deklerck. "Parfois, il y a beaucoup de possibilités dans la famille, mais une personne peut avoir fait quelque chose de très stupide. Mais cela peut aussi être l'expression d'une relation destructrice de longue durée, et dans ce cas, la situation est différente. Le rôle de l'auteur et de la victime devient aussi plus difficile à définir. L'avenir du prévenu dépend alors de plusieurs facteurs."
La réinsertion est l'essentiel du droit pénal des mineurs. "Ils sont encore jeunes, il est important qu'ils puissent se réinsérer dans la société, reprendre leurs études ou trouver un emploi. Dans le droit pénal des adultes, c'est plus binaire : des faits graves entraînent des peines sévères. Chez les jeunes, il y a plus de place pour la nuance."
Quoi qu'il en soit, il faut attendre de connaître plus de détails sur ce qui s’est passé. "Nous ne les connaîtrons probablement jamais, car les auteurs mineurs sont bien protégés. Et c'est tant mieux", conclut M. Deklerck.
